‹ Manuel de médecineChapitre 11 sur 199 · GUBLER (Gas. médic. de Paris · texte numérisé non relu

GUBLER (Gas. médic. de Paris

On a observé parfois de véritables épidémies, surtout dans les hôpitaux d'enfants. Les recherches de Lebrun et celles plus récentes et plus précises de MM. Roux et Vallat en ont élucidé le mécanisme en montrant que le champignon du muguet existe en suspension dans l'air des salles de malades {. La contamination peut aussi s'effectuer par l'intermédiaire des biberons, des verres, des cuillers et autres objets usuels, quand ceux-ci n’ont pas été suffisamment désinfectés.

Description clinique.— L'apparition du muguet est annoncée par une sensation pénible de chaleur et de sécheresse, par une vive injection de la muqueuse buccale et par la réaction acide de la salive. Lalangue rouge et luisante, hérissée de papilles saillantes, desquame comme dans la scarlatine.

Puis, sur le dos de la langue et sur ses bords, se disséminent de petites touffes d’un blanc neigeux qui restent isolées ou se confondent de manière à former un enduit épais légèrement mamelonné, ressemblant à du lait coagulé (stomatite crémeuse, millet ou blanchet).

Les autres parties de la cavité buccale sont envahies plus tardivement. Sur les joues, le muguet occupe surtout l’espace intermaxillaire et offre un aspect caillebotté; sur la voûte palatine il est lisse et parfois circiné. L'extension aux amygdales, au pharynx n’est pas rare, et dans ces régions le muguet peut être comme dans la bouche discret ou confluent. Parfois en vieillissant les placards prennent une nuance verdätre ou même brunâtre qui peut faire méconnaître l’éxistence du muguet. L’adhérence des îlots ou plaques est variable; faible au niveau des lèvres et des joues, elle devient très notable sur la langue et la voûte palatine. La muqueuse sousjacente aux parcelles détachées n’est pas exulcérée à moins de frictions trop énergiques. Le muguet reparaît avec une grande facilité et ne cesse de se reproduire que lorsque le liquide buceal est redevenu alcalin (Gubler).

Dès le début de la stomatite érythémateuse prémonitoire, le malade ressent une légère douleur dans la mastication et la déglutition. Chez les vieux urinaires, la dysphagie est particulièrement intense. Chez les jeunes enfants, la succion est gênée; ils gémissent, repoussent le sein et font des mouvements incessants de la langue comme s'ils voulaient rejeter hors de la bouche un corps étranger. Quelquefois le muguet est si confluent dans l’œsophage qu’il gêne mécaniquement le passage du bol alimentaire.

Le muguet de l'estomac et du cæcum ne se traduit par aucun.

1. LEBRUN (Thèse de Paris, 1883). — Roux et VALLAT (Lyon médic., 1893).

symptôme. Les vomissements et la diarrhée, l’érythème des fesses et l’algidité qui coexistent souvent avec lui sont sous la dépendance d’une gastro-entérite infectieuse qui, en débilitant le sujet, a permis au parasite de s'implanter sur l’organisme affaibli.

Pronostic. — Chez les nouveau-nés athrepsiques, les cachectiques, les vieillards, le muguet est presque toujours l'indice d’une catastrophe prochaine (Trousseau). Chez les nourrissons vigoureux, il n’a pas une signification aussi grave, carilest alors le résultat d’un simple trouble local causé par l'absence de soins hygiéniques et doit être considéré comme une stomatite facilement curable.

Diagnostic. — Le muguet peut passer inaperçu, car il ne donne pas toujours lieu à des troubles fonctionnels. Les grumeaux de lait, qui encombrent souvent la base de la langue et le vestibule de la bouche, chez les jeunes enfants, s’enlèvent avec la plus grande facilité et ne se reproduisent pas. Les amas épithéliaux qui tapissent souvent les lèvres et les gencives des fébricitants sont minces, fragiles, et n’adhèrent aucunement à la muqueuse. La s{omatite aphteuse est caractérisée par de petites exulcérations recouvertes d’une mince pellicule pseudo-membraneuse. La stomatite diphtérique et le muguet qui s'étale en nappe continue sur toute la muqueuse buccopharyngée offrent les plus grandes analogies. Un examen attentif des fragments détachés et délayés dans l’eau montrera s’il s’agit réellement d’une fausse membrane !. La stomatite diphtéroïde à staphylocoques, décrite par MM. Sevestre et Gastou, s'accompagne d’exulcérations et de crevasses de la muqueuse.

La tuberculose aiguë du pharynx cause une dysphagie d’une intensité extrême et le semis de petits tubercules ne peut pas être détaché comme les îlots du muguet. MM. Troisier et Achalme ont observé une angine parasitaire qui par ses caractères objectifs était identique au muguet; l'agent pathogène était une levure, les cultures furent nécessaires pour établir le diagnostic ?. L’aftection décrite depuis quelques années sous le nom de mycose où de leptothrix mycosis est caractérisée par un semis de petites taches ou élevures coniques d’un blanc nacré situées sur les amygdales, la base de la langue, le voile du palais, le pharynx et quelquefois l’æsophage et le pharynx. Cette affection rappelle donc le muguet par certains de ses signes, mais elle en diffère par son évolution essentiellement chronique, par l'absence habituelle de symptômes subjectifs, par l'aspect quelque peu velu des îlots mycotiques, enfin par leur adhérence extrême à la muqueuse, ce qui tient à ce que le leptothrix envoie des

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