RECHERCHE DES ÉLÉMENTS ANOMAUX
ALBUMINE. — [. Recherche qualitative. — L’albumine peut être décelée par une série de moyens simples.
a. La chaleur. — Ce procédé est fondé sur la coagulation de l’albumine sous l’action d’une température de 70 à 75 degrés centigrades. On remplit d'urine la moitié d’un tube à essai. Tenant le tube par son extrémité inférieure, on chauffe le liquide près de sa surface supérieure jusqu’à l’ébullition. Si l’urine contient de l’albumine, celle-ci se coagule et trouble le liquide d’une manière plus ou moins intense suivant que la quantité d’albumine est plus ou moins considérable. Quand cette dernière est très abondante, le coagulum se prend en masse. Quand le trouble est peu marqué, on l’évalue facilement en comparant la limpidité de la partie qui a été chauffée avec celle qui occupe le fond du tube.
Pour éviter les causes d’erreur, il faut acidifier légèrement l’urine essayée. Deux gouttes d'acide acétique suffisent. En effet, il peut se produire un trouble dans l’urine sous l’action de la chaleur par précipitation des phosphates et carbonates terreux. Ge précipité est aisément dissous par l’acide acétique.
On facilite la précipitation de l’albumine en saturant l’urine par du sulfate de soude. On acidifie avec l'acide acétique, on filtre et on chauffe. Ce moyen, bon pour déceler de faibles traces d’albumine, n’est pas indispensable en clinique.
b. L’acide azotique. — Get acide a la propriété de coaguler l’albumine. Il offre le moyen de recherche le plus commode : c’est en outre un des plus fidèles et des plus sensibles. L'emploi de l’acide nitrique fait de la façon suivante, la seule profitable, constitue la réaction de Heller. On verse dans un verre conique (une flûte de champagne en remplit parfaitement l'office) l’urine filtrée ou limpide. Puis on laisse couler doucement, goutte à goutte, de l’acide nitrique le long des parois du verre qu’on maintient le plus horizontalement possible. L’acide gagne le fond à cause de sa haute densité; et en redressant lentement le verre, on a en bas l’acide pur, en haut l'urine pure. C’est au niveau de superposition des deux liquides que va se produire la réaction.
L’albumine sera coagulée sous forme d’un disque blanc plus ou moins dense et plus ou moins haut suivant la richesse de l’urine en albumine. Cette réaction n’est pas identique dans tous les cas: tantôt le disque albumineux est net, dense et aplati, rétracté, complètement opaque; tantôt il est grisâtre, peu dense, diffus, non rétracté, translucide.
Les causes d'erreur sont faciles à écarter. Elles proviennent :
1° De la formation d’un précipité d’azotate d’urée à la place même du disquealbumineux. Ce précipitéest tout différent du coagulum albumineux, car il est formé de cristaux qui s’amassent en curieuses figures. 11 ne se produit que dans des urines très riches en urée ou concentrées. Il met un certain temps à se former. Il est favorisé par une température basse. Son aspect seul suffit à le différencier; si l’on doute, on diluera l’urine avec de l’eau tiède avant d’en faire l'essai, il ne se reproduira pas.
2 De la formation d’un disque d’acide urique. Celui-ci siège beaucoup plus haut que le disque albumineux. Il est diffus, nuageux, grisâtre. On l’évite en diluant l’urine ou en la chauffant. En outre on peut produire cette même précipitation urique avec des acides (acide acétique ou phosphorique) qui ne coagulent pas l’albumine.
3° De la présence d'acides aromatiques, qui déterminent, après l'addition de l'acide nitrique, l'apparition d’un anneau trouble. Ils sont dus à des absorptions médicamenteuses : copahu, térébenthine, baumes divers. Ils sont aisément solubles dans l’alcool à l'inverse de l’albumine.
Les anneaux colorés qui la plupart du temps apparaissent dans
urine traitée par l’acide nitrique sont dus à des pigments normaux, ou à des pigments biliaires, quand elle contient de la bile. Ils ne peuvent guère être confondus avec l’albuminre.
Ces diverses causes d’erreur sont si peu sérieuses, qu'elles laissent toute sa valeur à la réaction de Heller, qui jusqu'ici est le procédé de choix pour l'essai de l’urine.
c. Le ferrocyanure de potassium en solution acide. —- Ce réactit est d’une exquise sensibilité : il donne un trouble encore appréciable avec une urine contenant 20 milligrammes d’albumine par litre. Il suffit de verser quatre ou cinq gouttes d'acide acétique, puis deux ou trois gouttes d’une solution de ferrocyanure de potassium au dixième pour déterminer dans l’urine un précipité.
d. Le réactif de Tanret. — Cette méthode est trop connue pour que nous la passions sous silence. Sa sensibilité la fait rechercher, malheureusement peut-être, car elle peut induire en erreur en amenant la précipitation de substances autres que l’albumine. Le réactif estune solution d’iodure de potassium (3,32) et de bichlorure de mercure (15,35) dans l’eau (64 centimètres cubes) acidifiée par l’acide acétique (20 centimètres cubes).
Les alcaloïdes médicamenteux, les peptones, les ptomaïnes donnent avec ce réactif un précipité, mais qui diffère de l’albumine en ce qu’il disparaît par la chaleur et se dissout dans l’alcool.
