‹ Manuel de médecine (volume 2)Chapitre 68 sur 104 · In Th. de JACQuIN · texte numérisé non relu

In Th. de JACQuIN

2. PorRTER (New-York med. Journ., 1885. — Med. Record., 1887).

3. W. NIKULIN, Ueber die Lues der Pleura (Berl. klin. Woch., 1891, p. 981).

4 BALZER et GRANDHOMME (Rev. mens. des mal. de l'enfance, 1887. — Manra ct Touper (Ann. de dermatol. et de syph., 1890, p. 637).

La pneumonie qu’on observe chez les nouveau-nés ou chez les adultes qui ont succombé d’une façon précoce, tend à évoluer vers la sclérose (syphilome diffus); si la lésion artérielle va jusqu’à l’oblitération d’un rameau, il en résulte la nécrobiose d’une portion de tissu, c’est-à-dire une gomme. J’ai observé plusieurs fois des gommes typiques du poumon sur des enfants, syphilitiques héréditaires, qui ont vécu un certain temps, notamment sur une fillette morte à l’âge de trois ans dans le service de M. Lannelongue en 1883. Le processus de formation des gommes par coalescence de nodules élémentaires, ou follicules syphilitiques, paraît exceptionnel dans le poumon.

Lésions concomitantes. — La coïncidence de lésions syphilitiques d’autres organes est habituelle et parfois précieuse pour le diagnostic. Il suffira de citer les syphilides cutanées, muqueuses ou leurs cicatrices, les altérations osseuses ou viscérales portant sur le foie, l’encéphale, le testicule, etc. Il faut une mention spéciale aux lésions syphilitiques laryngées et trachéo-bronchiques, les ulcérations, gommes ou sténoses des voies aériennes coexistant fréquemment avec la syphilis du poumon. Dans la syphilis héréditaire, précoce ou tardive, il y à généralement tout un ensemble caractéristique de lésions ou de malformations.

Symptomatologie. — Dans un certain nombre de cas, des lésions, même importantes, telles que des gommes crues volumineuses, sont restées absolument latentes et ont constitué des trouvailles d’autopsie.

Ordinairement les pneumopathies syphilitiques se manifestent par des symptômes très variables et n’ayant rien de caractéristique. On est donc exposé à les confondre avec des affections pulmonaires plus communes. Il faut envisager successivement les diverses formes qu’elles affectent.

Le plus souvent la syphilis pulmonaire prend le masque de la tuberculose chronique vulgaire et mérite le nom de phtisie syphilitique. Après un début insidieux, marqué par une toux sèche ou avec expectoration muqueuse ou muco-purulente, on peut voir survenir une dyspnée surtout nocturne, un point de côté parfois intense et des hémoptysies. Celles-ci, quoi qu’on en ait dit, sont fréquentes, mais rarement très abondantes; certains malades ont pourtant rendu deux verres et jusqu'à un litre de sang. À l'examen de la poitrine on peut rencontrer, suivant la période à laquelle on est consulté, de la submatité ou de la matité localisées et toute la gamme des souffles doux, tubaire ou caverneux, et des ràles muqueux plus ou moins gros, jusqu’au gargouillement.

Certains caractères de la maladie peuvent toutefois mettre en

éveil et faire soupçonner la nature réelle des lésions. C’est d’abord une discordance fréquente entre les signes physiques et les troubles fonctionnels, soit une fatigue, un accablement et une dyspnée hors de proportion avec ce qu’on trouve à l’auscultation; soit, au coniraire, un état général conservé bon, sans amaigrissement, sans anorexie et surtout sans fièvre, alors que l’on constate l’existence d’une caverne déjà volumineuse. Cependant la formule de Bazin, qui disait que « le syphilitique est un phtisique bien portant », n’est pas toujours justifiée, tant s’en faut; souvent l’émaciation, l’affaiblissement, la cachexie avec fièvre hectique et sueurs nocturnes, viennent compléter le tableau. On rattache ces phénomènes, avec raison sans doute, à des infections surajoutées.

D’autres indices peuvent être fournis par le siège des lésions qui se localisent n'importe où, le plus habituellement à la partie moyenne du poumon, plus souvent à droite, et qui sont assez fréquemment unilatérales ; en tout cas elles n’ont pas, comme celles de la tuberculose, de prédilection pour les sommets. On a noté aussi que l’apparition de la caverne peut être marquée par une véritable vomique, dont la matière contient des productions gommeuses.

Une forme clinique plus rare, et très difficile à diagnostiquer, est celle qui simule la broncho-pneumonie chronique. Une toux chronique durant des mois et des années, avec expectoration abondante et fétide, les symptômes physiques d’induration pulmonaire et de dilatation des bronches, permettent bien de reconnaître l’existence d’une sclérose, mais non d’en spécifier l’origine et la nature.

Sous le nom de broncho-pneumonie syphilitique aiguë on pourrait classer les cas, très rares en réalité, dans lesquels on à vu survenir, chez un syphilitique, une affection présentant tous les traits de la broncho-pneumonie tuberculeuse aiguë, avec la fièvre, la toux, la dyspnée, l’amaigrissement et les sueurs, et ayant disparu sous l'influence du traitement spécifique.

