RAPPORT SUR UN CAS D INFANTICIDE PAR STRANGULATION
[Voyez page 140).
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale a la Faculté de médecine de Paris, commis par M. Bard, substitut de M. le procureur de la République, près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 26 octobre 1882, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du Code d'instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 25 octobre 1882 par M. le commissaire de police du quartier de la Porte-Saint-Martin, constatant l'envoi à la Morgue du cadavre d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, trouvé à l'entrée de la cave de la maison située 95, faubourg Saint-Martin.
« Commettons M. le docteur Brouardel, à l'effet de procéder à l'autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit ».
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 27 octobre 1882.
Le cadavre est celui d'un enfant, du sexe masculin, pesant 3 k. 350 gr. Sa longueur totale est de 54 centimètres. Le cordon est adhérent à l'ombilic et mesure 42 centimètres de longueur, il est mou, présente à son extrémité libre une ligne de section parfaitement nette. On ne constate aucune trace de ligature.
La putréfaction du cadavre n'est pas commencée.
Les iris sont bleus. Les conjonctives palpébrales des deux yeux sont ecchymotiques. On ne constate sur la face aucune trace de violence.
Le cou est entouré par un sillon blanc, étroit, faisant tout le tour, abaissé du côté de l'épaule droite et relevé presque un peu au-dessous de l'oreille gauche. 11 n'existe pas de traces de coups d'ongles autour du cou ou des orifices de la face. La peau du sillon est parcheminée et mince, elle laisse passer la lumière par transparence.
On ne constate aucune trace de violence sur les autres parties du corps.
Sous le cuir chevelu se trouvent quelques ecchymoses sous-épicrâniennes. A la partie postérieure de l'occipital et du pariétal gauche on trouve une bosse séreuse.
Aucun des os du crâne n'est fracturé.
Les méninges et le cerveau sont très congestionnés.
L'œsophage et le pharynx sont sains et ne contiennent pas de corps étrangers.
La trachée également saine renferme une spume bronchique abondante.
Le cœur est rempli de sang liquide, et ne contient pas de caillots. Les valvules sont saines. On ne constate pas d'ecchymoses souspéricardiques, mais quelques ecchymoses sous-pleurales parfaitement nettes.
Les poumons paraissent sains. Plongés dans l'eau en masse avec le cœur ils nagent parfaitement, les difî'érents fragments des poumons nagent également. Ces derniers pressés sous l'eau font sortir un certain nombre de fines bulles d'air qui viennent se réunir à la surface du liquide sous forme de plaques de mousse.
L'estomac contient un peu de mucosité aérée.
Le foie est très congestionné.
Les reins sont également très congestionnés mais se décortiquent très bien.
La masse intestinale, plongée dans l'eau après ouverture de l'estomac, ne surnage pas. Le méconium occupe tout le gros intestin.
Les deux testicules sont dans le scrotum.
Le point d'ossification de l'extrémité inférieure du fémur est très développé et très net ; il mesure 4 ou 5 millimètres de diamètre et est séparé de la diaphyse par une lame cartilagineuse.
Dans le maxillaire inférieur, on constate quatre alvéoles nettement cloisonnées.
Conclusions : 1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d'un enfant nouveau-né, du sexe masculin, arrivé au terme normal de la gestation ou tout au moins à huit mois et demi.
2» Cet enfant a largement respiré.
30 La mort a été causée par une strangulation pratiquée à l'aide d'un lien étroit tel que, une ficelle, une petite corde ou un cordon.