II. Dosage. — La seule méthode rigoureuse de dosage de l’albumine est sa précipitation d’un volume d'urine donné et sa pesée: elle n’est pas clinique. Les autres procédés ne sont qu’approximatifs; mais ils peuvent être très utilement employés. Les deux plus simples sont celui d’Esbach et celui de Brandberg.
Esbach a construit un tube portant une graduation spéciale et dans lequel on verse l’urine filtrée jusqu’à un trait de repère désigné par la lettre U, puis une solution appelée réactif d'Esbach et composée d’acide picrique (1 gramme) et d'acide citrique (2 grammes) dissous à chaud dans 100 centimètres cubes d’eau distillée. Un trait marqué sur le tube par la lettre R indique la limite jusqu'où l’on doit ajouter le réactif. Puis, on bouche le tube avec le pouce, on le retourne une douzaine de fois pour bien mélanger les liquides, on y met un bouchon et on le place bien verticalement, de façon que le précipité se dépose régulièrement. Au bout de vingt-quatre heures, on lit sur une échelle graduée à la partie inférieure du tube le chiffre qui correspond au trait au niveau duquel affleure le dépôt. Ce chiffre indique le nombre de grammes d’albumine contenue dans un litre de l'urine essayée. Certains tubes portent une échelle de douze divisions, d’autres de sept divisions. Au-dessus de ces doses, il faut diluer l’urine par moitié pour obtenir un dosage plus certain : on multiplie ensuite le résultat par 2.
Le procédé d'Esbach ne peut servir qu'à établir des rapports; il ne donne pas une mesure précise. En outre, il comporte certains inconvénients : quelquefois le précipité albumineux ne se: rétracte pas en couche au fond du tube, d’autres fois la colonne albumineuse se fragmente ou encore surnagé
au lieu de se précipiter; des substances étrangères à l’albumine sont mélangées au coagulat, etc. Malgré tous ses défauts, ce procédé est très commode et digne d’attention.
La méthode de Brandberg est plus exacte et d’une complication plus apparente que réelle. Elle a Pâvantage précieux de donner en quelques minutes le résultat cherché. C’est une application du procédé de Heller. On fait d’abord simplement la recherche de l’albumine par l’acide nitrique et on se rend compte ainsi de l'importance du disque albumineux. Puis on dilue l'urine au dixième (1 partie d'urine et 9 parties d’eau) et on recommence l'essai par l’acide azotique. Si le disque met trois minutes à apparaitre, c’est que l’urine ne contient pas plus de 30 centigrammes d’albumine par litre. S'il se forme immédiatement ou avant trois minutes, il faut diluer cette solution d'urine au dixième avec une quantité d’eau déterminée et indiquée au tableau ci-dessous. Cette nouvelle dilution est de nouveau traitée par l'acide azotique. Quand la solution essayée donne enfin lieu à la formation du disque en trois minutes environ, on lit sur le tableau suivant la quantité d’albumine correspondante. Lu
L’urine est préalablement diluée au dixième (1 partie d’urine pour 9 parties d’eau).
Quantité d'urine Albumine diluée au dixième, Eau. pour 100.
2 centimètres cubes mêlés à 1 centimètre cube correspondent à 0.05
2 == 2 4 <s 5 0.10 2 Eu ee 8 e = 0.15 2 se 2E 10 se 2 0.20 9 ee En 13 33 4 0.25 2 2e = 16 su sa 0.30 2 E* 2 19 2e = 0.35 2 = = 29 ee es 0.40 2 2 = 25 2 0.45 2 Lie = 28 Le = 0.50 2 2 = 31 ns 0.55 2 = 34 ai ar 0.60 2 — 2 37 FL 0.65 2 ee ee 10 2 = 0.70 2 = = 13 ae æ 0.75 2 = 16 ie DE 0.80 2 E. = 19 a de 0.85 2 = 52 ea par 0.90 2 = 55 ee 0.95 D — — 58 = = 10) 2 a 61 ee = 1.05 9 en Æ 64 Le 2 1.10 2 = 67 = LE 1.145 2 Eee 70 = = 1.20 2 ai = 73 ce = 1.95 2 = 2” 88 = ee 1.30
L’albumine contenue dans l’urine n’est pas homogène : elle est formée par diverses substances albuminoïdes dont les mieux con-
nues sont la sérine et la globuline. Ordinairement, la sérine est en majeure partie dans l’albumine urinaire. Cependant, dans certains cas, la globuline prend des proportions plus fortes : il y a une sorte de globulinurie. Il importe donc de savoir non seulement la quantité totale d’albumine comprise dans une urine, mais les proportions relatives de la sérine et de la globuline.
La globuline est précipitée de ses solutions par le chlorure de sodium et par le sulfate de magnésie. C’est sur cette faculté de précipitation par le sulfate de magnésie qu’on s’appuie pour priver l'urine de globuline en lui laissant son albumine-sérine. On peut faire alors les dosages soit par pesée, soit par la méthode indirecte ou de différence qu'ont décrite MM. Lecorché et Talamon ‘. L’urine doit toujours être neutralisée avant la recherche de la globuline, car la proportion de cette substance varie suivant que l’urine analysée est acide ou alcaline.
