‹ Manuel de médecine légaleChapitre 81 sur 353 · CONDUITE DU MÉDECIN-LÉGISTE · texte numérisé non relu

CONDUITE DU MÉDECIN-LÉGISTE

reille correspondante, on divise la lèvre inférieure par une incision que Ton prolonge en suivant la ligne médiane jusqu'au sternum. On peut ainsi visiter l'arrière-bouche, le pharynx, la glotte et l'épiglotte. La prolongation de ces incisions permettra d'explorer le tissu cellulaire et les muscles du cou, les carotides et la trache'e.

Pour l'ouverture du thorax, on fait de chaque côté une incision transversale longeant la clavicule jusqu'à l'extrémité acromienne de cet os. Puis, de chaque articulation sterno-claviculaire, on incise les te'guments dans une direction très oblique en dehors et jusqu'à la dernière côte. On divise les articulations sterno-claviculaires et on coupe les cartilages qui unissent les côtes au sternum et, soulevant la partie supérieure de cet os, on le renverse sur l'abdomen. Les organes thoraciques se trouvent ainsi à nu et on note avec soin leur aspect «xtérieur, leurs rapports avec le péricarde. On les soulèvera ensuite, ainsi que le thymus pour constater s'il n'existe pas d'épanchement dans la plèvre et pour observer l'e'tat du canal artériel. Puis on placera des ligatures doubles : lo sur la veine cave inférieure; 2° sur les artères carotides primitives; 3» sur l'aorte, immédiatement au-dessus du canal artériel ; 4** sur la veine cave supérieure ; 5° sur la trachée, près de sa division. On détache ensuite à la fois les poumons, le cœur et le thymus et l'on procède aux épreuves docimasiques après avoir terminé l'autopsie.

30 Pour l'ouverture du crâne, on incise d'abord les téguments en partant de l'une des arcades sourcilières, passant derrière l'oreille et au-dessous de la protubérance occipitale pour revenir au point de départ. On peut encore faire deux incisions : une partant de la racine du nez et se prolongeant ■sur le vertex et sur la ligne médiane jusqu'à la cinquième ou sixième vertèbre cervicale ; l'autre partant d'une oreille à l'autre à angle droit. Cette manière de procéder pourra du reste ^tre modifiée selon les circonstances, car les incisions ne doivent jamais porter sur les parties qui étaient déjà lésées avant i'autopsie.

Le cuir chevelu une fois incisé, on introduit au tiers inférieur de la commissure membraneuse qui unit le frontal au pariétal une lame de ciseaux et, en suivant les bords du pariétal, on coupe successivement les membranes qui l'unissent au frontal, au temporal et à l'occipital. Il faut avoir soin, en fai-

IGO INFANTICIDE.

sant cette coupe, de ne pas ouvrir le sinus latéral de la méninge qui est très près de l'angle mastoïdien du pariétal et pour cela il est nécessaire, lorsqu'on approche de ce point, de s'écarter de la commissure et de laisser une petite portion de l'os. Lorsqu'on a coupé les commissures membraneuses sur les trois bords du pariétal, on le renverse vers le sommet de la tête et on le détache entièrement en le coupant dans son épaisseur à quelque distance de la ligne médiane afin de ménager les veines qui se rendent dans le sinus médian de la méninp;e. On. opère de la même manière sur le côté opposé et on procède à un examen minutieux du cerveau, de ses membranes et de ses vaisseaux. On enlève la portion osseuse du crâne qui avait été conservée et on détache la masse encéphalique tout entière afin de pouvoir également examiner le cervelet.

40 L'examen du canal vertébral est important car il peut indiquer si la mort est le résultat de lésions volontaires ou d'altérations pathologiques de la moelle. On y procède en plaçant le corps sur le ventre, en pratiquant une incision de l'occiput au sacrum et en détachant la peau et les muscles qui remplissent les gouttières vertébrales. La portion annulaire des vertèbres se trouvant ainsi à nu, on introduit une des lames de forts ciseaux mousses sous la portion annulaire de la dernière vertèbre lombaire aussi près que possible de la base de l'apophyse transverse et, en remontant jusqu'à la nuque, on coupe successivement et de chaque côté toute la portion postérieure des vertèbres. On détache ensuite ce long segment qui laisse à découvert la moelle et ses enveloppes.

