ACCOUCHEMENT PRÉCIPITÉ
toutes les causes qui ont pu déterminer la mort de l'enfant pendant l'accouchement. On trouvera ces causes longuement décrites dans les traités d'accouchements, il est donc à peine nécessaire de les rappeler ici. Elles peuvent se résumer ainsi :
1° Longueur du travail. — La mort peut provenir dans ce cas ou de l'interruption de la circulation par le fait de lacompression du cordon ombilical, ou de la compression du placenta. Les moyens de la reconnaître sont assez incertains. Les auteurs signalent une tumeur séreuse ou séro-sanguinolente située dans le voisinage du sommet de la tète, mais cette tumeur existe sur beaucoup d'enfants de femmes primipares,, c'est donc par son étendue qu'on pourra apprécier la durée et la difficulté du travail. Cette tumeur peut avoir de 10 à 15 millimètres d'épaisseur ; elle se laisse facilement déprimer pendant la vie, mais elle est plus rénitente après la mort. Son étendue en largeur peut avoir jusqu'à 5 centimètres de diamètre ; sa couleur est quelquefois violacée, mais la peau qui l'environne conserve sa couleur naturelle (Devergie). On signale encore V allongement et la difformité de la tète. Ce caractère peut avoir quelque valeur, surtout s'il coïncide avec l'existence de la tumeur.
2° Procidence du cordon. Entortillement du cordon ombilical autour du cou de Venfant. — Dans le premier cas, la mort est due à la compression du cordon et par. suite à l'asphyxie ; on. trouve alors à l'autopsie des ecchymoses sous-pleurales et les autres indices de l'asphyxie ; dans le second la mort peut être due soit à la compression du cordon, soit à l'étranglement par Tanse du cordon passée autour du cou de l'enfant. Sur 685 étranglements observés à la clinique de Nœgelé, il y eut 18 décès seulement, tandis que sur 743 cas de compression du cordon, il y eut 408 enfants mort-nés.
Les auteurs ont longuement étudié les caractères qui peuvent faire distinguer la mort par enroulement du cordon de la strangulation criminelle, mais nous pensons qu'on a attaché trop d'importance à cette distinction et que, dans ces cas, la mort doit être attribuée non pas à la strangulation mais simplement à l'arrêt de la circulation par suite de la compression du cordon pendant le travail. Quoi qu'il en soit, il est certain que le cordon peut laisser sur le cou et même sur la poitrine et le ventre du nouveau-né une empreinte sous forme desillon légèrement ecchymose. Nous verrons plus loin, à l'article
d24 • INFANTICIDE.
strangulation^ les caractères qui feront distinguer ce sillon de celui qu'on observe dans les cas de strangulation véritable. Nous ferons seulement remarquer que le seul point véritablement important c'est que, lorsque l'enfant naît étranglé par le cor,- 4on, il n'y a jamais respiration complète, ni surnatation des poumons et que, par conséquent, si l'on trouve la respiration complètement établie, on a la preuve que la strangulation ne résulte pas de l'enroulement du cordon avant la naissance (Tardieu).
3° Hémorrhagie résultant du décollement du placenta. — Si Fenfant a succombé à une hémorrhagie par décollement du placenta, le cadavre sera pâle, décoloré, la peau cireuse et diaphane ; les viscères seront décolorés, le cœur et les principaux vaisseaux vides et affaissés. On observera également chez la mère des symptômes qui confirmeront l'existence de l'hémorrhagie.
4° Accouchement précipité. — Dans certains cas l'accouchement peut avoir lieu à l'improviste, dans la rue, dans un omnibus, alors que la femme est debout et dans l'impossibilité de donner à son enfant des soins convenables.
Il arrive souvent que les femmes accusées d'infanticide invoquent ce système de défense et prétendent avoir accouché avec tant de précipitation que l'enfant est mort de la chute qu'il a faite sur le sol, dans les latrines, etc.
Le fait est possible et l'expert est souvent appelé à se prononcer sur la valeur des explications fournies par la mère.
