SIGNES DE LA MORT. — TEMPÉRATURE
plus vive. Ce dernier auteur a imaginé une pince spéciale dont les bords sont pourvus d'aiguillons qui s'enchevêtrent en pénétrant dans le mamelon ; ce procédé lui a permis de constater une mort apparente et de déjouer la ruse d'un magnétiseur, dont la volonté avait résisté à ^ous les autres moyens douloureux.
La brûlure démontre non seulement l'extinction de la sensibilité', mais encore l'absence de certaines lésions telles que la phiyctène séreuse et l'a^iréole inflammatoire qu'on observe sur les tissus vivants. On se sert de l'eau bouillante, du fer rouge, de la flamme d'une bougie, de la cire brûlante. Jamais, sur le cadavre, on n'observe la phiyctène séreuse de la coloration rouge. Ce signe a une grande valeur et peut se reconnaître immédiatement ou peu de minutes après la mort.
30 Perte du mouvement et de la contractilité musculaire. — (f Les muscles sont un des organes qui retiennent le plus longtemps leurs propriétés vitales, dit M. Tourdes, et qui fournissent ainsi, quand elles ont cessé, un des signes les plus certains de la mort. Nysten et Halle ont déterminé expérimentalement la durée de la période pendant laquelle les muscles restaient contractiles, et ils ont trouvé une moyenne de sept à huit heures pour les muscles de la vie de relation. Les propriétés contractiles s'éteignent plus rapidement dans les muscles de la vie organique. L'application du galvanisme à la constatation delà mort se fait avec les instruments les plus variés, mais on emploie généralement les appareils à induction qui sont les plus répandus et les plus portatifs. L'absence de toute contractilité musculaire sous l'influence d'un appareil d'électricité d'induction capable de dégager des étincelles de 1 à 2 millimètres ou de 1 à 2 centimètres, suivant l'instrument employé, peut être considéré comme un signe certain de la mort (Tourdes). »
4*^ L'abaissement de la température, considère autrefois comme un signe très équivoque, a pris de Timportance depuis que la précision a présidé aux recherches thermométriques. Il faut d'nbord déterminer le temps nécessaire pour le refroidissement du corps et l'équilibre de sa température avec celle de l'air extérieur. Ce temps est plus ou moins long et varie suivant le genre de mort, l'obésité, l'âge, le milieu ambiant.
Les expériences de Taylor et Wilk montrent que, au bout de deux on trois heures, la température du cadavre descend entre t8 et 34 degrés ; au bout de quatre à six heures, elle est entre 16 et 30 degrés ; après six ou huit heures, entre 13 et 26 degrés ; après douze heures, entre 13 et 26 degrés. L'équilibre avec la température ambiante est rétabli de seize à vingt-quatre heures après la mort.
Il s'agit ensuite de déterminer le degré de température incompatible avec la vie. D'après MM. Sivas et Bouchut, on peut considérer la mort comme certaine lorsque le thermomètre descend graduellement à 28 ou 27 degrés. Il convient, dans cette exploration thermométrique, de répéter l'opération plusieurs fois dans l'aisselle et le rectum, et de considiierV abaissement progressif de la température en tenant compte de la chaleur du milieu ambiant.
5° L'absence de la respiration, constatée par un miroir ou une bougie placés devant les lèvres, est un signe des plus équivoques, puisqu'on a vu la glace conserver son éclat chez des asphyxiés et des hystériques qui ont été rappelés à la vie. Uimmobilité du thorax, très difficile à constater, ne constitue pas un signe plus certain ; V auscultation donne une preuve meilleure, mais il faut se tenir en garde contre les cas où la respiration est affaiblie au point de devenir insensible. On sait que la respiration s'éteint avec la circulation, et qu'on entend encore les bruits du cœur alors que les mouvements respiratoires ont cessé.
6° Absence de la circulation. — Voici comment s'exprimait sur cette question M. Royer dans un rapport présenté à l'Académie de médecine : « La cessation définitive des mouvements du cœur et delà circulation, constatée par l'auscultation, est un signe d'autant plus certain qu'elle entraîne immédiatement la cessation de la respiration et des fonctions du système nerveux, lorsqu'elle n'en a pas été précédée.
