LÉTIENNE (Thèse de Paris
2. Considérations générales sur les cirrhoses alcooliques (Semaine médicale, 1893, p. 209).
l’ascite avait fait dire à Portal que « les vents précèdent la pluie ». Les selles sont décolorées-et.trahissent l’absence des matières colo— rantes biliaires (acholie pigmentaire). Fréquemment l’on trouve d’une: façon précoce des crises de diarrhée abondante, alternant avec la constipation. :: 1
En même temps ces malades présentent les troubles ordinaires de l'alcoolisme chronique; ils sont incommodés par la pituite matuti— nale et le pyrosis dans l'intervalle des repas ; les repas sont pris. sans appétit et quelquefois rejetés. La langue est sale; la bouche amère. Le système nerveux est peu touché chez les alcooliques; on trouve cependant dans la majorité des cas le tremblement des mains et les rêves professionnels.
L’urobilinurie serait constante dès cette période; d’après M. Hanot. la production en excès de l’urobiline pourrait produire une teinte de la peau d’un jaune spécial, différent de la teinte ictérique et de la teinte subictérique. Mais Quincke, Leube, Hayem, etc., ont prouvé que l’urobiline ne possédait aucun pouvoir tinctorial; quand l’urobiline existe seule dans le sang et qu’elle passe en quantité même considérable dans les urines, les téguments ne sont pas colorés. Toutes les fois que la peau et les muqueuses sont colorées en jaune, on trouve dans le sérum sanguin une certaine quantité de pigments biliaires. Les pigments peuvent ne passer dans les urines qu'après avoir été plus ou moins oxydés dans le sang (bilirubidine, etc.). D’autres fois, on trouve dans cette première phase une coloration légèrement bronzée de la peau et qui se rapproche de celle que nous. étudierons à propos de la cirrhose pigmentaire du diabète bronzé.
La glycosurie alimentaire peut se trouver dès cette période.
Le prurit, accompagné ou non d’éruptions cutanées, se rencontre assez fréquemment; ce prurit tourmente les malades jour et nuit et ressemble à celui que M. Rendu a signalé avant l'apparition de lPictère ; mais il existe en dehors de tout ictère chez les cirrhotiques. La sécheresse de la peau et la suppression presque complète de la transpiration constituent des phénomènes encore plus constants.
Les épistaxis, les hémorrhagies gingivales, le purpura témoignent de l’altération cellulaire du foie et de la perversion de son rôle hématopoïétique. C’est de la même façon que s’expliquent ces œdèmes localisés soit autour des malléoles, soit à la face, sans albuminurie, et que M. Hanot oppose sous le nom d’ædèmes hépatiques aux œdèmes. d’origine rénale.
Les varices sont fréquentes chez ces malades, que nous savons être des arthritiques ; les hémorrhoïdes doivent peut-être être rapportées à la même diathèse, car on ne peut guère incriminer à cette période la difficulté de la circulation porte. On constate encore
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d’autres phénomènes du même ordre : pertes de sang par 15) nez, par les gencives et quelquefois apparition dé taches: ‘purpuriques.
L’examen physique du foie fournit peu de renseignements à cette période; le malade se plaint de vagues douleurs-dans l’hypochondre droit. Mais, nous avons eu déjà l’occasion de le dire, le foie n’est pas hypertrophié à cette période.
La rate au contraire est tuméfiée dès ce moment et peut ainsi révéler la souffrance du foie. Læso hepate, læditur lien, dit Galien, et nous ne sommes guère plus avancés que cet ancien; car la cause de cette sympathie morbide entre la rate et le foie, qu’on constate dans des affections très variées de cette glande, nous échappe encore.
IT. PÉRIODE ASCITIQUE. — En même temps que l’amaigrissement des masses musculaires se prononce, nous avons vu s'établir le météorisme, d’abord passager après les repas, puis permanent. Ce n’est pas encore de l’ascite, mais c’en est le signe précurseur. Dès cette période, il est parfois possible, en faisant coucher le malade sur le flanc, de constater la présence d’une petite quantité de liquide dans les fosses iliaques. Chez la femme, on peut constater une ascite minime, en allant percevoir la fluctuation au moyen du toucher vaginal!. Puis bientôt l’ascite est manifeste. Tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, elle s’installe sournoisement et se développe peu à peu; tantôt elle se produit très rapidement, à l’occasion d’un coup de froid, par exemple, et peut s’accompagner alors d’un mouvement fébrile.
Notons qu’ilest des cirrhoses atrophiques qui évoluent sans jamais donner lieu à de l’ascite* ; de même celle-ci peut être précoce et survenir avant qu'il y ait Ana gêne de la circulation porte.
Une fois l’ascite constituée, l'abdomen du malade prend l’aspect si caractéristique du « ventre de batracien, » aplati en avant, élargi vers les flancs; la cicatrice ombilicale se déplisse à mesure que la tension du liquide intra-péritonéal augmente et finit par faire une saillie, dont l’enveloppe peut s’amincir au point de céder parfois à l’occasion d’un effort ou d’un accès de toux du malade.
La palpation est impossible dans un ventre distendu à ce point.
La percussion, qui se pratique suivant les lignes ombilico-iliaques pubienne, épigastrique, permet de délimiter une zone péri-ombilicale plus ou moins étendue où existe letympanisme; concentriquement et plus en dehors on trouve de la matité.
La palpation bimanuelle ou l’ébranlement provoqué par une chiquenaude à la surface de l’abdomen permet de constater la sensation