On trouvera plus loin, dans l'énumération des diverses blessures occasionnant la mort par infanticide, des détails permettant le plus souvent de résoudre cette question. Nous voulons seulement établir que, dans Y accouchement précipité^ la chute de l'enfant peut avoir lieu sans que la mère ait eu une intention criminelle.
Le premier point à élucider est celui relatif à la rupture du cordon. Si la femme a accouché debout ^, il faut pour que la chute de l'enfant sur le sol soit possible: 1" que le cordon ait été rompu ; 2° que la tète ait été immédiatement suivie de l'expulsion du placenta.
En général on reconnaîtra assez facilement le mode de
1. D'après une statistique de Klein, sur 183 cas d'accouchement précipité, la mère était debout dans 150 cas, à genoux dans 6, assise dans 22.
l'enfant a-t-il respiré. 125
rupture du cordon. S'il a été sectionné avec des ciseaux l'extrémité est nette, régulière ; s'il a été rompu par simple traction elle est irrégulière et déchiquetée. Négrier et Devergie ont démontré que le cordon pouvait supporter sans se rompre une traction de o à 9 kilog. Mais il n'en est pas de même lorsque l'enfant tombe d'une certaine hauteur comme cela a lieu dans l'accouchement précipité. Dans ce cas, Pfannhack a démontré que le cordon pouvait se rompre sous l'influence du poids d'un kilogr. et même moins.
Il faut savoir également que, dans certains cas, le cordon est extrêmement fragile. Budin^a rapporté des cas où le cordon avait été rompu par la simple propulsion de l'enfant. Cet auteur a démontré que le cordon ombilical est plus fragile au moment de la naissance qu'après la mort.
La constatation de bosses sanguines sur le crâne de l'enfant permet de croire que l'accouchement ne s'est pas effectué rapidement. Il peut cependant se faire que la tête, après avoir longtemps séjourné dans le détroit inférieur, soit expulsée rapidement.
On voit donc que la mort accidentelle de l'enfant est possible dans l'accouchement précipité sans intention criminelle de la mère.
G. L'enfant a-t-il respiré? — Les modifications apportées dans les organes du fœtus par l'établissement de la respiration sont les seules qui peuvent permettre d'affirmer d'une manière certaine que l'enfant a vécu. Ces modifications portent sur le volume du thorax, la situation, l'aspect extérieur, la structure, le volume, le poids et la densité des poumons.
1° Volume du thorax. — La respiration ne pouvant s'exécuter sans produire une certaine dilatation de la poitrine, les anciens auteurs avaient cherché à utiliser cette circonstance dans les constatations médico-légales relatives à l'infanticide, mais Tardieu fait justement remarquer que, s'il est constant que le volume du thorax augmente chez l'enfant qui a respiré^ il faudrait pouvoir prendre les mesures chez le même enfant avant et après l'entrée de l'air dans la poitrine, ce qui est impossible. Il faut encore ajouter que la voussure du thorax, qui était plus ou moins marquée pendant la vie, subit un cer-
i. Société de médecine légale, juillet 4887.
tain affaissement après la mort. Nous dirons donc avec Casper que la voussure de la poitrine comme signe diagnostique n^a aucune baleur en médecine légale et nous nous dispenserons de reproduire les tableaux où sont indiqués, dans les traités clas- -siques, les dimensions du thorax avant et après l'établissement de la respiration.
20 Situation des poumons. — Avant l'établissement de la respiration ces organes occupent la partie la plus profonde de la poitrine et sont placés dans la gouttière costo-vertébrale, de sorte qu'ils sont presque complètement recouverts par le thymus et le cœur. Selon Casper, ils ne remplissent que le tiers de la cavité thoracique. Lorsque la respiration a eu lieu, les poumons remplissent la cage thoracique et recouvrent le péricarde. M. Devergie fait remarquer que, dans des cas très rares, des poumons très petits et enfoncés dans la poitrine peuvent appartenir à des enfants qui ont respiré.