PEPToNESs. — On donne ce nom à des substances dérivées des matières albuminoïdes sous l’action des ferments. Les ferments digestifs normaux, pepsine, trypsine, convertissent les albuminoïdes alimentaires en peptones; les ferments figurés parasitaires, bactériens font subir aux albuminoïdes des tissus des transformations analogues et produisent des peptones. La peptone, c’est en somme une substance albuminoïde modifiée et rendue facilement dialysable, diffusible. En même temps que l’albumine subit ces modifications moléculaires, elle acquiert des propriétés chimiques nouvelles. L’albumine était coagulable par la chaleur, par l'acide azotique ; la peptone ne l’est plus.
Avant que l’albumine devienne peptone, elle passe par des états intermédiaires. Ceux-ci sont encore incomplètement définis. Le mieux connu d’entre eux est la propeptone ou hémialbumose. Albumine, propeptone, peptone sont donc des états diverset successifs dans les modifications subies par les matières albuminoïdes de l’organisme sous l’action de substances chimiques dérivant elles-mêmes d'actes biologiques. Aussi la propeptonurie se confond-elle souvent avec la peptonurie. En outre, il faut remarquer que la peptone est susceptible de se former dans l’urine en dehors de l’économie, par exemple dans une urine albumineuse abandonnée à l’air et soumise à l’action des ferments figurés. Aussi est-il indispensable, si l’on examine les urines à ce point de vue, d’en faire l’essai dès leur émission.
L’albumine donnant toutes les réactions des peptones, il faut priver l’urine de l’albumine qu’elle contient avant d’y rechercher les albumoses. Pour cela, on porte à l’ébullition l’urine acidifiée par
1. LECORCHÉ et TALAMON, Traité de l’albuminurie, Paris, 1888.
l'acide acétique et mélangée d’une solution saturée de sel marin; on filtre et on recherche la réaction de l’albumine par le ferrocyanure de potassium et l’acide acétique. Si l’on n’obtient pas le moindre trouble, c’est que l'urine est bien débarrassée d’albumine. Alors on essaye la réaction du biuret, qui consiste simplement à laisser tomber dans l’urine alcalinisée par la lessive de soude quelques gouttes d’une solution de sulfate de cuivre à 1 pour 100. On observe alors la production d’une coloration rougeâtre violet qui prend une teinte pourpre d'autant plus franche que les peptones sont en plus grande abondance. Cette réaction est caractéristique des peptones; elle est commune à la peptone et à la propeptone. Cette dernière hémialbumose est différenciée par la propriété qu’elle possède d’être coagulée par l'acide nitrique à froid : ce précipité se dissout à chaud.
Le réactif de Tanret précipite également les peptones ; mais le trouble produit se dissipe par la chaleur et se reforme par le refroidissement.
SucRE. — Le sucre du diabète est du glycose. Il est semblable au sucre de raisin.
I. Recherche qualitative. — IL existe des procédés extrêmement nombreux pour la recherche du sucre dans les urines. Quelques-uns sont très simples et très sûrs.
1° Potasse caustique. — Le glycose forme aisément des combinaisons avec les alcalis. Ces composés prennent des teintes brunes par la chaleur. Il suffit de chauffer une urine sucrée avec de la potasse caustique pour que le liquide prenne une coloration jaune brun qui noircit de plus en plus.
On met dans un tube à essai 10 centimètres cubes d’urine, on y ajoute 2 centimètres cubes environ de lessive de potasse, ou plus commodément deux petites pastilles de potasse caustique. On agite pour dissoudre : il se forme un précipité blanchâtre, floconneux, dû aux phosphates terreux. Puis on chauffe la partie supérieure du liquide jusqu’à ébullition. L’urine, si elle est sucrée, se colore en jaune topaze, en jaune brun, en brun noirâtre suivant la proportion de glycose contenue. Cette coloration brunâtre tranche sur la teinte de l'urine occupant le fond du tube non chauffé. Au-dessus de 2 grammes de glycose pour 1000, cette réaction est nette.
Cependant il y a des causes d’erreur. Certains principes médicamenteux, la rhubarbe et le séné font brunir l’urine additionnée de potasse. Les urines chargées d’alcaptone brunissent également. Mais ce changement de couleur se fait à froid.
2 Liqueur de Fehling. — Le glycose forme, quand il est chauffe
avec une solution alcaline de sulfate de cuivre, un précipité de protoxyde de cuivre de couleur jaune, puis rouge. Sur ce fait est établie la réaction de Trommer. L’emploi dela liqueur de Fehling est lapplication de ce même principe. Elle est d’un usage courant, il est facile de se la procurer toute préparée {.
Pour rechercher l’existence du sucre, on procède ainsi : on met dans un tube à essai 2 ou 3 centimètres cubes de liqueur de Fehling et l’on chauffe jusqu’à l’ébullition pour s'assurer que la liqueur est bonne et ne se réduit pas d’elle-même, ce qui arrive si elle est vieille ou mal préparée. Elle doit rester bleue et limpide. On ajoute ensuite l’urine sans la mélanger à la liqueur et on chauffe de nouveau. La quantité d’urine ajoutée doit être trois ou quatre fois supérieure à celle de la liqueur. Si l’urine contient du sucre, on voit apparaître une teinte verte, puis jaune, puis rouge. Pour que la réaction soit complète, décisive, il faut obtenir un précipité rouge brique d’oxydule de cuivre. La liqueur de Fehling réduit même à froid l'urine sucrée, mais au bout d’un temps assez prolongé. Cette réaction est très sensible : elle suffit à déceler 1 milligramme de sucre par litre.
