Horn's Vierteljahrsschrift, 1886, t. I, p
2. « En ■1840, je fus consulté par une pauvre femme qui se plaignait de -dormir si profondément qu'elle était difficilement éveillée; elle ajoutait, comme exemple, que son mari avait eu des rapports sexuels avec elle pendant son sommeil sans qu'elle s'en soit aperçue. »
{Gv\, Forensicmedicine,P'^T.)
•arriver que le sommeil anesthésique provoque chez la femme ■des sensations voluptueuses dont elle conserve le souvenir à «on réveil i. La patiente peut alors, de bonne foi, accuser le médecin d'avoir pratiqué sur elle des attentats impudiques. Il est donc de la plus haute importance pour le médecin de ne jamais pratiquer l'anesthésie sur une femme sans être assisté d'un confrère. Du reste, l'anesthésie est par elle-même une opération trop grave pour qu'il soit prudent de la pratiquer sans être entouré des précautions nécessaires, cette recommandation s'applique surtout aux dentistes.
oo Un homme peut-il violer une femme malgré sa résistance ? — Cette question est une de celles qu'on ne peut trancher dans un sens général et qui demande, encore plus que toute autre, à être considérée isolément pour chaque ■cas. Il résulte de plusieurs observations authentiques que des femmes ont subi, malgré une résistance énergique, des approches sexuelles. Il y aura donc, dans ce cas, à examiner les forces respectives de la victime et de l'inculpé ; mais il y aura encore à considérer la possibilité d'une syncope qui aurait pu ipriver momentanément la femme de ses moyens de résistance. Tardieu fait remarquer que cette question a une grande portée morale et qu'elle implique jusqu'à un certain point la preuve de l'intention et de la volonté qu'a eue la femme de résister, « mais, nous dit-il, l'expert doit bien se garder de se placer à •ce point de vue qui, dans aucun cas, ne saurait être le sien ».
6** Le viol peut-il être suivi de grossesse ? — Il n'y
a pas encore bien longtemps qu'on admettait l'impossibilité pour une femme de concevoir sans ressentir les émotions voluptueuses du coït. L'accusation de viol avait donc des chances d'être arrêtée, si l'acte sexuel avait été suivi de grossesse, Taccusé alléguant pour sa défense que le coït avait eu lieu avec le consentement mutuel. La science a fait justice de ces préjugés, et il est aujourd'hui admis sans conteste que la femme peut concevoir non seulement après un rapprochement sexuel auquel elle ne se serait pas prêtée, mais encore à la suite d'approches dans lesquelles l'intromission pénienne n'aurait pas 'été complète.
1. Le coii a été pratiqué pendant l'anesthésie, dans le but de produire la
7° Les organes de l'inculpé sont-ils en rapport avec ceux de la victime ? — « Lorsque nous sommes appele's à décider si le coït a été complet, nous devons d'abord rechercher s'il n'y a pas disproportion entre les organes de l'accusé et ceux de la victime, surtout s'il s'agit d'une enfant » (Casper). C^est en effet dans cette seule circonstance qu'on peut sérieusement étudier cette question ; car, si l'accusation est faite par une femme adulte, la défense de l'accusé qui reposerait sur le trop grand ou le trop petit volume de son pénis ne saurait être prise en considération. Quels sont du reste les moyens de donner les dimensions exactes, non seulement du membre viril, mais encore des parties sexuelles de la femme ? Le fait de Zacchias, qui se vante d'avoir fait acquitter un individu dont le pénis grêle et chétif ne s'accordait pas avec les organes génitaux de son accusatrice ne saurait prendre place aujourd'hui parmi des observations scientifiques.
Pour ce qui concerne le viol chez les petites filles, la question est toute autre. Nous avons vu que, chez celles-ci, la disposition du bassin ne permettait pas l'intromission complète au-dessous d'un certain âge, dont la limite peut être fixée à six ou sept ans.
8° L'inculpé présente-t-il dans sa conformation quelque disposition qui s'oppose au coït ? — Il arrive que les accusés invoquent pour leur défense l'existence d'infirmités qui les rendent naturellement impuissants. Comme le fait remarquer Tardieu, « il ne s'agit pas de rechercher le plus ou moins de réalité et de facilité de rapports sexuels réguhers, mais, dans un bon nombre de cas, la seule possibilité d'attouchements et de manœuvres obscènes auxquelles l'impuissance la plus caractérisée ne peut faire obstacle... ; c'est en pareille matière surtout que l'on peut dire qu'il n'est rien d'impossible^ même de ce qu'on peut le moins concevoir ».
