RAPPORT SUR UN CAS DV. PENDAISON. — SUICIDE
[Vouez page 238).
Je soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Paris, commis par M. Fcuilloley, substitut ie M. le procureur de la République, près le tribunal de première nstance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en late du 23 janvier 1882, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du Code d'instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 22 janvier 1882 par M. le commissaire de police du quartier de Necker, constatant Tenvoi à la Morgue du cadavre du nommé R. . . (Gustave), trouvé pendu dans Tatelier du sieur V. . .
« Commettons M. le docteur Brouardel, à l'eflet de procéder à Fautopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit ».
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 24 janvier 1882.
Le corps est celui d'un jeune homme âgé de 16, ans, grand et très vigoureux pour son âge. La putréfaction est à peine commencée et la rigidité cadavérique a complètement disparu. Sur le corps, principalement sur la face postérieure et les parties déclives, on voit un grand nombre de sugillations cadavériques.
La corde qui nous est présentée comme étant celle dont le jeune R... se serait servi'pour se pendre, est une corde à deux brins et présente plusieurs morceaux réunis par une ficelle un peu plus mince.
La face est très congestionnée et il sort par la bouche une mousse écumeuse et sanguinolente qui se répand sur presque toute la face.
Les oreilles sont très congestionnées, l'oreille droite est plus rouge que la gauche.
Les conjonctives sont très injectées. Les iris sont de couleur
rousse.
La langue est placée en arrière des arcades dentaires sans être nettement appliquée sur elle.
On ne constate pas de piqueté hémorrhagique sur la surface du corps.
La verge est un peu congestionnée et le canal de l'urèthre es<^ sain.
On ne trouve pas de traces de violences sur les différentes parties du corps.
A la région du cou nous remarquons un sillon assez large et parcheminé, beaucoup plus marqué à la région postérieure du cou qu'à la région antérieure et dont la direction générale est de bas en haut et d'arrière en avant. Dans la région comprise entre les deux muscles sterno-mastoïdiens le sillon est à peine marqué. Sous le menton nous trouvons une plaque parcheminée, produite très probablement par le nœud de l'anse, le plein se trouvant alors placé à la région postérieure.
Le tissu cellulaire sous-cutané du crâne est très congestionné, et présente quelques ecchymoses sous-péri-crâniennes.
Les os du crâne ne sont pas fracturés, mais ils sont encore très souples. Le cerveau n'est pas très congestionné, les méninges sont un peu injectées et se décortiquent très bien. On ne constate pas de
lésions du 4« ventricule, du cervelet et du bulbe. Les sinus sont remplis de sang liquide.
A la partie antérieure de la trachée au-dessous du corps thyroïde, nous trouvons une suffusion sanguine. La dissection de la partie antérieure du cou nous permet de constater que les veines jugulaires et les artères carotides ne sont pas déchirées.
Nous trouvons des mucosités sanguinolentes finement aérées dans la trachée et des matières de vomissements dans l'œsophage.
Les plèvres ne renferment pas de liquide et les poumons n'ont pas d'adhérences pleurales.
Sur la surface des poumons on trouve quelques petites plaques d'emphysème sous-pleural, de nombreuses ecchymoses punctiformes et à la partie postérieure, quelques suffusions sanguines. La partie supérieure des poumons est crépitante et nage, la partie inférieure est très congestionnée, mais les fragments nagent également.
Dans le péricarde on trouve un peu de liquide séro-sanguinolent. Le cœur est vide de sang et de caillots et présente à sa surface quelques ecchymoses sous-péricardiques. Les valvules sont saines.
L'estomac contient des débris alimentaires au milieu desquels on reconnaît du lait, mais ces matières sont trop altérées pour qu'on puisse en déterminer exactement la nature.
Le foie un peu congestionné n'est pas très gras et paraît sain. La vésicule biliaire ne contient pas de calcul.
La rate, très volumineuse n'est pas difîluente.
Les reins sont très congestionnés, mais se décortiquent très facilement.
Les intestins ne sont pas très congestionnés et paraissent sains.
Le petit bassin ne contient pas de liquide.
La vessie est vide et paraît saine.
Conclusion : 1° La mort du sieur R... est le résultat d'une pendaison.
2° Le corps ne porte aucune trace de violence.