Il arrive quelquefois que la démonstration ne soit pas évidente et que la liqueur prenne une teinte mal définie et qui met l’observateur dans l'embarras, parce qu’elle se rapproche plus ou moins du vert jaune orangé, du rouge, du brun. Cela tient à ce que la réaction est gênée, masquée par la présence dans l’urine de corps susceptibles de réduire la liqueur de Fehling. C’est que l’urine chargée d’albumine modifie la réaction. L’albumine n’empêche pas la réduction, mais elle maintient l’oxydule de cuivre à l’état soluble et s’oppose à sa précipitation. Elle donne à la liqueur une teinte violacée : il se produit une mauvaise réaction des peptones. Il faut dans ce cas débarrasser l’urine de l’albumine, soit en la coagulant par la chaleur après acidification, soit en déféquant l’urine par le sous-acétate de plomb. Dans les deux cas, l’albumine reste sur le filtre et le sucre se trouve sans déperdition notable dans le filtrat qu’on traite par la liqueur de Fehling.
L’acide urique, les urates, la créatinine peuvent réduire la liqueur
1. Cette liqueur est composée d’une solution de sulfate de cuivre cristallisé pur (345,65) dans de l’eau distillée (200 grammes), et mêlée à une solution de tartrate de soude et de potasse (sel de Seignette, 173 grammes) dans de la lessive de soude pure (300 grammes ; densité, 1,33). Lorsque ces deux solutions sont mélangées et que le précipité formé s’est redissous, on ajoute de l’eau distillée en quantité suffisante pour faire un litre. On a alors une liqueur dont chaque centimètre cube réduit approximativement 5 milligrammes de glycose. Pour les dosages, il faut titrer cette liqueur au moyen d’une solution type de glycose; pour la recherche du sucre, on peut l’employer telle qu’elle est.
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de Fehling; mais la réaction se fait mal et a lieu après le refroidissement. En outre, c’est plutôtune décoloration du liquide et la formation d’un précipité jaune, mais non rouge, qu’on observe dans ces cas. On peut, pour écarter ces substances, diluer l'urine et la filtrer après défécation par le sous-acétate de plomb. Les urines très riches en indican ou chargées d’alcaptone (ces dernières brunissent spontanément par leur abandon à l’air) donnent lieu à de fausses réactions. Mais le fait est rare et le doute est facile à dissiper par des expériences de contrôle. Une grande quantité de médicaments par leur passage dans l’urine réduisentplus ou moins complètement la liqueur de Fehling: tels le chloroforme, le chloral, le sulfonal, le benzoate de soude, la glycérine, le camphre, la térébenthine, le copahu, le cubèbe. Il suffit d’être prévenu pour éviter l’erreur.
Ajoutons encore qu’il n’est pas rare chez la femme enceinte, chez les nourrices surtout au moment de la suppression de la lactation, chez les nourrissons dans les premiers jours de leur vie, de trouver du lactose dans les urines. Le sucre de lait réduit la liqueur de Fehling, mais avec moins de facilité que le glycose.
Pour rendre la recherche du sucre plus commode, on délivre dans le commerce des papiers préparés ou des pastilles comprimées con-. tenant à l’état solide les principes essentiels de la liqueur de Febling. Ces moyens portatifs, qui n’ont aucune prétention, peuvent rendre des services.
3° Réactions diverses. — Il y a d’autres moyens de déceler la présence du sucre. Ils sont simples, précis, mais n’atteignent généralement pas le degré de sensibilité de la liqueur de Fehling. Nous les citerons pour mémoire.
Bismuth. — Bæœttger trouva qu'en chauffant l’urine additionnée de lessive de soude et de sous-nitrate de bismuth, on obtenait en présence du sucre un précipité noir. Gette réaction a été rendue caractéristique du sucre par la modification d’Almen-Nylander, qui consiste à dissoudre 4 grammes de sel de Seignette (tartrate de potasse et de soude) dans 100 centimètres cubes de lessive de soude à 10 pour 100, puis à ajouter 2 grammes de sous-nitrate de bismuth. Après refroidissement et séparation par décantation de l’hydroxyde de bismuth précipité, on a un liquide qui, ajouté à l’urine dans la proportion de 1 de réactif pour 10 d'urine, et chauffé pendant une à deux minutes, donnera un précipité noir intense, si elle contient du sucre.
Indigo. — En ajoutant à une urine sucrée et alcalinisée par une solution de carbonate de soude une solution de carmin d’indigo, jusqu’à production d’une couleur bleue marquée, et en chauffant, on voit le liquide se décolorer, en devenant successivement violet, rouge;
jaune, jaune pâle. Par le refroidissement et l’agitation à air, il repasse par la même gamme de couleurs, mais en sens inverse. Ce procédé est celui de Mülder. [1 a été utilisé pour préparer des papiers portatifs, dont l’un est imbibé de soude et l’autre d’indigo.
D’autres réactions, celle de Johnson et Thierry, qui utilise l’acide picrique et la potasse, celle de Penzoldt avec l’acide diazobenzol-sulfurique et la potasse, celle de Môülisch avec unesolution de naphtol « et l'acide sulfurique, si séduisantes qu’elles soient, ne sont pas caractéristiques du sucre.