La pleurésie syphihitique tertiaire n’a pas d'histoire clinique indépendante, et ce que j'en ai dit au chapitre d'anatomie pathologique pourra suffire. Récemment, on a parlé d’une pleurésie secondaire du stade roséolique de la syphilis, mais les cas en sont trop rares, eu égard au nombre des syphilitiques, et les caractères trop peu tranchés pour qu’on puisse affirmer aujourd’hui qu’il ne s’agit pas là d’une complication fortuite.

La pneumonie blanche des nouveau-nés ne saurait qu'être soupconnée ; étant donné que, dans les mêmes conditions, on peut avoir affaire à une broncho-pneumonie vulgaire, les signes physiques, s’il y en a, n’ont pas grande valeur. é

Les pneumopathies causées par la syphilis héréditaire tardive

affectent la même symptomatologie que celles de la syphilis acquise.

Diagnostic. — J'ai insisté déjà sur sa difficulté fréquente et signalé les présomptions qu’on peut tirer de l’état général, de la marche et de la localisation des lésions. En pratique, le diagnostic de lésions pulmonaires suspectes se base surtout sur l’existence, chez le sujet, d’une syphilis indubitable, attestée soit par des antécédents bien nets, soit, mieux encore, par des stigmates certains ou des lésions en évolution (gommes de la peau, des muqueuses, exostoses, laryngite syphilitique, lésions viscérales, etc.). Dans quelques observations anciennes, malgré des coïncidences spécifiques telles qu'un phagédénisme tertiaire du pied (Fournier !), des hyperostoses multiples (Gaudichier ?), la confusion avec la tuberculose a été commise et les effets du traitement sont seuls venus démontrer l’erreur. Ces faits sont précieux par l’enseignement qu'ils renferment, en montrant la valeur qu’on doit attacher à des lésions concomitantes.

La recherche du bacille de Koch caractéristique de la tuberculose, dans les crachats, fournira d’autre part un renseignement de haute valeur. Il faut savoir cependant que l'association des deux maladies est loin d’être rare ; un syphilitique pouvait être tuberculeux d'avance; on voit aussi très fréquemment la tuberculose venir se greffer sur un poumon syphilitique. L’analyse attentive de l’évolution des accidents pourra seule permettre un diagnostic exact dans ces conditions délicates.

Enfin le traitement spécifique, qui doit toujours être administré dans un cas douteux, peut servir au diagnostic en donnant une amélioration dans les cas compliqués de tuberculose et dans les formes scléreuses, en amenant des guérisons surprenantes dans la phtisie syphilitique pure.

Pronostic. — Le pronostic dépend donc tout entier de la elairvoyance du médecin; abandonnées à elles-mêmes, les pneumopathies syphilitiques conduisent plus ou moins rapidement à la consomption et à la mort; reconnues et traitées, je viens de dire ce qu’il en advient. On devra se souvenir de la tendance qu’a la syphilis à récidiver dans les viscères qu’elle a touchés une première fois.

Traitement. — C’est celui de la syphilis viscérale en général. On donnera l’iodure de potassium à la dose de 4 à 10 grammes par jour et accessoirement le mercure, soit en frictions, soit par la voie buccale.

J. DARIER.

1. A. FOURNIER (Union méd., 18178, p. 829 et 850). 2. GAUDICHIER (Ann. de dermat. et de syphil., 1885).

Historique. — Le cancer du poumon était classé par Bayle parmi les phtisies. Laennec en donna une description anatomique, sous le nom d’ « encéphaloïdes du poumon ». L'histoire clinique en a été faite par Stokes (1837) et Walshe (1846-1854). Enfin, des travaux modernes ont fait connaître ses variétés de structure microscopique et ont éclairé ses différents modes de développement. Le mot cancer est pris ici dans son acception la plus étendue, comme synonyme de néoplasme malin.

Étiologie. — Le cancer du poumon est ordinairement secondaire ; il succède fréquemment au cancer du sein ou encore à celui de l’estomac, du foie, du rectum, du testicule, de l'utérus, des Capsules surrénales : affections qui s’observent surtout après quarante ans. C’est la plus commune des localisations viscérales auxquelles donnent lieu les sarcomes des membres et, en pareil cas, il s’observe dans la jeunesse. Il apparaît souvent après l’extirpation de la tumeur primitive, et même au bout de plusieurs années.

Le cancer primilif est rare et se développe parfois chez de jeunes sujets.

Anatomie pathologique. — Au point de vue des apparences macroscopiques, il y alieu de distinguer deux types : le cancer massif et le cancer diffus.

Le cancer massif, occupant un lobe ou la plus grande partie d’un lobe,se présente comme un bloc de tissu grisâtre, lardacé. On y trouve parfois de petits kystes à contenu louche, sur les limites de la tumeur. La masse peut être creusée de petites cavernes dont le développement est sans doute favorisé, suivant M. Ménétrier !, par l’invasion des microbes (streptocoques). Cette forme appartient surtout au cancer primitif, qui siège souvent d’un seul côté.

Le cancer diffus est constitué par des noyaux disséminés, en nombre très variable. Les uns sont superficiels et forment, à la surface de la plèvre, des nodules gros comme des grains de mil ou des marrons; ils peuvent ressembler à des plaques d’aspect cireux, comparées à des gouttes de bougie, de consistance parfois squirrheuse et lardacée ; ou bien ils font saillie et végètent comme des

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