II. — OXYURE VERMICULAIRE
Histoire naturelle. Étiologie. — L’oxyure vermiculaire est un annélide, appartenant à l’ordre des nématodes, de la famille des ascaridiens. Le mâle mesure 5 millimètres de longueur ; la femelle, 12 à 15 millimètres. L’extrémité céphalique, toujours plus large que l'extrémité caudale, est pourvue de deux renflements latéraux; la queue, recourbée et fine chez le mâle, est allongée chez la femelle. Il n’y a, en général, qu’un mâle pour huit ou dix femelles(Leuckhart)..
Les œufs sont ovales. L’une des faces est plus aplatie que l’autre. Ils ont 534 de longueur et 254 de largeur. Leur coque, lisse, résistante, est formée de trois couches. Ils renferment un embryon replié sur lui-même.
À l’inverse des tænias, l’oxyure peut accomplir toute son évolu-
1. L'ascaris myslax, ascaris du chien et du chat, a été trouvé quelquefois chez l'homme. Le mâle mesure 4 centimètres. Il porte sur la face dorsale deux petites crêtes d’un demi-centimètre de longueur. Les œufs sont sphériques.
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tion chez le même individu. Les œufs, en arrivant dans l’estomae, sont attaqués par les sucs digestifs; leur coque se rompt et l'embryon est mis en liberté.
Cette dissolution de la coque à pu être suivie sous le microscope. On 2 constaté qu’elle s’accomplissait en six à huit heures. L’embryon se développe dans l'intestin grêle où se fait ensuite l’accouplement“. Les femelles fécondées occupent surtout le cæcum et le rectum où elles déposent leurs œufs; les mäles, au contraire, se trouvent presque exclusivement dans l'intestin grêle. Quelquefois, ces vers sont en si grande quantité qu’ils recouvrent, principalement au niveau du cæcum et du rectum, toute la muqueuse intestinale, qui prend alors un aspect inégal, villeux et blanchätre. ;
Les oxvyures peuvent quitter l’intestin, soit dans l'intervalle, soit le plus souvent au moment des garde-robes, ils envahissent de là la vulve, le vagin, le gland, mais ils ne se développent pas sur la peau. On en a rencontré (Zenker) dans les plis de l'ombilie.
Chez les sujets malpropres, il peut se faire une auto-infection constante : le malade se gratte le pourtour de l’anus, puis il porte à sa bouche ou sur ses vêtements ses doigts chargés du parasite lui-même ou de ses œufs. Zenker a pu retrouver des œufs sous les ongles d'enfants dont l'intestin renfermait des oxyures. On comprend ainsi comment ces parasites peuvent s’introduire sans cesse dans l’économie et comment ils sont susceptibles de persister pendant dix ou quinze ans chez le même individu.
Le plus souvent, les oxyures se propagent par l'intermédiaire des aliments crus, des salades, des eaux potables, qui renferment des œufs expulsés en même temps que les matières fécales.
La transmission du parasite d’un sujet à l’autre est un mode de propagation exceptionnelle; les vêtements, les linges, les mains des personnes qui soignent des sujets porteurs d'oxyures peuvent devenir des agents de contagion. Les auteurs (Leuckhart, Heller) qui ont étudié l'histoire naturelle de loxyure ont vu, à plusieurs reprises, malgré des soins de propreté minutieux, les parasites apparaître dans leurs garde-robes. On admet même que l’enfant peut être infecté par sa mère au moment de l’accouchement.
Les oxyures se rencontrent dans tous les pays. On les observe à tous les âges. Ils sont beaucoup plus fréquents chez les enfants et les
1. Le développement complet de l'oxyure chez l'homme a été étudié expérimentalement par Leuckhart. Cet auteur, après avoir, ainsi que deux de ses élèves, avalé des œufs d’oxyures, a reconnu, au bout de quinze jours, l'apparition dans les matières fécales de parasites adultes atteignant déjà 6 à 7 millimètres de longueur.
Chez un enfant de cinq semaines, HELLER (Ziemssen's Handb. der speciel. Therapie, Bd. VII, S. 637) a trouvé des femelles dont l'utérus renfermait des œufs en grande quantité.
personnes qui leur donnent des soins que chez les adultes. Ils sont exceptionnels chez les enfants nourris au sein. Un certain degré de catarrhe intestinal chronique paraît favoriser leur développement.
