CONDUITE DU MÉDECIN-LÉGISTE
tané de délire au moment de raccouchement^ ; mais Legrand du SauUe et Tardieu pensent que les faits de Marcé ont été mal interprétés et n'admettent pas la folie transitoire. Legrand du Saulle reconnaît bien qu'il y a des cas où l'infanticide est l'œuvre de la folie et où la femme doit être de'clarée irresponsable, mais il n'admet pas l'égarement passager qui dure tout juste le temps de mutiler l'enfant avec des ciseaux ou un couteau, de lui nouer un cordon autour du cou et de le jeter dans les latrines ou tout autre endroit. « Les cas où la femme peut être déclarée irresponsable sont ceux dans lesquels la folie, qu'elle ait précédé ou suivi l'accouchement, n'est pas transitoire mais bien précédée par les symptômes habituels de la folie hystérique, tantôt, et plus souvent, de la mélancolie lipémaniaque avec hallRcination, tantôt enfin, mais beaucoup plus rarement, de la fureur maniaque ».
Examen des taches. — Parmi les constatations propres à établir les circonstances dans lesquelles s'est accompli le crime d'infanticide, il ne faut pas omettre celles qui ont trait aux différentes taches produites par le corps de l'enfant nbuveau-né : taches formées par l'enduit sébacé, l'épiderme fœtal, le méconium. Nous étudierons les caractères de ces taches dans-' la partie de l'ouvrage où nous traiterons de la chimie et de la micrographie légales. (Voy. Toxicologie, Chimie et Micrographie légales.)
CONDUITE d'un MÉDECIN-LÉGISTE APPELÉ A FAIRE UN RAPPORT DANS UN CAS d'infanticide.
Si l'expert est appelé immédiatement après la découverte du corps du délit, il doit d'abord rechercher s'il n'existe pas dans le voisinage des linges, instruments ou autres objets qui puissent se rattacher à l'exécution du crime. Si le cadavre a été enfoui, il devra s'informer des circonstances qui ont entouré l'extraction et surtout du temps qui s'est écoulé depuis cette extraction et du temps pendant lequel le cadavre a été exposé au contact de l'air.
Après avoir noté avec soin les caractères fournis par l'exa-
1. Tiaité de folie des femmes enceintes, des accouchées et des nourrices. Pari'=, 1858. p. 13 i.
«len extérieur du corps : ecchymoses, plaies, blessures du cuir chevelu et fractures du crâne, e'tat du cordon ombilical, sexe, longueur des membres, etc., il procédera à l'ouverture des grandes cavités, c'est-à-dire à l'autopsie proprement dite. Dans certains cas d'immaturité ou de non-viabilité du fœtus, celle-ci sera quelquefois inutile, mais elle sera presque toujours ordonnée par la justice.
Nous reviendrons plus tard sur la méthode générale à suivre dans les autopsies judiciaires. Chaussier avait conseillé d'ouvrir d'abord le rachis, puis le crâne, le thorax et Tabdomen. Mais nous pensons, avec plusieurs auteurs, que cette méthode présente quelques inconvénients surtout chez les nouveaunés. On s'expose en effet, en plaçant le corps sur le ventre et en pratiquant les manœuvres nécessaires pour ouvrir le rachis, à froisser le cordon et ses vaisseaux et à produire des lésions dont on pourrait méconnaître la cause. Nous indiquerons donc pour Fautopsie des nouveau-nés la méthode décrite par Briand et Chaude d'après un règlement rédigé en Prusse par une commission scientifique et dont la promulgation date du 15 novembre 1858^
On examine d'abord Vabdomen, puis le thoraw, le crâne, et le canal vertébral.
10 On incise les téguments abdominaux depuis l'appendice sternal jusqu'à une petite distance de l'ombilic qu'on contourne en prolongeant l'incision jusque dans le milieu de l'espace ■compris entre l'épine iliaque antéro-supérieure et la symphyse pubienne. On soulève ensuite l'ombilic pour faire saillir les replis du péritoine qui contiennentles vaisseaux ombilicaux, et on incise circulairement la peau au pourtour des parois abdominales. On constate alors de quel côté correspond la voûte du diaphragme, puis l'état de l'anneau ombilical, des vaisseaux ombilicaux, du canal veineux, du foie, de la vésicule biliaire. On note également s'il existe un épanchement dans la cavité abdominale, l'état de l'estomac, de la vessie, de la rate, des organes sexuels. On remet ensuite les viscères en place et on rapproche les téguments en y plaçant quelques points de suture.
2*^ On passe ensuite à l'examen des organes de la respiration. Après avoir incisé les commissures des lèvres jusqu'à l'o-
4. Briand et Chaude, Manuel de Médecine légale, 8' édit., p. 2G2.