I. — Examen de V inculpé
La santé générale de l'inculpé paraît excellente.
L'ulcération du gland constatée dans un précédent rapport est actuellement 'cicatrisée. La cicatrice forme une végétation lenticulaire à large pédicule, occupant toute retendue de l'ulcération ai|cienne ; sa surface est arborescente. Les tissus sous-jacents ne sont pas indurés.
La peau, Iqs muqueuses, l'orifice de l'anus ne sont le siège d'aucune éruption.
Il n'y a pas d'adénopathie inguinale ou cervicale.
Conclusions : 1° La cicatrisation de l'ulcération du gland est aujourd'hui complète.
2° Les caractères de la cicatrice, l'absence d'induration des tissus sous-jacents, prouvent que cette ulcération n'était pas de nature syphilitique, qu'elle n'était pas un chancre induré.
3° Cette lésion, qui consiste aujourd'hui en une végétation simple, a succédé soit à une éruption d'herpès génital dont les premières phases n'ont pas été observées, soit à une érosion quelconque, traumatique ou inflammatoire.
4° H... n'est atteint d'aucune affection vénérienne, syphilitique ou blennorrhagique, ancienne ou récente.
II. — Examen de la jeune Marie-Louise S..., âgée de six ans et demi {prétendue victime).
La santé générale de l'enfant paraît excellente. Cette petite fdle n'accuse plus de douleurs pendant la marche, la défécation ou miction.
L'inflammation de la vulve a complètement disparu. L'hymen ê intact. Les grandes lèvres, les petites lèvres ont repris leur volume normal. Seul le clitoris reste un peu volumineux. Les parties geni-
taies ne sont plus le siège d'aucune sécrétion muqueuse ou purulente.
Les ulcérations décrites dans un précédent rapport, sont complètement cicatrisées. Dans les points qu'elles occupaient on note la présence de macules d'un rouge vineux, ne faisant pas de saillie. A leur niveau les tissus ont repris leur souplesse.
Les ganglions des aines ne sont plus douloureux ; ils sont à peine plus volumineux que dans leur état normal. Le gros ganglion de l'aine gauche a disparu.
Sur la peau du corps, sur les muqueuses, sur celle du voile du palais notamment, on ne trouve plus aucune espèce d'éruption.
Les quatre grosses dents en voie d'évolution n'ont pas encore percé les gencives.
Conclusions : 1° La jeune Marie S... n'est pas déflorée.
2» Elle n'est atteinte d'aucune afi'ection vénérienne, syphilitique ou blennorrhagique.
3» L'inilammation de la vulve, les ulcérations constatées dans les visites des 11 et 23 novembre, les macules qui leur ont succédé, sont le résultat d'une éruption herpétique des parties génitales.
4° Cette inflammation herpétique peut avoir été provoquée par un traumatisme ou avoir succédé à une inflammation vulvaire spontanée.
5» L'éruption herpétique paraît, d^me part, avoir été plus intense et plus confluente que d'ordinaire, et, d'autre part, avoir pris des caractères ulcéreux peu communs ; ce qui peut ttre dû à la constitution lymphatique de l'enfant.
G" Aucune relation de cause à effet ne nous semble pouvoir être établie entre la lésion observée sur H... et l'herpès observée sur la jeune Marie S... ; car, d'une part, il n'est pas démontré que la lésion observée sur H... ait été de nature sûrement herpétique ; et, d'autre part, la contagion de l'herpès d'un sujet à un autre est un fait sinon absolument repoussé par la science contemporaine, du moins non encore établi.
1° L'éruption papuleuse du voile du palais, signalée dans la visite du 23 novembre, la rougeur des gencives, résultent du travail de dentition actuellement encore en évolution.
KAIM'ORT SUR UN CAS D ATTENTAT A LA PUDEUR SUR UNE PETITE FH.LE. — EXAMEN DE LA VICTIME ET DE l'iNCULPK.
Y a-t-'d défloraison et communication de maladie vénérienne ? {Voyez p. 21 e/ 39,)
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Paris, commis par M. Ed. Bertrand, substi-
tut de M. le procureur de la République, près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 31 octobre 1879, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du Code d'instruction criminelle et le procès-verval dressé le 31 octobre par M. le commissaire de police du quartier de Vincennes constatant un viol commis sur la personne de la jeune R. 0..., âgée de sept ans, demeurant à Vincennes, par le nommé D....
« Commettons M. le docteur Brouardel, àreflet de procéder à l'examen de Tenfant et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 3 et le 19 novembre 1879.