J. Cyr (Arch. gén. de méd
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le syndrome de l’ictère par rétention. Souvent l’ictère est si léger qu’il passe, à un examen superficiel, facilement inaperçu : il faut, pour le déceler, examiner avec soin la conjonctive et la coloration des urines; dans les cas douteux, la réaction de Gmelin devra être essayée.
Dans la moitié des cas environ, l’ictère fait défaut, et le diagnostic de colique calculeuse pourrait être mis en doute, si, comme dans les observations de Wolff, la constatation du calcul dans les selles ne venait donner de ce diagnostic la preuve objective, expérimentale : sur 45 cas de colique hépatique, ainsi contrôlés par l’examen des matières fécales, Wolff à constaté 25 fois l’absence d'’ictère. Cette intéressante statistique vient à l’appui de la proposition de Trousseau : ( Le seul élément vraiment positif que nous possédions est la présence de concrétions biliaires dans les matières des garde-robes. Jusque-là, quelque bien fondées que soient nos présomptions, ce ne sont que des présomptions. » La recherche la plus patiente des calculs dans les selles peut d’ailleurs, même en cas de véritable colique calculeuse, rester infructueuse, soit parce que le calcul, un moment engagé dans le canal cystique, est retombé dans la vésicule, soit parce qu’il reste dans l'intestin, au niveau du cæcum et de l’appendice. Quoi qu’il en soit, l'examen des selles, au tamis, sous un filet d’eau, s'impose, après toute colique hépatique, au médecin désireux d’apporter au début du diagnostic la pièce à conviction définitive.
Il est intéressant de constater, à ce propos, qu’il n’existe pas tou- Jours de relations directes entre la violence de la colique hépatique et le volume des calculs évacués. De fins graviers, du sable biliaire peuvent provoquer la colique la plus douloureuse ; inversement, surtout chez les vieux caleuleux, de gros cholélithes n’ont éveillé qu’une douleur légère à leur passage. Cette contradiction s’explique, non seulement par les variétés individuelles de la sensibilité pathologique des voies biliaires, mais encore par la dilatation des canaux, chez les calculeux d’ancienne date, et enfin, par la fréquence des migrations anomales des calculs, qui, par les fistules biliaires internes, se frayent un passage direct de la vésicule dans l'intestin.
Le syndrome de la colique hépatique comprend encore, outre la douleur et l’ictère, l'apparition contingente de phénomènes à distance, liés surtout à la douleur, qu’il faut énumérer.
L’irradiation réflexe atteint d’abord et surtout l’appareil digestif, qui traduit sa sympathie par des nausées, des hoquets, des vomissements, d’abord alimentaires, puis muqueux. Les vomissements bilieux sont rares, et surviennent seulement au début de la colique, alors que le cholédoque, libre encore, laisse passer le flux biliaire dans le duodénum. De l'intolérance gastrique et, en général, de la consti-
pation complètent le tableau des troubles digestifs de la colique hépatique. Du côté de appareil broncho-pulmonaire, on observe de l'oppression, de l’arythmie respiratoire, une toux sèche et quinteuse
.(tussis hepatica), enfin, parfois, de la congestion de la base du
poumon droit, avec tout son cortège symptomatique (G. de Mussy, Fabre, Potain, Barié). L’innervation du rein souffre de la colique hépatique : l’urine est en effet claire, pâle, abondante (urines nerveuses); un peu plus tard, elle offre, avant tout ictère visible, la réaction du pigment biliaire et annonce ainsi l’imminence de la
jaunisse tégumentaire. La glycosurie s’observe assez souvent, et
l’'urobilinurie, lorsqu’elle est constatée, révèle l’altération de la cellule hépatique.
Le cœur droit ressent souvent le contre-coup de la colique hépatique : les expériences d’Arloing et Morel, de François-Franck, les recherches de Potain, de Barié, ont mis en lumière le mécanisme des cardiopathies secondaires de la cholélithiase. L’excitation nerveuse des voies biliaires se réfléchit, par le grand sympathique, sur la circulation pulmonaire, où elle détermine rapidement une vasoconstriction généralisée : la tension sanguine s'élève alors dans l’artère pulmonaire et les cavités du cœur droit. Celui-ci se dilate et, si le myocarde est déjà affaibli ou malade, cède et se laisse forcer.
