‹ Manuel de médecine (volume 3)Chapitre 25 sur 263 · DUHAMEL (Gaz. méd. de Strasbourg · texte numérisé non relu

DUHAMEL (Gaz. méd. de Strasbourg

3. M. Mathieu, ayant examiné des alcooliques entrés à l'hôpital Saint-Louis pour des manifestations cutanées, a constaté que chez tous le foie descendait au-dessous du rebord costal et que la pression à ce niveau excitait une vive douleur ; la matité

dans la cirrhose hypertrophique ; le foie, quoique profondément altéré, suffit encore à sa fonction; mais surviennent une nouvelle intoxication alcoolique ou autre, une infection (érysipèle, pneumonie, suppuration, tuberculose), un traumatisme un peu grave, alors l’insuffisance hépatique éclate d’un seul coup, et l’on voit se dérouler le tableau de la cirrhose hypertrophique aiguë. Ce sont ces formes qu'on appelle encore cirrhoses hypertrophiques graisseuses. La gravité de leur allure, l’aspect spécial des lésions constatées à l’autopsie les avaient imposées à l’attention des médecins ! avant que la cirrhose hypertrophique alcoolique vulgaire fût encore nettement dégagée.

Après une première période, latente ou caractérisée seulement par les troubles dyspeptiques, surviennent les premiers accidents : alternatives de diarrhée et de constipation, amaigrissement, perte des forces, douleur dans l’hypochondre.

Puis les phénomènes s’accentuent et la maladie se confirme. Le ventre augmente de volume, plus en raison du météorisme que par suite de l’ascite. Le foie est douloureux; les douleurs sont souvent spontanées avec irradiation dans tout l’abdomen. Le malade est prostré ; le moindre effort lui est pénible. L’appétit est nul; il y a de la constipation ou de la diarrhée. La fièvre est marquée, à type irrégulier. La peau est sèche et terreuse. L’ictère est fréquent ; il peut apparaître et disparaître à plusieurs reprises quand l’évolution est plus traînante. Les urines sont rares, hautes en couleur, avec pigments biliaires normaux ou modifiés; on pourrait y constater l’augmentation de l’acide phospho-glycérique (Lépine et Eymonnet).

Enfin apparaissent les œdèmes cachectiques, les vomissements incoercibles, la dyspnée, le délire, les hémorrhagies, suivis bientôt de mort; la mort survient souvent avec de l’hypothermie.

hépatique dépassait de 2 centimètres celle qui existe chez des individus non adonnés aux boissons : ces malades étaient des individus jeunes, présentant tous les signes caractéristiques de l'alcoolisme. Mais peul-être ne s’agissait-il dans ces cas que de foies gras de buveurs et non de cirrhose hypertrophique (France méd., 1882).

1. C’est Dupont (1878) et Stiepovitch (1879), deux élèves de M. Lancereaux, qui étudièrent les premiers cette forme sous le nom d’hépalile interstitielle diffuse aigue; elle avait déjà été signalée, au point de vue clinique, par Leudet, et fit l’objet de l’excellente thèse de GiLson (Cirrhose alcoolique graisseuse, Thèse de Paris, 1884). Les cas étudiés dans des travaux qui font-date, par M. HuTINEL (Étude sur quelques cas de cirrhose avec stéatose du foié, France médic., 1881) et par M. SABOURIN (Sur une variété de cirrhose hypertrophique, cirrhose hypertrophique graisseuse, Arch. de physiol., 1881) se rapportent à des malades chez lesquels l’intoxication alcoolique et l'infection tuberculeuse agissent dans le même sens pour donner un tableau symptomatique et des lésions en tout semblables à ceux que nous décrivons ici. — Consulter également les travaux suivants : HAYEM et GIRAUDEAU, Contr. à l’étude de la cirrh. hyp. graiss. (Gaz. hebd., 1883). — TALAMON, Cirrh. hyp. graiss. (Progr. méd., 1882). — Gaucuas, Stéatose du foie au point de vue chirurgical (Thèse de Paris, 1882).

Pronostic. — On voit que, si le pronostic de la cirrhose hypertrophique est relativement bénin, il doit cependant être réservé. Il importe de faire comprendre au malade que son foie est fragile et: faillira au moindre surmenage.

Diagnostic. — Pour éviter des répétitions oiseuses, nous indiquerons les divers diagnostics différentiels en traitant de la cirrhose atrophique de Laennec et de la cirrhose hypertrophique de Hanot.

B. — Cirrhose atrophique alcoolique.

Cette maladie commence par une première période où les troubles dyspeptiques, l’'amaigrissement peuvent être mis sur le compte de la gastrite alcoolique ; l'étude minuticuse des signes de cette première phase, dite de « précirrhose » par M. Hanot et qu’il vaudrait peutêtre mieux appeler préaseitique, permet cependant de déceler dès ce moment la souffrance de la cellule hépatique. Puis l’ascite survient avec son cortège de troubles : œdème, dyspnée; l’émaciation et l’affaiblissement progressent; les hémorrhagies sont fréquentes. La diurèse est profondément troublée ; la nutrition est languissante.

Dans cet élat, le malade devient la proie de la première infection venue : la tuberculose, la pneumonie, la broncho-pneumonie, l’érysipèle, la péritonite, etc., s'installent, sans provoquer presque aucune réaction, et le malade succombe avec les accidents de l’ictère grave secondaire ; d’autres fois la mort a lieu dans le marasme, par inanition et par suite aussi des soustractions répétées de la sérosité ascitique. C’est une question encore à l’étude de savoir si le foie s’infecte toujours et nécessairement dans cette phase ultime de la maladie‘.

Étude analytique des symptômes. -- I. PÉRIODE PRé- ASCITIQUE. — Vaici la liste succincte de ce que M. Hanot?, à qui nous empruntons cette étude, appelle les petits signes de la cirrhose: troubles dyspeptiques, météorisme, constipation, teinte urobilinique du tégument, quelquefois teinte bronzée, acholie pigmentaire, prurit, épistaxis, hémorrhagies gingivales, hémorrhoïdes, œdèmes localisés, crises de diarrhée.

Les troubles gastriques sont très précoces et ne diffèrent guère des troubles ordinaires de la dyspepsie alcoolique. L’intestin est paresseux et se laisse distendre par les gaz ; ces malades sont à la fois constipés et météorisés. Cette période de tympanisme précédant

Page 1