‹ Manuel de médecine légaleChapitre 26 sur 353 · Revue médicale de la Suisse Ilomande, 20 mai · texte numérisé non relu

Revue médicale de la Suisse Ilomande, 20 mai

Depuis 1883, époque où ces leçons furent publiées, nous avons cherché, soit dans notre pratique hospitalière à Saint- Lazare, soit dans notre pratique de la ville, la confirmation de ces signes physiques et nous devons reconnaître que les faits observés ne concordent nullement avec ceux de Martineau.

Sans doute les habitudes d'onanisme et de saphisme impriment aux organes génitaux des caractères qui, dans leur ensemble, permettent de soupçonner ces habitudes chez les femmes qui les présentent. Mais il ne peut y avoir là qu'une suspicion qui, en matière aussi délicate, ne peut présenter aucune valeur positive.

L'observation attentive des faits nous permet même d'être plus affîrmatif et de dire que les signes décrits avec complaisance par Martineau et Tardieu ne sont pas spéciaux à la masturbation, mais sont le plus souvent la conséquence d'états morbides ou physiologiques.

La vulvite inflammatoire si fréquente chez les jeunes mariées, le prurit vulvaire, l'inflammation blennorrhagique, et surtout la grossesse déterminent sur les organes génitaux externes de la femme un état congestif qui, par sa persistance, donne lieu aux mêmes caractères que ceux qui résultent de l'onanisme et du saphisme.

Le médecin ne peut donc s'appuyer sur ces signes pour affirmer qu'une femme est tribade ou adonnée à la masturbation et surtout lorsqu'il s'agit de fournir un renseignement à la justice.

§ 4. — Questions médico-légales relatives aux attentats à la pudeur, au viol et à la pédérastie.

Il ne suffît pas, pour donner une idée vraiment pratique de la médecine légale, d'énoncer une série de préceptes et de décrire les signes qui doivent aider le médecin légiste à reconnaître la nature de tel ou tel crime. Les questions médicolégales peuvent se présenter sous les formes les plus variées et les plus imprévues, et le médecin appelé à les résoudre se trouvera souvent en présence de difficultés inattendues. C'est pour parer à ces difficultés que la plupart des auteurs ont placé à la suite des principes généraux une série de questions dans les termes où elles sont habituellement exposées à l'ex-

pert. Dans son Étude sur les attentats aux mœurs^ Tardieu présente vingt-huit questions ; mais les dimensions de ce Manuel ne nous permettant pas d'aussi grands développements, nous limitons le nombre des questions médico-légales relatives aux attentats aux mœurs à douze.

10 Y a-t-il eu viol ou simple attentat? — Si la femme était encore vierge au moment de Tattentat, c'est sur l'absence ou la présence de rhymen que cette 'question pourra être décidée. Nous avons dit plus haut que cette membrane peut persister après le coït et que sa présence n'est pas une preuve absolue de virginité. Après avoir considéré les signes qi]i sont propres à l'attentat, l'expert portera donc toute son attention sur l'hymen. « Il faut, dans le cas où la membrane existe, rechercher sous quel aspect elle se présente. Si elle est résistante ou fortement tendue au dedans du vagin, il n'y a pas lieu d'admettre l'intromission; mais si, au contraire, elle est relâchée de manière à ne former qu'un voile flottant à l'entrée du vagin élargi, il est évident qu'elle peut se prêter, sans se rompre, à une intromission complète. » Ces paroles de Tardieu nous montrent combien la solution de cette question est délicate, car l'intromission peut avoir lieu même avec la présence de l'hymen. Ces considérations s'appli^ent évidemment à une femme vierge ; car si la victime a été pendant de longues années habituée à un commerce sexuel régulier, il deviendra nécessairement impossible de fournir la preuve physique du viol consommé, à moins que l'intromission violente n'ait produit des désordres graves et tout à fait exceptionnels.

2<' Y a-t-il eu communication de maladies vénériennes? — Nous avons déjà fait ressortir les difficultés qui entourent le diagnostic des affections catarrhales de la vulve chez les enfants aussi bien que chez les adultes (voyez ante, p. 24). 11 sera donc, dans beaucoup de cas, impossible de préciser si Ton est en présence d'une inflammation simple consécutive à l'attentat ou d'une inflammation virulente. La coïncidence d'une blennorrhagiechez l'inculpé pourrait contribuer à trancher la question. En ce qui concerne la syphilis et le chancre simple, les caractères cliniques de ces affections sont assez connus aujourd'hui pour qu'il soit inutile d'en donner

ici la description. Il ne faut pas oublier cependant que, en médecine légale, les caractères cliniques les plus simples peuvent présenter des particularités qui rendent le diagnostic difficile.