On pourra néanmoins examiner l'inculpé qui a invoqué ce système de défense et constater s'il est porteur de quelque infirmité et si sa vigueur et sa conformation sont en rapport avec la nature du crime qui lui est imputé.
grossesse, dans les cas où le vaginisrne rendait le rapprochement sexuel impossible. {Du vaginisrne. Thèse de Paris, 1874).
9° De quelle nature sont les taches trouvées sur les vêtements et sur le corps de la victime et de l'inculpé ? —
C'est là une des questions les plus importantes delà médecine légale et à laquelle nos connaissances permettent de répondre avec le plus de précision et de certitude. Le linge porté par la victime et l'accusé au moment de l'attentat peut être taché de sang, de sperme, de mucus, etc. ; nous renvoyons à une autre partie de cet ouvrage pour l'étude chimique et histolo- •gique des caractères qui peuvent faire reconnaître ces différentes taches; nous signalerons seulement quelques particularités qui peuvent servir à établir une distinction préliminaire sans le secours du microscope.
En général, on distingue facilement les souillures produites par le sang ou le sperme de celles qui proviennent de la malpropreté ou des matières fécales. Il ne faut cependant pas trop s'en rapporter à un simple examen, car, comme le fait remarquer Gasper, on a rarement sous les yeux le linge propre et souvent renouvelé en usage dans les classes riches, mais le plus souvent du linge malpropre, usé, sordide et souillé de toutes sortes de taches.
Quant aux taches de sang, il est souvent facile de distinguer celles qui résultent d'une blessure ou de l'écoulement menstruel. Celles produites par une lésion ont généralement une netteté de contours et une coloration vive qu'on ne retrouve pas dans les souillures produites par la menstruation. Il y a encore les caractères histologiques dont nous reparlerons plus tard. Mais, nous le répétons, on ne doit jamais conclure avant d'avoir prodédé à l'examen chimique et histologique.
Hoffmann recommande avec raison, lorsque l'attentat est récent, d'examiner au microscope les enduits qui recouvrent les organes génitaux ou qui adhèrent aux poils du pubis. C'est là un point important qui n'est pas srgnalé dans tous les ouvrages classiques. M. Brouardel a publié une observation dans laquelle l'examen d'une tache de sperme déposée sur la peau a mis sur la trace d'un attentat à la pudeur.
IQo L'attentat ou le viol sont-ils simulés ? — La
fréquence des fausses accusations intentées dans le but d'extorquer de l'argent ou de satisfaire une vengeance a donné à cette question une véritable importance pratique. En Angleterre surtout, où les lois protectrices de la femme sont si sévè-
rement appliquées, les faits de ce genre sont extrêmement fréquents. M. le docteur Merland a publié un cas, dans lequel une femme s'était volontairement introduit des corps étrangersdans le vagin et le rectum et accusait de ces violences deux frères, qui n'ont dû leur acquittement qu'aux lumières de la science *. Souvent aussi les médecins sont accusés d'attentats à la pudeur par des personnes auprès desquelles ils avaient été appelés à donner leurs soins.
Les cas dans lesquels cette question est posée sont souvent très complexes et demandent de la part du médecin légiste une grande habileté. Tardieu, qui rapporte dans son Mémoire plusieurs observations intéressantes, nous dit à ce sujet: «Il est bon de se défier du récit des gens qui entourent les enfants et des enfants eux-mêmes, et, on ne saurait trop le répéter, de se fonder sur les constatations directes et sur l'état matériel des organes. Il suffit, pour démontrer que cette pratique est la seule prudente, de rappeler ces cas dans lesquels une plainte de viol s'évanouissait devant l'examen de la prétendue victime^ chez laquelle l'absence de toute trace de violence et les signes caractéristiques d'une virginité persistante prouvaient, de la manière la plus évidente, la simulation.
MM. A. Fournier et Brouardel ont dernièrement insisté avec raison sur la fréquence des cas dans lesquels les parentssimulaient, dans un but de chantage, des attentats à la pudeur sur leurs enfants. M. Fournier a vu, à Lourcine, une petite fille chez laquelle la mère, après avoir déterminé une vulvite en frottant les parties génitales avec une brosse de chiendent,, accusait un homme honorable d'avoir produit un attentat. Lesexemples de ce genre, qui sont extrêmement fréquents, doivent mettre l'expert en garde et lui indiquent la plus expresseréserve dans ses conclusions.