La réaction de Fischer par la phénylhydrazine, outre qu’elle n’est pas absolument certaine, nécessite un examen minutieux des cristaux de phénylglycosanone formés.
II. Dosage. — Le dosage du sucre se fait au moyen de la liqueur de Fehling préalablement titrée. On sait ainsi quelle quantité exacte de glycose réduit 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling. On verse alors dans un matras 10 centimètres cubes de cette liqueur additionnée de trois fois son volume d’eau distillée et maintenue à une faible ébullition : on y ajoute goutte à goutte l’urine à essayer jusqu’à décoloration complète de la liqueur. Une fois tout le précipité d’oxydule de cuivre déposé et la liqueur n’offrant plus de teinte bleue, on lit la quantité d'urine employée. Par le calcul, on établit le taux du sucre dans l’urine. Supposons que 10 centimètres cubes de liqueur de Febling soient réduits par 0,05 de glycose. Si l’on a employé 20 centimètres cubes d’urine on dira :
20° d’urine réduisent 10% de Fehling, soit 0%,05 de glycose, (20 X5)—100:: — réduiront.............. 01,25 de glycose, 1000% — =. pododooäooobosbot 21,50 de glycose.
Donc l'urine contient 29,50 par litre.
Avant de faire ce dosage, il est toujours bon de déféquer l’urine avec le sous-acétate de plomb.
Si l’urine est albumineuse, il faut la débarrasser de l’albumine. Si elle est très riche en sucre, il est préférable de la diluer : on tient compte de la dilution dans les calculs.
Des procédés cliniques, tous fondés sur l’emploi de la liqueur de Fehling, ont été publiés par divers auteurs, Duhomme, Bourget (de Lausanne), Bruel, etc.; ils offrent des moyens de dosage simples, rapides et très satisfaisants.
Le dosage du sucre se fait aussi par des méthodes polarimétriques avec le saccharimètre, le diabétomètre à pénombres. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces appareils.
AGÉTONE. — L’urine sucrée contient parfois, plus souvent que les
auteurs classiques ne l’indiquent, un acide sur la formation duquel on n’a pas encore de données certaines. C’est l’acide diacétique ou acéto-acétique. Il est facilement décomposé en acide carbonique, alcool et acétone. La présence de l’acétone dans l’urine passe pour impliquer un pronostic très sévère, presque fatal. Cela est juste quand le diabétique est déjà frappé de coma, mais l’acétone n’indique pas aussi nécessairement qu'on le pense l’imminence du coma. Nous avons à maintes reprises constaté l’acétone dans des urines diabétiques sans que pour cela les malades aient eu des phénomènes cérébraux graves précoces. Il importe néanmoins de savoir reconnaître ce corps dans l'urine. Lorsque cette humeur est chargée de ce principe, elle prend une odeur spéciale, très comparable à la pomme rainette, au chloroforme. Cette odeur est subtile, si bien qu’on peut faire le diagnostic de laffection en entrant dans la chambre du malade, voire même en lui parlant dans la rue. Frerichs, M. Lecorché ont insisté sur ce fait clinique. De très petites quantités d’acétone suffisent à donner à l’urine ce caractère odorant ; il persiste dans les urines où l’analyse chimique décèle avec peine l’acétone.
Pratiquement, on peut se contenter de verser dans l’urine quelques gouttes d’une solution de perchlorure de fer ; il se produit une couleur rouge semblable à celle du vin de Bourgogne. Cette réaction dite de Gerhardt est, sinon une preuve, du moins une forte présomption en faveur de l'existence de l’acide diacétique.
L’acétone est recherchée au moyen du réactif de Legal. L’urine est traitée par quelques gouttes de lessive de soude ou de potasse caustique, puis additionnée de deux ou trois gouttes d’une solution fraîchement préparée de nitro-prussiate de soude. Dès qu’on ajoute cette dernière, le liquide prend une teinte rouge, qui peu à peu s'éteint et vire au jaune. Alors on fait doucement couler le long du tube quelques gouttes d'acide acétique et à la limite de séparation on voit se former un anneau rouge carmin ou rouge pourpre.
PIGMENTS BILIAIRES. — La présence de la bile dans l’urine en modifie la coloration. Elle prend un léger reflet jaune verdâtre quand elle contient de très petites quantités de bile. Lorsque celle-ci est en plus grande proportion, l’urine parcourt deux gammes de colorations différentes. Tantôt elle est orangée, devient d’un brun rouge de plus en plus foncé, acquiert la teinte noire du goudron; tantôt elle prend la couleur verte depuis le jaune verdâtre jusqu’au vert pré.
L’urine ictérique en se desséchant sur le linge oule papier laisse
une tache de nuance beaucoup plus claire que celle de l’urine ellemême, mais très visible et persistante. On apprécie bien la teinte du liquide en lagitant de façon à le faire mousser et en considérant cette mousse.