Symptomatologie. — Les symptômes locaux déterminés par la présence des oxyures sont assez caractéristiques. Le plus important de tous est le prurit anal, parfois fort douloureux, s’accompagnant de ténesme, d’élancements qui peuvent se propager jusqu'aux organes génitaux. Il donne lieu à des érections, à des démangeaisons très vives au périnée, sur le gland, à la vulve, qui peuvent devenir chez les enfants le point de départ d’habitudes de masturbation. Ce prurit n’est pas continu. Il est provoqué par la migration des vers au voisinage de la portion inférieure du rectum; il présente ce caractère remarquable dé se produire souvent à la même heure, de préférence lorsque le malade est couché. Cette périodicité est quelquefois si nette(Gruveilhier) qu’elle a pu faire croire à une affectionrelevant dela fièvre intermittente. Au moment où ces démangeaisons sont les plus vives, on peut constater que la muqueuse de la marge de l’anus est injectée, rouge, gonflée, parfois recouverte d’un mucus sanguinolent; souvent on y aperçoit les oxyures au fond des plis radiés de l'anus.
Fréquemment aussi, il faut administrer au malade un lavement froid pour découvrir dans les garde-robes, soit les oxyures, soit leurs œufs que l’on peut aisément reconnaître au microscope. Rarement les selles ont l'aspect diarrhéique, en purée, signalé par certains auteurs.
Les accidents généraux, sympathiques ou réflexes, imputables à la présence des oxyures dans l’intestin, sont du même ordre que ceux attribués auxtænias et aux lombrics, mais ils sont moins nombreux et encore plus sujets à caution. La pâleur, les modifications du caractère, l’amaigrissement même s’expliquent aisément par l’insomnie que le prurit périodique détermine. Les autres désordres nerveux, terreurs nocturnes, chorée, éclampsie, troubles intellectuels, sont moins bien démontrés ; il en est de même des accidents méningés, que l’on aurait vu céder à l’administration d’un vermifuge.
Les migrations des oxyures dans la vessie, l'utérus, l’urèthre sont tout à fait exceptionnelles.
Le diagnostic de l'affection est généralement des plus simples. On devra soupçonner la présence des oxyures chez un individu, surtout un enfant, se plaignant d’une façon habituelle de prurit anal. Chez l'adulte, il faudra se garder d’attribuer à des oxyures les douleurs causées par les hémorrhoïdes. L'examen des selles permettra, le plus souvent, de découvrir les parasites. S’il est négatif, on devra provoquer l’expulsion des helminthes, puis on examinera les garde-
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robes au microscope. Un grossissement de deux cents diamètres est suffisant pour reconnaître les œufs avec leur forme ovalaire et l’aplatissement d’une de leurs faces latérales. Une cause d'erreur, indiquée par Davaine, est de prendre pour des oxyures les larves d’une mouche qui séjourne dans les latrines.
Le pronostic est des plus bénins. Jamais les oxyures ne déterminent d'accidents capables de compromettre l’existence, mais ils récidivent chez le même individu avec une grande facilité et il est parfois malaisé de les expulser d’une façon complète.
Traitement. — Une propreté minutieuse des mains, l’usage d’une eau parfaitement pure, la surveillance, surtout dans les écoles ou dans les hôpitaux, des enfants chez lesquels on soupçonne la présence des oxyures, constituent les règles de la prophylaxie.
Le traitement curatif doit avoir pour but de détruire les oxyures non seulement dans le rectum, mais aussi dans le cæcum et dans l'intestin grêle. L'usage des topiques au niveau de l’anus est absolument insuffisant. Il calme le prurit, mais il ne peut amener une guérison complète. Le traitement de choix consiste à donner à l’enfant, pendant deux ou trois jours de suite, soit du calomel à petite dose, soit de la fleur de soufre (0,75 à 1 gramme, journellement), soit de la santonine (2 à 5 centigrammes). Ensuite, on administrera des lavements d’eau salée, d’eau savonneuse, d’eau vinaigrée, d'huile de foie de morue. On fera surtout des applications d’onguent gris au pourtour de l’anus et à l’intérieur du rectum.