‹ Manuel de médecine (volume 2)Chapitre 27 sur 104 · MAURIAC (Arch. génér. de médecine · texte numérisé non relu

MAURIAC (Arch. génér. de médecine

plaint de chatouillement, de constriction, d’étranglement au niveau de la trachée. La dyspnée est d'autant plus vive qu'il fait plus d’efforts pour respirer; 1l tousse fréquemment et souvent rejette une expectoration muco-purulente, dans laquelle on retrouve des débris de muqueuse et de cartilages. Au milieu de tous ces troubles fonctionnels, la voix peut demeurer intacte, à part un peu d’affaiblissement; c’est alors un indice important de sténose trachéo-bronchique avec intégrité du larynx.

Peu à peu, tous les symptômes s’exagèrent et le rétrécissement est définitif. La dyspnée est un des grands signes de la période d’état : non seulement le malade a constamment de la peine à respirer, mais fréquemment il est pris de véritables accès de suffocation. L'inspiration, très pénible, s’accompagne de sifflement, de cornage ; l’expiration s’accomplit encore avec une certaine facilité.

Par l’exploration physique de la région, au moyen du palper, on constate que le larynx et la trachée se meuvent en masse et s’abaissent à chaque mouvement d'inspiration ou de déglutition. Le conduit trachéal donne au toucher la sensation d’un empâtement dur et résistant, qui l’immobilise dans le sens latéral. En plaçant un stéthoscope sur la trachée, on entend un ronflement bruyant, intense, strident même, produit par le passage de l'air inspiré. L’auscultation des poumons révèle une faiblesse d'autant plus grande des bruits respiratoires, qu’ils sont masqués par le retentissement du cornage trachéo-bronchique. Le laryngoscope, quand la glotte est indemne, permet de constater, dans certains cas, le siège des ulcérations ou du rétrécissement.

Marche. Terminaisons.—Les rétrécissements de la trachée et des bronches ont une marche ordinairement progressive, et le plus souvent la maladie se termine par la mort, au milieu d’un accès de suffocation. La mort subite a parfois été attribuée à un spasme de la gloitte. La guérison radicale est rare et le malade qui a été atteint d’un syphilome trachéo-bronchique doit être surveillé avec soin. Des complications peuvent survenir; c’est ainsi qu’à la période des ulcérations on peut voir apparaître l’ædème de la glotte. Enfin 1l faut toujours compter avec la syphilis pulmonaire ou laryngée qui coexiste fréquemment.

Pronostic. — Le pronostic des rétrécissements de la trachée et des bronches est donc grave. Il dépend surtout de leur siège, qui les rend plus ou moins accessib'es à l'intervention ; malheureusement le plus souvent la trachée est atrésiée à son quart inférieur.

Diagnostic.— Il est généralement assez facile, quand le larynx est indemne, la douleur trachéale, le cornage étant les signes caractéristiques du rétrécissement trachéo-bronchique. Avec un peu

d'attention on ne le confondra pas avec les diverses dyspnées dues à la compression de la trachée, ou bien avec celles qui relèvent d’une affection cardiaque ou pulmonaire.

La coexistence de signes d’une tumeur du médiastin fera songer à un rétrécissement par compression. Le rejet par expectoration de débris de tumeur caractérisera le rétrécissement néoplasique. Enfin la nature des rétrécissements cicatriciels sera facilement reconnue, en général, grâce aux commémoratifs, à la présence de diverses manifestations syphilitiques.

Traitement. — Dans la majorité des cas, le rétrécissement étant de nature syphilitique, il est indiqué de chercher à obtenir la guérison de la lésion locale en administrant simultanément le mercure et l’iodure de potassium. Mais ce traitement doit être surveillé avec grand soin. On a recommandé de l’interrompre dès que la dyspnée et le cornage s’accentuent, dans l’idée que la cicatrisation trop rapide d’ulcérations profondes et étendues pourrait produire un rétrécissement serré.

Dans les accès de suffocation, la trachéotomie trouve son indication; mais elle se fait alors dans de mauvaises conditions et n’est guère qu'une opération palliative, au lieu qu’elle devrait être faite d’une façon précoce, dès que les signes du rétrécissement sont devenus évidents ; ce serait alors une opération préliminaire, destinée à rendre possibles des opérations vraiment curatives : dilatation temporaire ou permanente, débridement si le rétrécissement siège à la partie supérieure de la trachée, tubage s’il occupe la partie inférieure.

Quand le rétrécissement est dû à des végétations consécutives à la trachéotomie, il ne faut pas attendre le premier accès de suffocation, qui pourrait être mortel ; mais dès qu’il y a du tirage et du cornage pendant la nuit, il faut rouvrir la trachée pour arracher et cautériser les végétations en se souvenant qu’elles récidivent facilement.

F. DE GRANDMAISON

On a donné de l’origine du mot coqueluche, qui nous vient du moyen àge, les explications les plus diverses et les plus singulières. Quelque peu scientifique que soit le mot, il a l’avantage immense

« d’être compris de tous et de présenter tout de suite à l’esprit l’idée d’une affection spéciale ».

Il semble que ce soit à Baiïllou (1578) que revienne l’honneur de la première description exacte de la coqueluche. Depuis lors les historiens n’ont pas manqué à l'affection, au dix-huitième siècle surtout, où la coqueluche régna épidémiquement sur toute l’Europe, sévissant avec une gravité aujourd’hui inconnue.

Au dix-neuvième siècle elle a pris rang ‘dans les affections endémo-épidémiques. De 1886 à 1890, en cinq ans, elle a tué à Paris deux mille deux cent cinquante-neuf sujets, soit 9,9 pour 10 000 habitants. Elle est donc et beaucoup moins fréquente et beaucoup moins grave que la fièvre typhoïde, la diphtérie, la rougeole ; mais elle tue plus aujourd’hui que la variole, passée, grâce aux vaccinations, si incomplètes soient-elles, au dernier rang des grandes endémies.

Symptomatologie. — Le symptôme capital de la coqueluche, c’est la quinte. Nous étudierons donc tout d’abord la quinte coqueluchiale. Mais la quinte n’apparaît pas d'emblée comme symptôme initial; avant elle se montrent quelques phénomènes morbides, et après qu’elle a disparu la maladie poursuit quelque temps encore son Cours : nous décrirons donc après la quinte la marche et l’évolution de la coqueluche normale. La coqueluche enfin compte de nombreuses complications dont l’origine est diverse ; nous aurons donc à décrire aussi la coqueluche compliquée.

A. La quinte de coqueluche. — « Elle commence par une série de petites expirations saccadées, suivies d’une inspiration longue et sifflante, qui rappelle vaguement le chant du coq. Ces petites expirations sèches, suivies d’une longue inspiration, forment un tout, un ensemble qui se répète deux, trois, quatre fois de suite. À cette série succède un moment de repos complet, repos qui dure dix, vingt, trente secondes, quelquefois davantage. Il semble alors que la quinte soit terminée ; mais ce n’est qu'une apparence. Bientôt revient une série d’expirations saccadées et sèches, et d’inspirations sifflantes, puis un nouveau temps de repos, puis nouvelle série et ainsi de suite ; de telle sorte que la quinte de coqueluche complète pourrait être divisée en tranches successives, au nombre de deux, trois, quatre, cinq, etc., chacune contenant une, deux, trois, inspirations sifflantes.. La scène se termine par le rejet d’une expectoration albumineuse et filante, caractéristique de la coqueluche » (Cadet de Gassicourt !).

Le début de la quinte, l'attitude de l'enfant pendant la quinte de coqueluche ont été bien décrits par Trousseau : « Un enfant est au

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