Acide nitrique nitreux.— La réaction la plus usuelle pour rechercher les pigments biliaires est la réaction dite de Gmelin. C’est exactement celle de Heller pour la recherche de l’albumine, sauf que l’acide employé est l’acide azotique chargé de vapeurs nitreuses. Au niveau de la séparation de l’acide et de l’urine, on voit apparaître une série d’anneaux diversement colorés : d’abord un anneau vert qui devient de plus en plus intense, puis se transforme en bas en un liséré bleu, violet, rouge, enfin jaune. Ce sont ces diverses transformations qui ont fait appeler cette réaction le jeu de couleurs de Gmelin.
On ne perçoit pas toujours avec netteté l’apparition successive de ces anneaux: le violet et le vert, ce dernier surtout, sont les plus caractéristiques. Les autres colorations peuvent se produire sous l'influence de l’acide nitrique sur divers agents étrangers à la bile. L’indican donne une zone bleue; l’urohématine, une zone rouge.
En outre, avant d'essayer la réaction de Gmelin, il faut éviter de mélanger l’urine d’alcool ou d’éther, car ces substances produisent avec l’acide nitrique et en dehors de tout pigment biliaire une série d’anneaux colorés dont le plus remarquable et le plus fixe est précisément un anneau vert.
Le procédé de Rosenbach est une simple modification du précédent. On imbibe d’urine un morceau de papier-filtre et sur ce papier teinté de jaune on dépose une goutte d’acide nitrique. Apparaît alors un cercle polychrome, formé d’auréoles concentriques nuancées de vert, bleu, violet, jaune.
Nitrite de potasse et acide sulfurique. — Les réactions de Vitali, de Fleischl et de Massé, très analogues les unes aux autres, constituentun moyen très démonstratif de la présence des pigmentsbiliaires.
On met simplement dans un tube à essai quelques centimètres cubes d'urine, on y jette un cristal de nitrite de soude ou de potasse et l’on fait glisser sur les parois du tube deux ou trois gouttes d’acide sulfurique. Dès que l’acide a atteint l’urine, il se produit une vive effervescence accompagnée de dégagement de chaleur et une mousse fine monte dans le tube. Cette mousse devient verte s’il y a des pigments biliaires et l’on en apprécie très facilement la nuance. Elle ne tarde pas à virer au jaune.
Teinture d’iode. — La teinture d’iode (Maréchal, Smith, Rosin) est encore un réactif fidèle, surtout quand le pigment est assez abon-
dant. Il suffit de verser quelques gouttes de teinture d’iode dans l'urine pour voir celle-ci prendre une couleur vert émeraude.
Violet de Paris. — Le procédé de M. Constantin Paul est également d’une grande simplicité. En versant quelques gouttes d’une solution aqueuse de violet de Paris à 1 pour 500 dans un tube d'urine, on obtient une coloration violet bleu si cette urine est normale, une teinte violet rouge si elle contient des pigments biliaires. Jamais ce procédé n’est en défaut quandil s’agit d’une urine ictérique.
Malheureusement, on observe la même réaction colorée dans les urines où l’on peut déceler la bilirubine par les méthodes les plus sensibles.
Les urines non ictériques qui réagissent ainsi sont toujours hautes en couleur, foncées, d’un jaune rouge marqué. L'emploi du violet de Paris peut donc donner de bonnes indications, mais il comporte certains risques d’erreur.
Acide chromique. — L’acide chromique en solution à 5 pour 100 est, d’après Rosenbach, un bon réactif de l’urine ictérique. On verse cette solution goutte à goutte et en agitant ; l’urine chargée de pigments prend une coloration verte intense, puis vire au rouge brun. Le reflet particulier que l’acide chromique donne à toute urine est un embarras pour l'appréciation des teintes quand elles sont peu accusées.
S'il arrive que la bile soit trop peu abondante pour donner lieu avec Pun des procédés sus-indiqués à une réaction nette, on peut recourir à un expédient peu compliqué. On verse quelques centimètres cubes de chloroforme dans le tube d’urine et, bouchant ce dernier avec le pouce, on le renverse plusieurs fois doucement de façon à émulsionner légèrement le chloroforme : celui-ci, grâce à sa forte densité, rassemble rapidement ses gouttelettes au fond du tube après avoir dissous une partie des pigments. Le reprenant alors, on peut obtenir sur lui la réaction de Gmelin ; ou bien, le faisant évaporer sur une soucoupe, on à un résidu riche en pigment biliaire.
Récemment, A. Jolles (de Vienne) conseillait de mettre dans une burette à robinet 50 centimètres cubes d'urine, légèrement acidifiée par l'acide chlorhydrique dilué, puis 5 centimètres cubes de chloroforme. Après agitation on laisse déposer le chloroforme qu’on soutire et qu'on fait évaporer. On essaye ensuite l’acide azotique fumant. Ce procédé est assez sensible pour déceler toute proportion de pigment biliaire supérieure au millième.
J’emploie avec profit le dispositif suivant, variante des précédents. L’urine est versée dans un tube à essai étranglé près de son fond ayant une forme analogue à celle des tubes d’usage courant pour les cultures microbiennes sur certains milieux solides, puis le chloroforme est ajouté en quantité suffisante pour remplir l’ampoule ter-
minale ainsi formée. Il importe que l’étranglement soit assez large pour permettre le libre passage des liquides. On renverse plusieurs fois ce tube bouché avec le pouce. Puis on jette l’urine épuisée eton la remplace par une nouvelle quantité jusqu’à ce que le chloroforme soit suffisamment chargé de pigments. Il est alors soumis à la réaction de Gmelin. Ce moyen offre l’avantage de traiter un volume d'urine relativement grand par une quantité minime de chloroforme et de saturer celui-ci du pigment biliaire qu’elle contient.