11° Les actes contre nature ont-ils été commis avec violence ? — Cette question sera posée chaque fois que l'attentat aura été commis sur des femmes ou des enfants que la prostitution pédéraste n'avait pas encore souillés. Dans ce cas, on constatera les désordres produits par l'attentat, soit en examinant la région anale, soit en recherchant les traces de lutte et de résistance. Si le crime vient d'être commis, on
i, Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1864, 2^ série, vol. XXII, p. 141.
trouvera de l'inflammation et de la douleur à l'anus, quelquefois même des excoriations et une déchirure du sphincter. Ces signes disparaissent en ge'néral au bout de peu de jours, après lesquels il est difficile de faire des constatations utiles. L'examen de rinculpé sera nécessaire, soit pour comparer le volume de ses organes avec les désordres observés chez la victime, soit pour examiner s'il présente des traces d'habitudes de pédérastie.
120 L'accusé présente-t-il des traces d'habitude contre nature ? — Il faut, pour répondre à cette question^ rechercher si l'individu est porteur des signes que nous avons décrits plus haut. Si ces signes sont caractéristiques et réunis en assez grand nombre pour autoriser la certitude, on répondra d'une manière affirmative. S'ils sont absents ou s'ils ne paraissent pas assez significatifs pour entraîner la conviction, on se contentera de signaler l'absence des caractères physiques qui révèlent ces habitudes pédérastes, tout en faisant remarquer que les habitudes peuvent exister sans laisser des signes physiques appréciables. On évitera ainsi les désagréments qui pourraient résulter d'une réponse négative, si l'individu avait été pris en flagrant délit.
Résumé du chapitre premier.
Les attentats aux mœurs comprennent : 1° l'outrage public à la pudeur ; 2° l'attentat à la pudeur ; S"" le viol ; 4° l'attentat contre nature.
Les faits qui caractérisent V outrage public à la pudeur, rsont l'exhibition des organes génitaux, l'absence de vêtements, la pratique du coït dans un lieu accessible au public, etc. Le médecin ne sera consulté que pour apprécier les excuses présentées par la défense : état mental de l'accusé, existence d'affections prurigineuses aux parties génitales, etc.
V attentai à la pudeur est toute tentative exercée avec ou aussi sans violence, sur la personne d'un enfant ou d'une femme, mais n'allant pas jusqu'à la déQoration.
Le viol est toute tentative, avec ou aussi sans violence, îillant jusqu'à la défloration.
Les signes de l'attentat à la pudeur et du viol sont constitués par des modifications et des lésions des organes génitaux.
La principale modification est la disparition des signes de la virginité.
La présence de l'hymen constitue un signe de virginité, son absence un signe de défloration.
Cette membrane est souvent circulaire avec un orifice central, très souvent elle est semi-lunaire. Elle peut être frangée ou en cul-de-poule.
Les lésions des organes génitaux varient selon que Patientât est récent et passager ou qu'il est ancien et habituel.
Dans le premier cas, on observe des contusions, des excoriations, des déchirures, une inflammation plus ou moins intense, de la douleur, un écoulement purulent et muqueux.
Dans le second cas, on observe un développement exagéré des organes génitaux, et la vulve présente un infun-
dibulum au sommet duquel se trouve l'hymen refoulé en bourrelet.
Il se peut qu'il y ait des maladies communiquées (blennorrhagie, chancre mou, syphiHs).
Les signes tirés de Vinspection du linge ont une grande importance. On peut y trouver des taches de sperme, de sang, de mucus, etc.
La pédérastie s'exerce clandestinement entre les gens qui se conviennent et ne tombe pas alors sous le coup de la loi, mais elle est souvent associée à l'escroquerie et au chantage.
Dans la pédérastie habituelle et passive, on observerait souvent une dépression des masses fessières et une dilatation de Torifice anal qui représente un infundibulum, dont la base est l'écartement fessier et le sommet tronqué l'orifice anal.
Le nom de sodomie est généralement réservé pour des attentats contre nature commis par des hommes sur des animaux. Ces attentats sont également désignés sous le nom de bestialité.
11 n'existe aucun signe physique permettant d'affirmer qu'un individu est adonné à la masturbation.
LUTAUD. Méd. lég.