« Il reste à déterminer pendant combien de temps l'absence des battements du cœur peut n'être qu'une simple suspension et au bout de combien de temps cette absence des contractions du cœur doit être, sans crainte d'erreur, regardée comme une cessation définitive : or, dans les agonies qui ont été observées, le maximum d'intervalle entre les derniers battements a été
SIGNES DE LA MORT
•d'environ sept secondes. La Commission académique pense donc :
Que l'absence des battements du cœur, constatée par l'auscultation sur tous les points où ils peuvent naturellement ou accidentellement être entendus, et sur chdiCiiTï, pendant Vintervalle de cinq minules, c'est-à-dire pendant un espace de temps cinquante fois plus considérable que celui qui a été fourni par l'observation des bruits du cœur dans les cas d'agonie jusqu'à la mort, ne peut laisser aucun doute sur la cessation définitive de ces battements du cœur et sur la réalité de la morti ».
Quoiqu'on ait opposé à cette conclusion de l'Académie quelques observations dans lesquelles des malades ont été rappelés à la vie malgré la suppression des bruits cardiaques pendant une demi-heure et plus, on peut admettre que la cessation des battements du cœur, constatée par l'auscultation, est un des meilleurs signes de la mort. Si l'interruption momentanée de la circulation n'est pas une preuve absolue de la mort, on peut renouveler l'auscultation un grand nombre de fois et à quelques minutes d'intervalle, pour tenir compte des intermittences et on acquerra ainsi la certitude de la mort.
L'innocuité des plaies du cœur, faite sur des animaux à l'aide d'aiguilles très fines, a donné l'idée d'appliquer ïacupuncture (cardio-puncture) à la constatation des mouvements de cet organe. Sous le nom d'akidopeir astique, Middeldorfa donné le procédé suivant : on enfonce une aiguille très fine, longue de 10 centimètres, au milieu du point où ordinairement on perçoit les battements du cœur, dans le cinquième espace intercostal, à trois travers de doigt du sternum, à deux au-dessous du mamelon; l'aiguille est poussée par un mouvement de rotation dans la paroi du ventricule gauche, 5 centimètres au plus de l'aiguille doivent pénétrer dans les tissus; on observe alors si elle est agitée par un mouvement oscillatoire, par un «impie tremblement ou si elle reste immobile. Il est à peu près démontré aujourd'hui que la cardio-puncture aseptique n'est pas dangereuse. On peut donc appliquer cette opération pour constater la mort dans le cas douteux.
L'application de ligatures et de ventouses scarifiées a été proposée pour démontrer l'absence de la circulation capillaire.
i. Bull, de l'Acad. de méd.^ 1848, rapport de M. Royer.
En plaçant une ligature sur l'avant-bras ou sur un doigt, l'extrémité du membre se colore d'un rouge plus ou moins violacé si l'individu est vivant, et la coloration disparait quand on lève le lien ; rien de semblable ne se produit sur le cadavre. Il en est de même lorsqu'on applique une ventouse scarifiée ; l'impossibilité d'amenerle sang en dehors des vaisseaux indique l'absence de la circulation capillaire, et par conséquent la mort. Ces deux signes ont beaucoup de valeur, mais on peut leur objecter que les mouvements du cœur peuvent exister sans influencer la circulation capillaire.
Vétat du sang fournit également des signes importants. Indépendamment de la coagulation qui s'opère de quatre à six heures après la mort, il faut encore tenir compte des caractères histologiques qui ont été décrits par MM. Feltz et Tourdes.. Les modifications suivantes dans l'état du fluide nourricier sont des indices de la réalité et de la date de la mort : 1° la persistance des globules en pile et de la forme nummulairepour les premières heures du décès ; 2° la disparition des piles,, la déformation des globules, qui deviennent rugueux, ridés, parsemés à leur surface de petits grains blancs fibrineux, après une douzaine d'heures ; 3° la réunion en masses irrégulières de ces globules altérés, mêlés, fondus, avec quelques globules blancs distincts, après quarante-huit heures et plus; 4° l'apparition des bâtonnets, dont la présence constitue une des phases de la destruction qui dure, en été et en automne, du cinquième au douzième jour; 5° la dissolution du liquide en granulations fines, avec des globules de graisse et des cristaux de formes diverses. A cette époque avancée, la structure du sang n'est plus à reconnaître.
7° « Le relach.em.ent brusque et presque instantané de tous les sphincters, y compris celui de la pupille, est bien, chez l'homme, dans l'immense majorité des cas, l'efl'et de la mort et non d'un état morbide; cependant, le relâchement de tous les sphincters a lieu dans beaucoup d'agonies, et certaines aff"ections cérébrales peuvent entraîner, en même temps que le relâchement des sphincters, la dilatation de la pupille: aussi, vos commissaires pensent-ils que ce signe n'a pas un degré suffisant de certitude » Ainsi s'exprimait M. Royer, dans son rapport à l'Académie, sur ce signe auquel les auteurs avaient attaché une si grande importance. 11 est en elîet certain que la.