UROBILINE ET SON CHROMOGÈNE. — Découverte par Jaffé, appelée par Maly hydrobilirubine, l’urobiline est un des pigments normaux de l’urine. Sa valeur séméiologique ne dépend pas de sa simple présence dans une urine, mais de sa quantité relative.
L'existence de l’urobiline, même en forte proportion dans l’urine, ne suffit pas pour foncer la couleur de celle-ci. Des urines très pâles peuvent contenir beaucoup d’urobiline. Mais il arrive souvent que ces urines faiblement colorées au moment de leur émission deviennent plus foncées par suite de leur exposition à l’air : on y constate alors laréaction spectrale de l’urobiline. C’est cette constatation qui mit Jaffé sur la voie de la découverte du chromogène de l’urobiline. Il existe en effet à l’état constant dans l’urine une substance incolore ne présentant pas les réactions spectrales de l’urobiline, mais qui en s’oxydant se transforme en urobiline vraie. Cette oxydation peut être naturelle ou provoquée par des agents réactifs. C’est à cette substance qu'on a donné le nom de chromogène de l’urobiline.
MM. Hayem, Tissier, Winter ont rendu d’une application facile les procédés destinés à la recherche clinique de l’urobiline.
Le plus rapide et le plus simple est l’analyse spectrale faite au moyen du petit spectroscope à main, appareil qu’on trouve dans le commerce à prix assez modique. On prend de l’urine fraîchement émise; si elle n’est pas limpide, on la filtre. Dix centimètres cubes sont reçus dans un tube à essai. On règle le spectroscope en ouvrant plus ou moins la fente qui permet à la lumière d’arriver au prisme et en mettant au point l’image du spectre avec la partie à coulisse de l’oculaire : on tâtonne jusqu’à ce qu’on ait la vision nette du spectre solaire. L’image est au point quand on perçoit distinctement les raies de Frauenhofer. L’instrument une fois réglé, on interpose entre la source lumineuse, le ciel par exemple, et le spectroscope le tube à essai contenant l’urine et l’on cherche la bande d'absorption caractéristique de l’urobiline. Elle se trouve dans le vert sur les confins du bleu. En retirant de temps en temps le tube placé devant la fente du collimateur, on a alternativement le spectre solaire et celui de l'urine : on juge aisément par comparaison les différences spectrales.
Quand l’urine est alcaline, il est bon de l’acidifier légèrement par l'acide acétique, ce qui rend la raie plus nette.
Quand elle contient des pigments biliaires, le spectre est complètement éteint dans toute sa partie droite ; on ne peut plus percevoir la bande de l’urobiline. Il faut alors recourir au procédé de M. Hayem, verser un peu d’eau distillée avec précaution de façon que l’eau moins dense que l’urine ne se mélange point à celle-ci et forme une couche supérieure distincte. L’urobiline, grâce à sa grande diffusibilité, passe dans l’eau et l’on aperçoit au spectroscope sa bande isolée.
Le chromogène de l’urobiline ne possède pas de réaction spectrale. Il faut l’oxyder pour le transformer en urobiline : ce que l’on fait en ajoutant un peu d’eau iodo-iodurée.
Pour connaître approximativement la quantité d’urobiline et celle de chromogène existant dans l’urine, on emploie la méthode comparative indiquée par M. Tissier, et qui consiste à évaluer d’abord la proportion d’urobiline libre dans l’urine pure ; puis à oxyder le chromogène soit par l’eau iodo-iodurée, soit par la chaleur après addition de quelques gouttes d'acide acétique, et à considérer le renforcement survenu dans la bande d’urobiline.
Le spectroscope par l’extrême commodité de son emploi et la sûreté de ses renseignements suffit dans ces recherches. Des procédés chimiques, le plus simple consiste à additionner l’urine de chlorure de zinc ammoniacal : elle devient fluorescente, si elle contient de l’urobiline. Cette réaction n’est suffisamment nette que lorsque la quantité d’urobiline est considérable.
Pour la mieux saisir, dans les cas moyens, on recourt à la méthode de Méhu. On traite l’urine par le sulfate d’ammoniaque en solution acide; il se produit un précipité; on filtre et on épuise ce précipité par le chloroforme, qui dissout l’urobiline, et qui, traité par le chlorure de zine ammoniacal, fait apparaître la fluorescence.— On peut simplement acidifier légèrement l’urine, l’agiter doucement avec du chloroforme, laisser évaporer le chloroforme qui laisse un résidu plus ou moins coloré. On dissout ce résidu par quelques gouttes d’ammoniaque, on étend d’eau distillée, on filtre, puis on ajoute quelques gouttes de chlorure de zinc au dixième. Il se reforme un précipité qu’on redissout par l’'ammoniaque : on a alors une liqueur d’une belle fluorescence verte.
Rappelons encore la réaction colorée donnée par l'acide nitrique sur l'urine: la zone ou le liséré brun acajou que Gubler donnait comme caractéristique des urines hémaphéiques.