3° Aspect extérieur. — Les poumons qui n'ont pas respiré présentent une surface lisse où l'on aperçoit à peine les lignes celluleuses qui séparent les lobules pulmonaires, mais sans apparence de vésicules distinctes. La couleur est rouge brun, couleur de foie d'adulte et les bords paraissent d'un rouge un peu plus clair (Devergie, Casper) ; elle est le plus souvent d'un rouge lie de vin rappelant la teinte de la rate et d'une coloration uniforme sur toute la surface de Vorgane (Tardieu). Chez l'enfant qui a respiré, les poumons ont un aspect tout différent. La couleur est dhin rose vif ou d'un rouge bleuâtre marbré de taches circonscrites et nombreuses, quelquefois d'une couleur rouge vermeil avec des taches rouge bleu foncé, mais la teinte n'est jamais égale et est toujours nuancée et marbrée. La surface de l'organe est lobulée et partagée en petites cellules polygonales dilatées par l'air et souvent visibles à l'œil nu.
4° Structure. — Les poumons non pénétrés par l'air sont constitués par un tissu compact et spongieux à peine réticulé, ce tissu est formé par des lobules denses, charnus elr d'autant plus unis entre eux que l'enfant approche plus du terme de neuf mois (Devergie). Après l'établissement de la respiration les poumons sont dilatés et les vésicules apparaissent très distinctement. Si Ton comprime le tissu pulmonaire on sent une •espèce de crépitation caractéristique qui n'existe jamais dans le poumon fœtal.
50 Poids, volume et densité. — Les épreuves auxquelles on
DOGIMASIE PULMONAIRE. 427
soumet les poumons de l'enfant nouveau-ne' pour constater les modifications de poids et de densité sont des plus importantes. Leur ensemble constitue la docimasie pulmonaire (SoxtaaÇstv, éprouver).
DOCIMASIE PULMONAIRE.
A. Docimasie par la hal&nce. {Méthode de Ploucquet.) — Le poids du poumon augmentant d'une manière notable lorsqu'il a été pénétre' par l'air et par le sang, Ploucquet avait eu l'idée, en 1736, de rechercher les rapports qui pouvaient exister «ntre le poids des poumons et le poids total du corps suivant que l'enfant a ou n'a pas respiré. Se basant sur un petit nombre ■d'observations, il avait cherché à établir que le poids du pouînon d'un enfant mort-né est à celui du corps entier dans la proportion de 1 : 70 et que, lorsque l'enfanta respiré, cette proportion est de 1 : 35. Ces chiffres avaient été acceptés par Fodéré -et Mahon, mais les travaux de Devergie, d'Orfila et surtout de Casper ont démontré que cette proportion n'est pas exacte, qu'elle peut varier selon l'âge, le genre de mort, la constitution du sujet, etc., et qu'elle ne pouvait être d'aucune utilité pratique dans les expertises médico-légales relatives à V infanticide. La méthode de Ploucquet est donc absolument abandonnée en médecine légale.
B. Docimasie hydrostatique par la méthode de Daniel. — Cette méthode, qui n'a jamais été d'un usage général et qui n'est presque plus employée aujourd'hui, date de 1780; elle est fondée sur le principe d'Archimède. On détache les poumons, le cœur et le thymus de la cavité thoracique après avoir pratiqué la ligature des gros vaisseaux afin de ne pas laisser perdre de sang et on les pèse à l'aide d'une balance très sensible ayant un crochet adapté à la partie inférieure •d'un de ses plateaux. On en sépare le cœur et le thymus et on les pèse de nouveau ; on en déduit le poids du cœur et du thymus et on obtientainsi lepoidsnetdes poumons. On suspend alors les poumons seuls au crochet du plateau de la balance, on les fait plonger dans Teau et, s'ils immergent, on note sur l'échelle du vase le degré d'élévation du liquide et on met dans l'autre plateau le poids nécessaire pour rétablir l'équilibre. Si
les poumons surnagent, on les fait immerger en les plaçant dans un petitpanier en fil d'argent ; onnote également la masse d'eau qu'ils déplacent et les poids nécessaires pour rétablir l'équilibre.