‘C’est ainsi qu’à l’occasion d’une colique hépatique peut survenir une
attaque subite d’asystolie temporaire. Les divers degrés de la participation du cœur au syndrome de la colique hépatique sont exprimés par les termes progressifs de la série suivante : palpitations, arythmie, accentuation du ton sigmoïdien pulmonaire, souffle d’insuffsance tricuspidienne, signes de dilatation du cœur droit, dyspnée, pouls veineux vrai, cyanose, tableau de l’asystolie, mort possible. L’éventualité d'accidents cardio-pulmonaires aussi graves est rare; mais il en faut connaître la possibilité chez les névropathes, les artério-scléreux et les vieillards. Il y faut voir un exemple de la sympathie cardio-hépatique, dans lequel, par une inversion de la filiation ordinaire des choses, c’est le cœur qui réagit à l’affection primitive du
‘foie.
Le système nerveux participe au syndrome de la colique hépatique de multiples façons : la réaction nerveuse est ou dynamogénique (phénomènes d’excitation) ou inhibitoire (phénomènes de
dépression). Sans parler de la fièvre hépatalgique, dont les phénomènes nerveux font presque toute la symptomatologie, les phéno-
mènes d’excitation revêtent soit le type épileptique, avec convulsions d’abord locales (contractures des muscles droits), hémiplégiques ou
généralisées (Duparcque); soit le type hystérique, constituant alors
des cas d’hystéro-traumatisme interne, avec toutes les variétés cli-
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niques de l’hystérie provoquée‘. On observe aussi des troubles intellectuels, des accès passagers de délire, des vertiges. Les phénomènes de dépression, d'ordre plus grave, se manifestent par de la paraplégie (Trousseau), de l’hémiplégie avec aphasie temporaire (J. Cyr), des états d’épuisement nerveux, que caractérisent des lipothymies, le ralentissement du pouls, des syncopes (Wolf, Budd), du shock, du coma, et que termine parfois? une mort rapide, que la nécropsie n’explique pas. Le médecin légiste peut être appelé à se prononcer sur de tels cas, dont il faut connaître la possibilité. Charcot et M. Brouardel‘ rattachent ces accidents mortels à une action réflexe sur les filets cardiaques des pneumogastriques, qui arrête le cœur en diastole *.
Colique hépatique larvée. — Parfois l’un ou l’autre de ces accidents nerveux remplace complètement la douleur biliaire : celle-ci manque et le passage du calcul se traduit par la souffrance d’une sphère nerveuse éloignée. Ce cas, où la colique hépatique peut être dite larvée, n’est pas fréquent; mais il offre un curieux exemple des équivalences cliniques possibles des actes morbides, en montrant la substitution d’un symptôme à un autre, dans expression d’une même lésion.
La colique hépatique larvée ou fruste peut se traduire ainsi par une névralgie dentaire, temporale, hémicränienne, scapulaire (Potain); par de la gastralgie, distincte de la pseudo-gastralgie, dont les accès doivent être rapportés à la souffrance des plexus nerveux biliaires. Le diagnostic différentiel entre la vraie et la fausse gastralgie est d’ailleurs souvent impossible : il suffit au médecin de savoir que l’une des formes les plus habituelles de la colique hépatique est la forme gastralgique : 65 fois observée sur 100 cas de lithiase, par Sénac. À opposer à ces cas de calculs sans coliques sont les cas de coliques sans calculs, liées soit au cancer duodénal ou biliaire, soit à de simples lésions de cholécystite catarrhaleS. Ces faits s'expliquent par les contractions douloureuses des canaux, que peuvent solliciter,
1. POTAIN, Hystéro-traumatisme interne (Semaine médicale, 1891, p. 482). — Me Bycaowsk! (Thèse de Paris, 7 juin 1893).
2. PoRTAL, Observ. sur la nature des maladies du foie, Paris, 1813, p. 170. — DURAND-FARDEL, Maladies des vieillards, 1854. — BRoUARDEL (Soc. de méd. légale, 1881).