II. — Examen de l'inculpé
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Paris, commis par M. E. Ferey, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 5 novembre 1879, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre D..., âgé de 23 ans, inculpé d'avoir commis un attentat à la pudeur sur la jeune 0..., âgée de 7 ans.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l'état où se trouve en ce moment l'inculpé.
« Ordonnons qu'il y sera procédé par M. Paul Brouardel, docteur en médecine, lequel, après avoir reconnu l'état où se trouve le sieur D..<, nous transmettra son rapport ».
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen les 6 et 16 novembre 1879.
Visite du 6 novembre 1879. — D..., âgé de 23 ans, est pâle et maigre. 11 déclare avoir toujours eu une bonne santé et actuellement on ne constate aucune afï'ection viscérale. Il ne semble pas alcoolique.
Il dit avoir eu des chancres il y a six ans et une orchite il y a
quelques mois. L'examen de la peau, celui des muqueuses et en particulier de la gorge ne permet de voir aucune ulcération. Les ganglions de la région postérieure du cou sont volumineux.
La verge est grosse, à moitié congestionnée, le prépuce est couvert dans sa moitié inférieure d'ulcérations qui se touchent par leurs bords ; une d'elles médiane siège au niveau du frein, deux sur les parties latérales. Ces ulcérations ne sont pas entourées par une plaque d'induration, elles sont couvertes de croûtes desséchées et sanguinolentes. L'état de malproi)reté ne permet pas de faire un diagnostic précis sur la nature de ces ulcérations.
Le gland est volumineux. Par l'urèthre il s'écoule par la pression du pus blanchâtre.
Les ganglions des aines sont volumieux. L'un d'eux placé à l'angle interne de l'aine droite est gros, enflammé, la peau qui le recouvre est rouge.
L'anus n'est ni rouge ni déformé.
(Nous faisons inscrire D... à l'infirmerie pour qu'il reçoive les soins que réclame son état, et pour qu'après nettoyage le diagnostic des ulcérations du prépuce soit possible.)
Examen du 16 novembre 1879. — Les ulcérations du prépuce sont manifestement des chancres mous en voie de guérison. Il ne s'est pas développé d'induration à leur circonférence.
Le ganglion de l'aine droite n'a pas suppuré.
Sur la peau du corps, dans le cuir chevelu, dans la gorge il ny a ni éruption ni ulcération.
Conclusions : i° D... est atteint de chancres mous du prépuce et d'une blennorrhagie qui date de plusieurs mois.
2» 11 ne porte actuellement aucune trace de syphilis constitutionnelle. Si les chancres qu'il aurait eus il y a six ans ont donné naissance à cette maladie, il n'y en a pas de manifestation en ce moment.