Ces expériences ont pour but de faire apprécier l'augmentation de volume et l'augmentation de poids sous l'influence de la respiration. Ainsi, les poumons qui n'ont pas respiré et qui n'ont qu'un petit volume déplaceront peu d'eau et perdront peu de poids, tandis qu'au contraire, les poumons qui ont respiré et qui ont un volume plus considérable devront déplacer beaucoup d'eau et perdre beaucoup de poids. Exemple : si les poumons non pénétrés d'air pèsent 50 à l'air libre, ils peuvent perdre 15 et il leur reste un poids de 35; si les poumons ont respiré ils peuvent peser 100 à l'air libre, perdre 30 par l'immersion et conserver un poids de 70. Nous avons dit plus haut que le poids du poumon qui a respiré augmentait presque du double.
La méthode de Daniel repose sur un principe variable de physique, mais les variations individuelles du poids et du volume du poumon et les soins minutieux qu'exige son application ont empêché son emploi en médecine légale. Nous en dirons autant de la méthode de Bernt, delà méthode pneumohépatique qui repose sur le rapport qui existe entre le poids du poumon et celui du foie. Tous ces procédés doivent faire place à la méthode ordinaire que nous allons décrire, la seule qui ait été considérée jusqu'à ce jour comme pouvant fournir des résultats décisifs.
C. Docimasie hydrostatique par la méthode ordinaire ou de Galien. — Le procédé des anciens est le plus simple et le plus sûr de tous ceux employés pour constater que les poumons ont été dilatés par l'air et le seul qui mérite véritablement le nom de docimasie pulmonaire. Quoique ayant été indiqué par Galien dans son livre, De usu partium, il ne fut introduit dans la médecine légale qu'en 1663 par Bartholin et en 1682 par Schreger. Il repose sur ce principe que, chez l'enfant qui n'a pas respiré, le pcfumon est plus dense que l'eau et ne doit pas surnager, tandis que, lorsque le poumon de l'enfant a été pénétré par l'air, il est moins dense que l'eau et doit par conséquent surnager.
Cette opération est extrêmement simple, mais il importe
DOCIMASIE PULMONAIRE. 129
néanmoins qu'elle soit pratiquée avec le plus grand soin et que les résultats soient à l'abri de toute chance d'erreur. Voici du reste les règles fort simples qui ont été formulées par Tardieu pour la pratique de la docimasie hydrostatique.
« L'expert doit se procurer un vaste plein d'eau assez large et assez profond pour que les organes que l'on doit y plonger puissent s'y mouvoir librement sans en toucher les parois et sans être attirés par elles. Un seau ordinaire est parfaitement approprié à l'expérience. Le vase sera rempli d'eau à la température ordinaire. La poitrine étant ouverte, il faut saisir avec les pinces l'extrémité supérieure du larynx et de l'œsophage, les trancher d'un seul coup, et, pendant que la main qui tient la pince soulève et tire en avant, raser la colonne vertébrale avec le scalpel en détruisant toutes les attaches jusqu'à ce qu'arrivé au diaphragme, on ramène l'instrument horizontalement d'arrière en avant et l'on détache ainsi d'un seul coup la masse des viscères contenus dans la cavité thoracique. Sans lâcher la pince qui les tient on les porte immédiatement et tous ensemble dans le vaste plein d'eau et on les y abandonne à eux-mêmes. »
Nous pensons avec Tardieu et plusieurs auteurs qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer la ligature préalable de la trachée et des vaisseaux. Cette opération ne peut qu'augmenter sans utilité la longueur et les difficultés de l'expérience ; la quantité de sang qui s'écoule est trop peu considérable pour faire varier notablement le rapport du poids au volume du poumon.
Lorsque les organes thoraciques sont ainsi plongés tous ensemble dans l'eau, on constate s'ils surnagent ou s'ils tombent au fond. On prend à cet égard des notes exactes, en signalant le plus ou moins de rapidité avec laquelle ils tombent, s'ils descendent jusqu'au fond ou s'ils resteat suspendus à une certaine hauteur dans le liquide.
On répétera ensuite l'expérience en séparant les poumons des autres organes. On pratique la docimasie sur les poumons séparés du thymus et du cœur, sur chaque poumon, sur chaque lobe et même sur des fragments de la grosseur d'une amande, en ayant soin de signaler les résultats obtenus pour chaque fraction de tissu.
