PRÉPARATIONS OPIACÉES ET ALCALOÏDES
Symptômes. — Selon la quantité absorbée, on peut distinguer deux formes dans la marche de l'intoxication par l'opium : une forme suraiguë et une forme aiguë. 11 y a également un empoisonnement lent qui s'observe chez les mangeurs d'opium, les fumeurs d'opium et les morphinomanes ; il n'offre qu\m intérêt secondaire en médecine légale.
Dans Y empoisonnement suraigu, l'individu est immédiatement plongé dans un profond coma : les pupilles sont dilatées, la respiration est stertoreuse ; la mort survient dans l'espace d'une heure ou deux, après avoir été quelquefois précédée de mouvements convulsifs.
Dans V empoisonnement aigu, on observe d'abord de la pesanteur de tête, des vertiges, des nausées et une exaltation des sens. Le malade tombe ensuite dans l'assoupissement : la respiration est stertoreuse, la face est injectée, l'œil insensible à la lumière et la pupille contractée. La mort arrive de cinq à quinze heures après l'ingestion du poison.
Lésions cadavériques. — L'encéphale est fréquemment hyperhémié ; il peut même présenter de petits foyers d'apoplexie capillaire. Les poumons sont également le siège d'une congestion plus ou moins intense. Notons cependant que ces signes congestifs sont loin d'être constants, de sorte que les lésions anatomiques dans l'empoisonnement par l'opium n'ont rien de caractéristique. Le sang est noir; il est fluide, à moins que l'agonie n'ait été prolongée (Rabuteau).
L'autopsie fournit quelques signes particuliers, si l'empoisonnement a eu lieu par le laudanum ; ou peut, dans ce cas, reconnaître le couleur safranée et l'odeur vireuse de ce médicament.
Traitement. — Vomitifs, forte infusion de café ou de thé, ammoniaque, révulsifs énergiques, lavements, purgatifs. L'emploi de la pompe gastrique est indiqué chaque fois que Ton suppose qu'il existe encore de la substance vénéneuse dans l'estomac. Quant aux prétendus antidotes et antagonistes; tannin, eau iodée, belladone, etc., ils ne méritent qu'une confiance très limitée.
110 Préparations opiacées et alcaloïdes. — Le laudanum de Sydenham est la préparation la plus employée dans Tempoisonnement. Ce médicament peut produire la mort à la dose de 15 à 20 grammes et détermine des symptômes ana-
logues à ceux de l'opium. Le laudanum de Rousseau, moins employé' en médecine, contient une dose double d'opium.
Alcaloïdes. — Les principaux sont : la morphine, la narcéiney la codéine, la thébaine, la papavérine et la narcoline. De ces six substances, troisseulement possèdent des propriéte's narcotiques, les autres sont convulsivantes et appartiendraient plutôt à la classe des poisons névrosthéniques.
La morphine et ses sels produisent des symptômes analogues à ceux de Topiiim, mais ils sont plus énergiques. On a observé en outre une démangeaison à la peau précédée ou accompagnée d'une éruption de petites élevures arrondies ou incolores (Bailly). La morphine et ses sels sont toxiques a partir de 4 à 5 centigrammes.
Intoxication chronique par la morphine. — On sait le développement qu'a pris aujourd'hui l'habitude du morphinisme et il importe de dire quelques mots des symptômes produits par cette intoxication chronique.
Nous avons vu des morphinomanes prendre chaque jour jusqu'à 1 gr. 50 de morphine par la voie hypodermique. Le principal symptôme est l'amaigrissement et un abattement général qui se manifeste surtout lorsqu e le malade est resté plusieurs heures sans prendre la dose toxique qui agit alors en stimulant provisoirement l'organisme à la manière de l'alcool.
Chez la femme la morphine a une action élective sur l'utérus. Elle éteint la vie sexuelle, détermine la frigidité et fait cesser la menstruation. Nous avons été le premier à signaler ce fait en 1887 ».
La mort par le morphinisme survient par affaiblissement graduel sans déterminer de lésions spécifiques.
Nous connaissons des morphinomanes qui prennent chaque jour depuis 15 ans de 10 à 12 centigrammes de morphine sans que leur santé ait été sensiblement altérée.
La narcéine est, d'après Cl. Bernard, la plus soporifique des bases de l'opium, mais elle est moins toxique que la codéine, lathébaïne et la papavérine. La morphine et la narcéine sont anexosmotiques, c'est-à-dire qu'elles arrêtent les courants aqueux qui se font à travers la membrane intestinale.
i. Société de médecine de Paris, 1887.