CHERCHEWSKY (Rev. de médecine
Description. — Les spasmes laryngés que nous allons décrire ici se présentent sous trois formes distinctes qui ne sont, à vrai dire, que les degrés d’un même trouble fonctionnel. On peut d’ailleurs les voir se succéder chez un même sujet.
Ictus laryngé tabétique. — Voici quels sont, d’après M. Charcot, les caractères de l’ictus laryngé tabétique : en général il survient tout d’abord une sensation de brûlure au niveau du larynx, puis quelques petites secousses de toux sèche, sorte d’aura brusquement suivie de chute avec perte de connaissance; la face est ordinairement cyanosée ; les membres sont le plus souvent en résolution ; mais il se produit assez fréquemment quelques convulsions générales ou partielles. La durée de l’ictus est de quelques secondes; après quoi, brusquement, « comme par enchantement », le malade reprend connaissance, se relève et tout est fini.
Dans une forme moins sévère, les choses se passent de la façon suivante :
Accès de dyspnée ou de suffocation. — Les accès se produisent subitement ; qu’ils aient été précédés ou non de sensations diverses vers le larynx (picotements, brûlure, etc.), ou de quintes de toux, le malade est pris soudainement d’une dyspnée excessive, angoissante ; il étouffe; son visage se congestionne, il exécute des respirations courtes, superficielles, rapides que traverse de temps en temps une inspiration plus profonde, bruyante, analogue à la (reprise» de la coqueluche.
L'accès, presque toujours de courte durée, se termine brusquement ; ou bien, après une série de quintes d’une toux sèche, sans expectoration, la dyspnée s’efface progressivement et bientôt le calme renaît.
Le spasme de la glotte des tabétiques, dans sa forme la plus bénigne, se traduit par le trouble que voici: le malade, après quelques secousses de toux, effectue une inspiration bruyante, sifflante et aussitôt tout rentre dans l’ordre; c’est une ébauche de crise, comme une crise avortée.
L'évolution de ces accidents est assez variable; fréquentes chez certains malades, rares chez d’autres, on voit, suivant les cas, les crises augmenter de fréquence et d'intensité, ou bien au contraire s’espacer progressivement et parfois même disparaître pour tou- Jours.
La terminaison des crises laryngées est généralement favorable. Mais il n’en est pas toujours ainsi; dans quelques cas on a vu la mort survenir brusquement au cours d’un accès; on a dû parfois recourir à la trachéotomie.
Dans l'intervalle des accès, la respiration et la voix sont
normales et l'examen du larynx est négatif, à moins qu’il n’existe en même temps une paralysie des cordes vocales.
MM. Charcot et Krishaber ont montré que ces crises sont dues à une contraction réflexe des lèvres de la glotte, conséquence de l’état d'hyperesthésie de la muqueuse du larynx. Ils ont pu provoquer le spasme par l’attouchement de la muqueuse au moyen d’un corps mousse. Ce mécanisme donne l’explication de l'apparition fréquente des crises sous l'influence d’un courant d’air, du contact d’un corps froid, de l’action de parler, de marcher ; il s’accorde également avec l’heureuse influence exercée par les antispasmodiques (éther, chloroforme, cocaïne, bromures) sur la durée et l'intensité des crises laryngées.
Diagnostic. — Le diagnostic des crises laryngées repose sur la constatation des caractères qui leur sont propres et sur la recherche des différents symptômes révélateurs du tabes. Il faut se rappeler toutefois que, si les accidents laryngés se développent en général dans le cours du tabes confirmé, ils peuvent aussi apparaître, ainsi que l’a montré M. Fournier’, pendant la période préataxique, et même à l'extrême début du tabes, avant tout autre symptôme, comme première et unique manifestation de la maladie.
Les lésions qui produisent ces différentes manifestations du laryngisme tabétique seront décrites avec les paralysies auxquelles, du reste, on les voit souvent s’associer.