Les résultats immédiats delà docimasie peuvent se ramener à deux cas : ou la masse surnage ou elle gagne le fond du récipient. Nous allons successivement passer en revue les par-
LUTAUD, Méd. lég. 9
ticularités les plus importantes qui se rattachent à chaque cas, a. Le poumon surnage. — Tardieu a fait justement remarquer que le médecin-légiste qui conclurait d'emhlée que la masse surnage parce que les poumons ont respiré s'exposerait quelquefois à une grossière erreur. Trois circonstancespeuvent, en effet, produire la pénétration des gaz daus les poumons et, par suite, la surnatation, ce sont : la respiration naturelle, la putréfaction, qui donne lieu au développement de gaz putrides et V insufflation, procède' souvent employé au moment de la naissance pour rappeler l'enfant à la vie.
Il est en effet incontestable que la putréfaction peut faire surnager les poumons, mais il faut dire que, surtout chez le nouveau-né, elle ne gagne que très tardivement les poumons. On a vu des cadavres d'enfants restés dans l'eau pendant des mois, sur lesquels les résultats de l'épreuve docimasique n'étaient nullement altérés par la présence des gaz putrides; mais il est à remarquer que, aussitôt retiré de l'eau, le cadavre entre dans une décomposition rapide et, comme il s'écoule souvent plusieurs jours avant que l'autopsie soitpossible, l'expert trouvera souvent de l'emphysème putride chez les nouveau-nés qui auront longtemps séjourné dans l'eau. Le poumon qui a subi un commencement de putréfaction se re- .connait à la présence de bulles nombreuses groupées à la surface du poumon et particulièrement vers la base. Il faut alors percer chacune de ces bulles et donner issue au gaz en exerçant sous l'eau une légère pression. La docimasie sera ensuite pratiquée d'après les indications que nous avons données plus haut.
On ne connaît pas encore de cas où V Insufflation ait été une cause d'erreur dans la pratique médico-légale, mais comme il est nécessaire que l'expert soit à même de reconnaître lespoumons insufflés, nous allons en retracer les principaux caractères. L'insufflation peut, en effet, produire la surnatation^ mais le poumon insufflé se distinguera par sa couleur rosée uniforme et par la quantité de sang contenue dans le parenchyme pulmonaire. Ce dernier caractère est important car l'introduction artificielle de l'air ne produit pas, comme dans la respiration naturelle, l'afflux du sang et, si l'on exprime un petit fragment de poumon sous l'eau, on ne fait sortir que de l'air, mais pas de sang.
Dans un cas très intéressant observé par M. Herbet, d'A-r
DOGIMASIE PULMONAIRE. 131
miens, un poumon fœtal qui avait subi la congélation a surnagé pendant quelques instants et n'a gagne' le fond du vase^ tju'après avoir séjourné dans de l'eau chaude. Il suffit d'être- ])révenu de ce fait pour éviter cette cause d'erreur.
Le séjour dans l'alcool peut également donner au poumon fœtal une plus grande légèreté spécifique et le faire surnager pendant quelques instants. Dans un cas rapporté par Tardieu, le premier expert avait conclu que la respiration n'avait pas eu lieu, tandis que cinq jours plus tard, alors que lespoumons avaient été placés dans Teau-de-vie, un deuxième expert voyait les mêmes organes surnager et ne gagner le fond* que très lentement. Il faut donc se garder de faire séjourner les poumons dans l'alcool avant de pratiquer la docimasie..
Chaussier a décrit un emphysème des nouveau-nés qui pouvait^ dans certains cas, produire la surnatation chez le mort-né, mais les auteurs modernes ont nié avec raison l'existence de cette affection qui reposait sur des faits mal interprétés.