SIGNES DE LA MORT. 175-
dilatation des sphincters peut être le résultat de la syncope, qu'elle a été constatée chez les asphyxiés qui ont été rappelés à la vie, et que ce signe ne peut acquérir de la valeur que par sa persistance.
80 Les signes fournis par Toeil (thanatophthalmologie) ont acquis, depuis les travaux de lourdes et de Bouchut, une importance considérable, et nous n'hésitons pas à dire qu'ils sont les plus nombreux et les plus sûrs.
A. Affaissement et flaccidité du globe oculaire, — L'affaissement a lieu aussitôt après la mort, par suite de l'arrêt de la circulation. La flaccidité se montre un peu plus tard et est due à l'évaporation des liquides, principalement de Thumeuraqueuse « Il n'y a aucune maladie, aucune révolution dans le corps humain qui puisse opérer un pareil changement; ce signe est caractéristique, j'ose le donner comme indubitable. » Ainsi s'exprimait Louis, qui plaçait avec raison le ramollissement de l'œil parmi les preuves les plus sûres de la mort.
B. Insensibilité de la conjonctive et de la cornée transparente ; perte de t éclat de Vœil et de la transparence des milieux. — Le premier de ces signes est une bonne preuve de l'abolition de la sensibilité, mais il existe dans lanesthésie et l'asphyxie incomplète. Le second a également une certaine importance, mais il importe de noter que la transparence des milieux peut persister une douzaine d'heures après la mort.
C. Dilatation de la pupille . — M. Bouchut a beaucoup insisté sur ce sig[ie, qui se produit en même temps que le relâchement des autres sphincters, et fournit une preuve immédiate. Cette dilatation manque rarement, mais on sait qu'elle peut être produite par la belladone et par certaines affections cérébrales. En tenant compte de ces circonstances, on peut dire que ce signe est un des plus sûrs et des plus faciles à constater immédiatement.
D. Immobilité et déformation deViris. — Une heure ou deuxaprès la mort, l'iris reste immobile et insensible à l'action de la lumière. La déformation commence au moment où la dilatation diminue, mais elle ne devient manifeste que lorsque l'affaissement de l'œil se produit. Ce dernier signe a une valeur réelle, mais il n'est pas facile à constater pendant les premières heures qui suivent le décès.
E. Tache noire de la sclérotique. — Indiqué par Sommer ist
étudié de nouveau par M. Larcher, ce signe a quelque valeur. La sclérotique prend une teinte jaunâtre deux ou trois heures' après la mort ; cette teinte devient plus prononcée sur un point, et se transforme en une tache bleuâtre ou noirâtre. La tache apparaît presque toujours du côté externe de l'œil ; une fois formée, elle est noire, de forme lonp;ue ou ovale. Une autre tache moins prononcée se forme ensuite sur le côté interne ; plus tard, les deux taches se rapprochent et forment un segment d'ellipse à concavité inférieure. M. Larcher attribue cette tache à l'imbibition cadavérique.
F. Décoloration de la rétine. — M. Bouchutale premier appelé l'attention sur ce signe. « L'œil étant le seul point où l'on puisse voir une artère à découvert et remplie de sang, c'est là où l'on peut aussi constater la vacuité du système artériel que produit la mort. ))En effet, le fond de l'œil, qui était rosé pendant la vie, se décolore tout à coup, et, après la mort, on observe les signes suivants : disparition de la papille du nerf optique, vacuité complète de l'artère centrale du nerf optique et de la rétine, vacuité par places des veines de la rétine, décoloration grisâtre de la choroïde.
90 Rigidité cadavérique. — Ce signe est un des plus certains de la mort. Déjà connu de Zacchias, il a surtout été mis en évidence par Louis. La rigidité cadavérique apparaît au moment où cesse lacontractilité musculaire, et est produite par une modification moléculaire etchimiquedusystème musculaire. Voici l'explication qu'en donne M. Tourdes : « Le muscle devient acide après la mort, comme à la suite d'efforts violents; peut-être est-ce sa réaction habituelle, masquée par le liquide alcalin qui l'imbibe ; quand la circulation s'arrête, l'acidité prédomine et détermine la coagulation de la synthonine ou myosine, matière albumineuse qui remplit la fibre. Cette matière coagulable est comme à l'état de solution concentrée dans le muscle vivant ; elle passe après la mort à l'état de grumeaux. Quand on exprime cette substance du muscle, il perd la faculté de se raidir. Le muscle redevient souple quand l'ammoniaque sature l'acide et quand la fibre se désorganise^ »
, La rigidité cadavérique commence trois ou quatre heures
,:d. Dict. encyclop» des se. méd., article Mort, t. IX, 2« série, p. 676.