C. — Spasmes laryngés des hystériques
On observe quelquefois chez les hystériques, indépendamment du spasme laryngé et de la suffocation qui se montrent habituellement soit au début, soit au cours des attaques vulgaires, des accès de strangulation d’une violence et d’une brusquerie d’invasion telles qu’en présence d’une crise de cet ordre, on peut croire à un spasme laryngé de toute autre nature et se trouver entraîné, par l’apparente gravité des accidents, à pratiquer la trachéotomie.
Description. — Ces accès ne se voient guère que chez les sujets atteints de grande hystérie; tantôt ils dérivent de l’attaque banale à laquelle ils succèdent parfois immédiatement, tantôt ils surgissent inopinément sans prodromes, précédés et annoncés seulement par quelques phénomènes d’aura dont la durée en pareil cas peut être extrèmement brève.
Ces crises de strangulation ont une évolution peu régulière. Elles
1. FOURNIER, Leg. sur la période préataxique du labes, Paris, 1885.
varient un peu d’un sujet à l’autre; en général les choses se passent de la façon suivante : la malade est prise tout à coup de dyspnée: elle gémit, déclare qu’elle étouffe, qu’elle va suffoquer, s’agite et porte ses mains à sa gorge; l'inspiration est pénible, sifflante, écourtée ; pendant ce temps la face se congestionne ; la physionomie exprime l'angoisse la plus grande. Dans les cas légers tout se borne à cela et, brusquement ou progressivement, le spasme cesse et la respiration régulière se rétablit. Mais dans les cas graves on peut voir la respiration cesser brusquement ; la malade est immobile, les yeux clos, les veines du cou fortement distenduës; la face se cyanose, l’asphyxie paraît imminente. Ce moment d’apnée peut durer quelques secondes, une minute au plus, après quoi une expiration violente, bruyante, comme explosive, se produit qui marque la fin de l'accès à moins qu’elle ne soit suivie, après quelques efforts d'inspiration, d’une nouvelle période d’apnée. Cet état, traversé par des inspirations brèves, incomplètes et sonores, peut se prolonger dix minutes, un quart d'heure et quelquefois plus encore.
Le diagnostic de la nature de ces crises n’offre pas de difficultés à qui connaît les antécédents de la malade. Dans le cas contraire, les renseignements faisant défaut, si la compression des ovaires ou des diverses régions où siègent les zones hystérogènes reste sans effet, il nous paraît à peu près impossible d'éviter la méprise.
Traitement. — Ces crises de spasme hystérique n’offrent en général aucune gravité. {1 n’est pas du moins à notre connaissance un seul exemple de mort survenue au cours d’un de ces accès, et l’on doit s’en tenir en pareil cas à l’expectation ou à l'emploi de moyens sédatifs (inhalation de chloroforme ou d’éther, piqûres de morphine, etc.).
Cependant l’aspect des grands accès est quelquefois si terrifiant qu'un observateur non prévenu ou même prévenu peut être contraint d'intervenir chirurgicalement.
D. — Spasmes par compression des nerfs récurrents.
Nous devons encore signaler, pour terminer et compléter cet exposé rapide des spasmes laryngés d’origine névropathique, les accès de spasmes qui surviennent dans le cours et plus particulièrement au début des compressions exercées sur les nerfs récurrents par une tumeur anévrysmale, un paquet de ganglions dégénérés, ete. La dyspnée accompagnée de cornage et les crises de suffocation qu’ils produisent peuvent se terminer rapidement par la mort; ils nécessitent fréquemment la trachéotomie.
Le diagnostic de cette variété de spasmes repose : 1° sur la constata-
tion de la lésion causale (anévrysme de l'aorte, tumaur du médiastin, etc.); 2° sur l'examen laryngoscopique.
Le cornage et les crises de suffocation qui se produisent dans les cas de lésion récurrentielle sont-ils dus à la paralysie des abducteurs ou à la contracture spasmodique des adducteurs? La question, depuis longtemps débattue, reste encore pendante. Chaque parti avec Semon et Rosenbach d’une part, Krause et Gouguenheim de l’autre, met en avant, à l’appui de l’opinion qu'il soutient, de sérieux arguments. Tout récemment, d'Aguanno! a montré qu’on pouvait en pareil cas observer l’un ou l’autre de ces syndromes et qu’il était possible de les différencier par un examen laryngoscopique attentif.