Tardieu a résumé ainsi la conclusion médico-légale à tirer de la surnatation : « Lorsque les poumons surnagent soit en masse, soit isolément, entiers ou divisés, et qu'ils ne sont ni pourris, ni insufflés artificiellement, ni congelés, ni macérés dans de Vcspritde-vin, il est permis d'affirmer que Venfant a respiré et que, par conséquent, il a vécu. »
b. Le poumon ne surnage pas. — Il ne faut pas en conclure immédiatement que l'enfant n'a pas respiré. Deux circonstances peuvent précipiter au fond de l'eau des poumons qui ont respiré, ce sont : les altérations pathologiques et la désorganisation de Vorgane par la putréfaction ou par d'autres causes.
En effet, il peut exister chez l'enfant des altérations pathologiques qui ne permettront à l'air de pénétrer que partiellement et môme sans pouvoir séjourner dans les vésicules. Telles sont les maladies dues à la syphilis congénitale, à l'hépatisation! pulmonaire et l'induration particulière aux nouveau-nés, qu'on a désign('esous le nom d^atélectasie. 11 sera, du reste, facile de reconnaître ces différentes lésions et, comme la maladie est rarement généralisée, on trouvera des parties saines qui surnageront et d'autres qui descendront au fond de l'eau. On peut également rencontrer quelques cas dans lesquels la débi> lité extrême de l'enfant ou certains vices de conformation n'ont pas permis à la respiration de s'établir complètement.
Il sera également facile dans ces cas de constater la cause de la mort.
Quant à la putréfaction, elle peut altérer complètement la structure du poumon, faire disparaître l'air et les autres gaz qu'il contenait et le réduire en une sorte de pulpe plus dense que l'eau. Mais pour que ce phénomène ait lieu, il faut que la putréfaction remonte à plusieurs semaines et même plusieurs mois ; toutes les épreuves docimasiques seront alors complètement inutiles.
On peut donc conclure que, lorsque les poumons ne surnagent pas et qu'Us n'ont subi aucune altération pathologique ou autre, Venfant n'a pas respiré.
D. Docimasie pulmonaire optique. — Cette nouvelle méthode d'exploration est due à M. Bouchut. Lorsqu'on examine à la loupe un poumon qui n'a pas respiré, on voit un tissu compacte, rose pâle et comme anémique si le fœtus n'a que quatre ou cinq mois ; un tissu rouge livide, couleur chocolat ou lie de vin si le fœtus approchait du terme de la gestation. On ne voit aucune vésicule pulmonaire, mais on distingue les lignes celluleuses qui séparent les lobules.
Si le poumon a respiré, on distingue un amas de vésicules arrondies très distinctes, ayant chacune leur point lumineux, très serrées les unes contre les autres et de dimensions inégales. Si la respiration a été incomplète, on rencontre des lobules dont les vésicules sont dilatées par l'air et des lobules compactes et sans vésicules. A la loupe, chaque vésicule paraît avoir de 1 à 2 millimètres.
Ces caractères, qui concordent avec ceux que nous avons décrits en parlant de l'aspect extérieur du poumon (page 126), pourraient être utilement appliqués au contrôle des autres épreuves docimasiques : mais l'application de ce procédé n'est pas, jusqu'à ce jour, entrée dans la pratique médico-légale.
E. Docimasie auriculaire. — Nous devons appeler l'attention sur un signe important qu'on peut retirer de l'état de l'oreille d'un nouveau-né. Il a été récemment signalé par M. Gellé et par MM. Wendt et Wreden K Lorsqu'on examine l'oreille d'un enfant qui n'a pas respiré, on trouve laca-
. 1. Société de Biolo£?ie, 1876.
DOCIMASIE AURICULAIRE. 133
vite tympanique remplie par un magma brunâtre au milieu duquel on aperçoit deux points blancs qui sont les osselets, mais il n'y a pas d'air. Lorsque la respiration est établie et qu'elle a eu lieu pendant quelques heures, le magma disparaît et la cavité tympanique se remplit d'air.
Wendt a trouvé chez quatre nouveau-nés la caisse da tympan vide de son bouchon, mais sans air, et l'examen microscopique lui a fait reconnaître dans le liquide qui la remplissait les éléments du liquide amniotique. D'après cet auteur, ce liquide, appelé par des efforts énergiques d'inspiration, dont sa présence était la preuve, avait remplacé l'air.