Résumé du chapitre IV.

Est qualifié infanticide le meurtre d'un enfant nouveau-né.

Pour qu'il y ait infanticide, il faut que l'enfant soit nouveau-né, quMl soit né vivant et que la mort ait été causée volontairement.

On a voulu chercher la qualité du nouveau-né en s'appuyant sur des caractères analomiques, mais il est plus rationnel de réserver le litre d'enfant nouveau-né à l'enfant qui n'a pas trois jours révolus, ce qui répond aux délais fixés pour l'inscription à Tétat civil.

Lorsque la mort de Tenfant a été causée par négligence, manque de soins ou imprudence, il n'y a pas infanticide, mais homicide par imprudence.

Le crime d'infanticide est très fréquent. En général, les accusées sont des femmes (13 sur 44). Ces femmes étaient des filles pour les 4/5. Les 8/9 des enfants étaient à terme.

Pour établir qu'il y a infanticide, il faut résoudre les questions suivantes : 1° L'enfant a-t-il vécu ou est-il né vivant? 2° Combien de temps a-t-il vécu? 3° A-t-il péri de mort violente? Il faut, en outre, établir que la femme est accouchée et qu'elle est accouchée à une époque qui correspond à l'âge de l'enfant.

Les modifications apportées dans les organes du fœtus par X établissement de la respiration sont les seules qui permettent d'affirmer avec certitude que l'enfant a vécu. Ces modifications portent principalement sur la couleur, la structure, le volume, le poids et la densité des poumons.

La couleur d'un poumon qui n'a pas respiré est le plus souvent d'un rouge lie devin rappelant la teinte de la rate et d'une coloration uniforme sur toute la surface de l'organe. Le poumon qui a respiré est d'un rose vif ou d'un i-ose bleuâtre marbré de taches circonscrites et nombreuses.

Les épreuves par lesquelles on constate le poids et la densité constituent la docimasie pulmonaire.

La docimasie hydrostatique par la méthode ordinaire, ou de Galien, est la plus employée.

Le poumon surnage lorsque l'enfant a respiré ; mais deux autres circonstances peuvent également produire la «urnalation, la putréfaction et V insufflation.

wSi le poumon ne surnage pas, il ne faut pas en conclure immédiatement que l'enfant n'a pas respiré, car deux circonstances peuvent précipiter au fond de l'eau des poumons qui ont respiré : les altérations pathologiques et la désorganisation de Vorgane par la putréfaction ou par d'autres causes.

Les poumons asphyxiés présentent chez le nouveau-né

LuTAUD, Uéd. lég. il

une coloration plus ou moins foncée et on trouve le plus souvent sur la surface de l'organe de petites taches ecchymotiques ponctuées, irrégulièrement arrondies, d'un rouge très foncé, presque noires, dont les dimensions varient depuis celles de la tête d'une épingle jusqu^à celles d'un grain de chènevis ; mais ces taches ne sont pas spéciales à l'asphyxie par suffocation.

Les principales causes de mort dans l'infanticide sont^ par ordre de fréquence : suffocation, immersion dans les fosses d'aisances, fracture du crâne, strangulation et submersion. Dans l'infanticide par suffocation, il y a généralement deux signes : ecchymoses sous-pleurales et emphysème pulmonaire. Mais il faut savoir que les taches ecchymotiques peuvent également se rencontrer dans la pendaison, la strangulation et dans un grand nombre d'autres cas de mort violente et rapide.

Dans l'infanticide par immersion dans les fosses d'aisances, l'enfant a une couleur livide et présente souvent des lésions de la tête, parce que l'orifice n'était pas assez grand. 11 est important de déterminer l'âge du fœtus pendant la vie intra-utérine. Les signes fournis par l'ossification sont les plus importants. Le plus concluant de tous est le point d'ossification qui existe au centre du cartilage de l'extrémité inférieure du fémur, entre les deux condyles et dont Texistence est constante au neuvième mois (voy. le tableau I, p. 148).

Les signes qui servent à la détermination de l'âge pendant la vie extra-utérine reposent principalement sur l'exfoliation de la peau, l'expulsion du méconium, la chute du cordon ombilical, l'oblitération des vaisseaux ombilicaux, du canal veineux, du trou de Botal et du canal artériel* (yoy. le tableau II, p. 154).

Page 1