CHAPITRE V
Il importe à l'expert légiste d'être à même d'e'lucider certaines questions qui, quoique ne se rattachant qu'indirectement à la médecine, sont cependant de sa compétence. Ces questions sont nécessairement très complexes et ne se prêtent que très difficilement à une étude sommaire; parmi les plus importantes, nous allons rechercher ceux qui se rattachent aux points suivants : examen des armes à feu, altération des écritures, détermination de la nature des poils, altération des monnaies et des alliages, recherche dans les cendres des restes d'un cadavre brûlé, etc.
§ 1". — Examen des armes à feu.
Les questions sont habituellement posées aux experts delà manière suivante : Varme a-t-elle fait feu ? depuis combien de temps? si elle est chargée, à quelle époque l'a-t-elle été?
Il faut, pour répondre à ces questions, employer des moyens différents selon que Tarme est à bassinet ou à piston et selon la nature de la poudre employée.
Arme à bassinet. Poudre ordinaire. — L'expert examine d\ibord Fextérieur de Tarme et note avec soin les taches de rouille, de sang, etc. Si elle est chargée, il la débourre et examine si la partie cylindrique des bourres est couverte de rouille, si le plomb est brillant ou terne, il note la grosseur et la forme des projectiles, la coloration de la poudre, etc.
Après cet examen, on lave séparément le bassinet et les
canons avec un peu d'eau distillée, on filtre et l'on recherche : 1° Tacide sulfurique, par le chlorure de baryum ; 2° le fer, en peroxydant une partie du liquide avec quelques gouttes d'acide azotique et en traitant par le ferrocyanure potassique, qui doit donner une coloration bleue; les sulfures, par le sous-acétate de plomb.
Les recherches faites par M. Boutigny, sur un grand nombre d'armes à bassinet, ont donné les résultats suivants :
Si Ton trouve sur la batterie et sur la partie correspondante du canon une crasse d'un noir bleu, sans rouille ni cristaux de sulfate de fer, et si Teau de lavage prend une couleur jaunâtre par le sous-acétate de plomb, l'arme est déchargée depuis deux heures au plus.
Si la crasse est moins foncée, si l'on ne trouve encore ni rouille ni cristaux, mais si Ton découvre quelques atomes dé sulfate de fer, il y diplus de deux heures, mais moins de vingtquatre heures que l'arme a été déchargée.
Si l'eau de lavage contient du fer en quantité très appréciable, l'arme a été tirée depuis vingt-quatre heures au moins, et deux jours au plus.
Enfm, si la quantité de rouille est considérable et si les réactifs ne donnent plus les caractères des sels de fer, il y a dix jours au moins et cinquante jours au plus que l'arme a été déchargée.
Si Von a rechargé une arme immédiatement après Vavoir tirée et sans la laver, la partie des bourres qui bouche le canon est d'un noir gris pendant les quatre premiers jours ; la couleur devient ensuite moins foncée ; après quinze jours elle est grise et se conserve telle. On trouve de Facide sulfuriqu' dans l'eau de lavage.
Si Varme a été lavée et séchée avant d'être rechargée, les bourres sont généralement d'une couleur rouge ou jaune d'ocre au bout de deux jours, d'un rouge prononcé les jours suivants et d'une couleur de rouille franche vers le sixième jour. On ne trouve plus d'acide sulfurique dans les eaux de lavage.
Si le fusil avait été chargé immédiatement après le lavage, les bourres présentent au bout de quelques heures une couleur jaune verdàtre et prennent une couleur rouge les jours suivants.
L'arme n'est pas à bassinet. Poudres diverses. — Les