AVendt conclut de ces faits : 1° que lorsqu'on trouve chez un nouveau-né ou chez un fœtus à terme ou près du terme, le bouchon muqueux de la caisse du tympan entier, il n'y a pas eu de respiration énergique, ni intra, ni extra-utérine ; 2° que la respiration s'est effectuée si le bouchon n'existe plus ; 3oque la présence, dans la caisse, d'air, de liquide amniotique, de mucosités de la parturition, de liquide de latrines, prouve que le fœtus a fait d'énergiques inspirations dans l'un ou l'autre de ces milieux.
Pour bien apprécier la valeur médico-légale de l'épreuve auriculaire il faut savoir : 1° que ce n'est qu'au bout de vingtquatre heures d'une respiration régulière que les modifications de l'oreille moyenne sont complètement effectuées; 2*^ que le plus ordinairement, il n'y à eu, dans les cas d'infanticide, qu'un petit nombre de respirations avant la mort. Ces réserves faites, nous pensons que l'épreuve auriculaire pourra contrôler utilement les résultats fournis par la docimasie pulmonaire.
Pour pratiquer la docimasie auriculaire, après avoir enlevé.' le cerveau, on sectionne transversalement la base du crâne, avec un fort scalpel ou une scie une en arrière des apophyses mastoïdes et vers le milieu de l'arcade zygomatique, puis on désarticule la mâchoire inférieure pour isoler complètement le segment osseux. On enlève ensuite aveCjprécaution la paroi supérieure de la caisse qui est mince et facile à détacher. Il est bon de commencer par ouvrir la cavité mastoïdienne avant de toucher aux parois de la caisse. On évite ainsi d'endommager la tête du marteau qui répond à la paroi supérieure de la caisse. S'il existe du liquide dans la cavité tympanique, on le soumet à l'examen microscopique. Après avoir séparé Tenclume de l'étrier et coupé le tendon du tenseur du tympan, on
fend avec de forts ciseaux, perpendiculairement, d'un côté les parois de la cavité mastoïdienne, de l'autre l'extrémité antérieure de la caisse du tympan en faisant la section parallèlement à la paroi labyrinlhique. On peut alors ouvrir la caisse comme une coquille et en séparer les deux parois latérales. Il est facile alors de constater si le bouchon muqueux existe encore ou s'il a disparu en totalité ou en partie ^
F. Docimasie gastro-intestinale. — On a essayé récemment en Allemagne de substituer la docimasie gastro-intestinale à la docimasie pulmonaire sous le prétexte qu'il est possible d'introduire de l'air dans les poumons d'un nouveau-né par les manœuvres de la respiration artificielle.
Mais, en admettant même qu'il soit possible comme le prétend Runge d'introduire artificiellement de l'air dans les poumons d'un nouveau-né, il ne s'ensuit pas que cette respiraition artificielle imprime aux poumons les caractères de la respiration normale complète. Pellacani a même démontré qu'il est impossible de simuler, chez les enfants à terme, la respiration complète, seul critérium de la vie extra-utérine.
La docimasie intestinale est basée sur la présence de l'air dans le tube digestif. Breslau déclare que, lorsque la masse intestinale surnage dans l'eau, on doit conclure que l'enfant a respiré.
Cette proposition ne nous paraît pas devoir être acceptée comme une preuve admissible en médecine légale. On sait en €lfet que la putréfaction suffit pour développer dans l'intestin une quantité notable de gaz et qu'il est facile d'introduire de ï'air dans l'estomac par l'insufflation.
G. Docimasie sidéro-pulmonaire. — Nous ne ferons que signaler ce procédé proposé par Zaleski {Vicrtelj. fur gerichll. Mcd. 1888). Il consiste à doser la quantité de fer contenue dans les poumons, la teneur en fer dépendant, d'après cet auteur, de l'établissement de la respiration et semblant être directement proportionnelle au fonctionnement de cet organe. Impraticable dans les cas de mort par non ligature du cordon, il serait appelé à remplacer la docimasie pulmonaire quand les poumons sont putréfiés, quand ils ont été conservés dans l'alcool ou soumis à une haute température.