INDICAN. — La décomposition des matières albuminoïdes résultant des fermentations intestinales donne naissance à diverses
substances, parmi lesquelles est l’indol. Ce corps à été trouvé en 1826 par Tiedmann et Gmelin dans l'intestin. L’indol, soit dans le tube digestif, soit après avoir été résorbé, subit une oxydation qui le transforme en indoxyle. Ce composé est peu stable et sous l’action de l'acide sulfurique et d’un alcali (ce qu’il trouve dans l’organisme) il forme de lindoxysulfate de potasse ou de soude, qui est l’indican.
Il est à remarquer, à propos du rôle pronostique et surtout diagnostique qu’on a jusqu'ici tenté de faire jouer à l’indicanurie, que la décomposition de matières albuminoïdes, étrangères à l’alimentation, telles que les leucocytes du pus, peut également donner lieu à la formation de l’indican. Cette opinion a d’ailleurs été soutenue par Keilmann.
L’indican en s’oxydant se dédouble en uroglaucine ou bleu d’'indigo et en urrhodine ou rouge d’indigo. Il forme aussi un sucre, l’'indiglucine, qui ne fermente pas, mais réduit la liqueur de Fehling et peut devenir dans la recherche du glycose une cause d’erreur.
C’est par l’apparition des teintes bleue et rouge sous l'influence des acides qu’on juge la présence de l’indican dans les urines.
Quand l’urine est très chargée d’indican, la simple réaction de Heller, l'addition d’acide azotique, suffit à le déceler. On voit en effet à la limite de superposition de l’acide et de l’urine un disque bleu d’acier très net.
Si l'urine en contient en moindre proportion, on a recours au procédé de Jaffé. On met 10 centimètres cubes d'urine dans un tube à essai, on y ajoute une quantité égale d’acide chlorhydrique et l’on mélange en retournant le tube bouché au pouce. Déjà à ce moment, si l’indican est abondant, une teinte violacée apparaît dans le liquide. Puis on ajoute 1 à 2 centimètres cubes d’une solution faible de chlorure de calcium et enfin 3 à 4 centimètres cubes de chloroforme. Ce chloroforme va dissoudre l’indican. On retourne plusieurs fois le tube. Les gouttelettes de chloroforme, une fois le tube remis à la verticale, ne tardent pas à se rassembler à la partie inférieure, entraînant avec elles la matière colorante qui est d’un beau bleu, quelquefois violacé.
On peut remplacer le chlorure de calcium par une solution de permanganate de potasse à 1 ou 2 pour 100.
On peut encore se borner à mélanger l’urine et l'acide chlorhydrique et à chauffer légèrement avant d’ajouter le chloroforme. Il faut éviter d'élever trop la température, parce que le chloroforme se volatiliserait avec projection du liquide.
MéLaNINE. — Dans certaines affections, et en particulier dans
les cancers mélaniques, surtout propagés au foie, on trouve dans
l'urine une matière colorante spéciale. L’urine est émise claire ou peu colorée, et après uu certain temps d'abandon à l’air, elle se fonce de plus en plus et revêt une teinte brune, noirâtre. On provoque cette coloration par l'addition d’une solution d'acide chromique. De même l'acide nitrique l’accentue. Zeller emploie l’eau bromée qui donne un précipité jaune, puis noir.
DrAZO-RÉACTION. — Cette réaction, qui n’est pas encore d’un usage répandu, est due à Ehrlich.
Les urines contiennent des substances de la série aromatique : c’est pour les rechercher qu’Ehrlich a imaginé ce procédé qui jusqu'ici n’a donné comme résultats que des réactions colorées. Elles apparaissent dans certaines maladies et peuvent être utiles pour un diagnostic difficile ou précoce et pour le pronostic. La diazo-réaction a été obtenue avec une certaine constance dans la fièvre typhoïde, la tuberculose aiguë, la septicémie puerpérale, les suppurations latentes, dans certaines tumeurs, dans la rougeole. Comme elle ne se montre pas dans le rhumatisme, l’érysipèle, la méningite, la grippe, la scarlatine, on peut établir certaines présomptions en faveur de telle ou telle affection.
Pour obtenir la sulfo-diazo-benzol-réaction ou diazo-réaction, on ajoute à 10 centimètres cubes de l’urine essayée 10 centimètres cubes de la solution suivante :
Acide sulfanilique................... ° 1 gramme. Acide chlorhydrique .. ... Sao ce ..... 10 centimètres cubes. EautiStilée CPR SPP ET ER ER EP ER EE EEE 200 —
puis cinq ou six gouttes d’une seconde solution :
Nitritede soude. -"""""" Do 08 be 2000 50 centigrammes. Eau distillée....,..... SR PT RTE 100 centimètres cubes.
enfin 2 à 3 centimètres cubes d’ammoniaque.
On mélange et le liquide prend des teintes variables. A Pétat normal, le mélange est jaune ou orange (coloration primaire); à l’état pathologique, il se teinte d’une couleur rouge intense (coloration secondaire), et après douze heures de repos on observe au-dessus du précipité qui s’est formé au fond du tube une coloration intense variant du vert, vert noir au violet (coloration tertiaire).
RECHERCHE DE QUELQUES MÉDICAMENTS. —— La recherche des substances métalliques (mercure, plomb, arsenic) et de la plupart des toxiques exige des opérations chimiques compliquées. Nous ne