Le médecin peut être appelé à se prononcer sur l'époque du début de la maladie et la solution de cette question acquiert une grande importance, puisqu'elle peut, en précisant l'époque du crime, faire porter l'accusation sur tel ou tel individu. Si l'expert est appelé peu de temps après l'attentat, il arrivera, d'après les caractères de l'inflammation et de l'écoulement, à déterminer la date approximative du crime ; mais si l'examen n'a lieu que quelques semaines après l'attentat, alors que l'écoulement a disparu ou a pris un caractère chronique, l'expert ne pourra fournir à la justice aucun renseignement utile. Mais il sera moins difficile de reconnaître l'époque du début de l'affection syphilitique. La vérole présente une évolution assez régulière pour qu'il soit souvent possible de retracer son histoire d'après l'examen d'un des accidents.

Dans le plus grand nombre de cas, l'expert évitera cependant de donner un cachet de certitude à ses conclusions. lî exposera les résultats de son examen et fera ressortir les probabilités avec plus ou moins de force, selon les circonstances.

3° Les désordres peuvent-ils être attribués à l'introduction d'un corps étranger, à un coït volontaire ou à d'autres causes étrangères à un attentat? — « J'avoue,, dit Orfila, l'impossibilité dans laquelle je suis de résoudre cette question dans le plus grand nombre des cas. Gomment établir une différence entre le délabrement des parties sexuelles produit par le membre viril, par un pessaire ou par tout autre corps que des personnes lascives auraient introduites dans le vagin ».

Quelles que soient les difficultés qui entourent cette question, il est incontestable que les travaux des auteurs contemporains en ont beaucoup facilité la solution. On ne saurait certainement admettre qu'un instrument introduit dans le vagin, dans un but lascif, puisse produire des désordres graves, inflammation, lacération, écoulement, que nous avons signalés plus haut. La même remarque peut être faite en ce qui concerne l'introduction d'un pessaire ou autre instrument dans un but thérapeutique. Aucun chirurgien ne sera assez brusque, assez maladroit pour rompre brusquement l'hymen.

Lorsque des corps étrangers auront été introduits volontairement et graduellement dans le vagin, cette membrane sera relâchée ; nous avons admis qu'elle pouvait même, dans certains cas, permettre Tintromission complète du membre viril sans se rompre.

Quelquefois, cependant, la membrane pourra être rompue accidentellement et dans des circonstances absolument étrangères à un attentat. Nous avons été appelé, il y a quelques années, à donner nos soins à une fille âgée de vingt ans qui s'était laissé tomber à cheval sur le dossier d'une chaise en étendant du linge. Une hémorrhagie considérable suivit l'acci-^ dent, et, à l'examen, nous constatâmes une vaste plaie à la' partie inférieure de la vulve. La déchirure de la fourchette avait entraîné celle de l'hymen dont on pouvait facilement apercevoir les débris.

Mais il y a loin d'un accident de cette nature à ceux signalés par Devergie. Cet auteur nous dit qu'un saut violent, l'équitation, l'expulsion brusque d'un caillot peuvent produire la défloration. Si de semblables causes peuvent détruire le signe de la virginité, ce qui est douteux, elles ne sauraient être confondues avec les actes violents qui produisent la défloration criminelle.

Il est cependant un genre d'attentats qui, sans être le viol proprement dit, produit sur les organes génitaux de graves désordres. Nous voulons parler des brutalités lascives autres que l'intromission virile, qui peuvent être commises sur des femmes ou des enfants. M. Toulmouche a constaté plusieurs fois, surtout dans les campagnes, la rupture de l'hymen à la suite de l'introduction brusque des doigts^ Casper a reproduit l'observation d'une enfant de dix ans, dont le vagin avait été dilaté, d'abord avec deux doigts, puis avec quatre et enfin avec un corps étranger volumineux. L'hymen n'était pas complètement détruit, mais il était lacéré et la membrane muqueuse était le siège d'une vive inflammation-. M. Brady-^ a communiqué à l'Association des médecins de Dublin un cas de viol commis avec le doigt sur une enfant âgée de onze mois, par un soldat en état d'ivresse. L'enfant mourut vingtquatre heures après l'attentat. Des désordres graves furent

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