‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 161 sur 263 · I. — NÉPHRITES CHRONIQUES DIFFUSES · texte numérisé non relu

I. — NÉPHRITES CHRONIQUES DIFFUSES

Introduction. — Si, au point de vue clinique, les néphrites chroniques diffuses ont une même physionomie générale, elles présentent cependant des modalités importantes qui permettent d’établir deux variétés principales dans la maladie. Ces variétés correspondent à deux formes anatomiques différentes suivant que l’altération des épithéliums et des glomérules prédomine, ou que le processus anatomique se localise dans le tissu conjonctif.

D'une manière générale, la scarlatine, le froid, les néphrites aiguës passées à l’état chronique déterminent la première variété ; le paludisme, les intoxications lentes et répétées sont les causes les plus fréquentes des néphrites chroniques à prédominance scléreuse.

Étiologie. — Parmi les causes des néphrites chroniques diffuses, il n’en est pas de plus discutées que le passage des néphrites aiguës à l’état chronique. Cependant, en présence d’un certain nombre d'observations publiées dans ces dernières années, il faut bien reconnaître que les néphrites aiguës doivent compter dans l’étiologie des néphrites chroniques diffuses.

Celles-ci, malgré l’avis contraire de Charcot, de Bartels et de M. Lancereaux, succèdent aux néphrites aiguës de la scarlatine. Quoique le processus de la néphrite aiguë scarlatineuse ne soit pas l’introduction habituelle des maladies chroniques du rein, on observe, comme en font foi de nombreuses observations !, des néphrites chroniques qui reconnaissent des néphrites aiguës scarlatineuses pour point de départ. Tantôt les phénomènes aigus s’amendent insensiblement, la persistance de l’albumine est le seul indice d’une lésion rénale qui n’est pas guérie ; tantôt à une albuminurie légère apparaissant au déclin d’une scarlatine fait suite une néphrite chronique qui s’installe lentement et d’une façon insidieuse ; tantôt enfin, la néphrite scarlatineuse succède, et le cas est assez fréquent, à une scarlatine fruste *. Mais il est d’autres cas dans lesquels il est plus difficile de se convaincre du passage d’une néphrite aiguë post-scarlatineuse à l’état

1. VIGNEROT (Thèse de Paris, 4890).— LECORCHÉ et TALAMON, Trailé de l'albuminurie et du mal de Bright. — TissiER, Rein de la scarlatine (Gaz. des h6p., 1888). 2. TROUSSEAU, Clin. de l’Hôlel-Dieu. — DieuLaroy, Manuel de pathologie interne,

NÉPHRITES CHRONIQUES DIFFUSES 969

chronique ; ce sont ceux dans lesquels on voit, deux ans, trois ans et vingt et un ans après une scarlatine et à la suite d’une succession ininterrompue d’accidents pathologiques, apparaître des manifestations brightiques‘. Les affections intercurrentes, la grippe entre autres, le froid, des influences diverses mal déterminées encore, sont des causes adjuvantes qui semblent aider au développement de la néphrite scarlatineuse. MM. Lecorché et Talamon admettent même que la plupart des néphrites gravidiques ne sont que des néphrites scarlatineuses réveillées à l’état aigu à l’occasion d’une grossesse; d’ailleurs ce fait peut maintes fois se constater en clinique.

Les néphrites de la fièvre typhoïde peuvent passer aussi à l’état chronique. Les néphrites aiguës de la rougeole, de la diphtérie, de l’érysipèle et même celles qui sont consécutives à la pneumonie (Lecorché et Talamon, Bartels, Caussade), au rhumatisme articulaire aigu, à la grippe, aux amygdalites ?, offrent un caractère de gravité en raison de leur résolution lente et des lésions chroniques qu’elles déterminent dans les reins. Le plus souvent, comme dans les néphrites aiguës post-scarlatineuses, l’albumine, qui était abondante dans la phase aiguë, diminue et persiste indéfiniment comme manifestation unique de l’altération du rein. Dans d’autres cas, l’albuminurie présente plusieurs rémissions et retours et s’accompagne finalement de nombreux accidents du mal de Bright. Dans d’autres cas enfin, la phase du début s’est révélée seulement par une albuminurie légère et beaucoup plus tard l’évolution chronique de la maladie se confirme.

C’est tantôt, comme dans les cas précédents, à la suite de phénomènes aigus, tantôt, comme dans les cas qui vont suivre, à la suite d’assauts réitérés de la maladie (néphrite gravidique, néphrites paludéennes*), tantôt à la suite de l’action persistante de la maladie générale (syphilis), du froid ou d’une intoxication prolongée (alcoolisme) que l’on voit se développer des néphrites chroniques diffuses.

La malaria a des influences diverses sur le développement d’une néphrite chronique suivant les régions où elle règne à l’état endémique. Tandis que les médecins de la marine ne la signalent pas sous les tropiques, MM. Kelsch et Kiener, Laveran, en Algérie, Millard, dans l'Amérique du Nord, Bartels, dans leSchleswig-Holstein, l’ont observée assez fréquemment.

Quant à la syphilis, il semble bien qu’en dehors des produc-

Page 1