I. —— ASCARIS LOMBRICOÏDE
Histoire naturelle. Étiologie. — L’ascaris lombricoïde a été parfaitement décrit par Linné. C’est un ver rond, cylindrique, allongé, gris ou rougeâtre, strié transversalement, portant quatre raies longitudinales d’un bout à l’autre. Le mâle mesure 20 centimètres de longueur; la femelle, 30 à 40. Au niveau de l’extrémité caudale, recourbée en crochet, du mâle, il y a deux pénis très courts; la femelle porte un orifice vulvaire vers le tiers antérieur. La téte n’est pas distincte du corps: l’orifice buccal est entouré de trois spicules chitineux.
Les œufs sont ovoïdes, leur longueur est de 75 4: une femelle en pond plus de cinquante à soixante millions par an. Ils sont déposés avec les excréments humains sur l’herbe. De là ils pénètrent dans l’organisme avec l’eau potable, les légumes verts, après avoir donné naissance à un embryon qui devient ver adulte dans l’intestin. Ainsi, contrairement à l’opinion de Leuckhart, il paraît démontré aujourd’hui (Davaine) que l’ascaris peut acquérir son complet développement dans
1. Quel que soit le remède choisi, certaines précautions sont indispensables. Le malade sera à la diète depuis la veille. Une demi-heure après l’administration du vermifuge, on lui fera prendre, pour expulser le tænia, de l’eau-de-vie allemande, du calomel ou de l’huile de ricin; il ne devra aller à la garde-robe que sur un vase rempli d’eau tiède pour éviter que le tænia ne se brise au moment de son expulsion. Celle-ci ne survient quelquefois qu’au bout de plusieurs heures. IL faut toujours s'assurer que la tête a été rejetée au dehors. Alors seulement on est en droit de dire que la guérison est définitive. Quand on n’a pas retrouvé la tête, de nouveaux anneaux recommencent à être expulsés au bout de deux mois environ. Il est possible toutefois — mais le fait est rare — que cette récidive tienne à la présence simultanée de plusieurs vers dans l'intestin.
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le corps de l’homme sans passer par un état intermédiaire chez un un autre animal.
Il s’observe beaucoup plus souvent chez l’enfant que chez l'adulte; d’après Guersant, de trois ans à dix ans un enfant sur vingt en serait atteint. On le rencontre également chez les idiots, les aliénés. Il a été constaté dans tous les pays; relativement rare dans les pays froids, il est plus fréquent dans les régions tempérées, surtout, d’après Davaine, à la suite des pluies abondantes.
Anatomie pathologique. — Il y a rarement plus de huit à douze lombrics chez le même sujet. Dans quelques cas cependant, le nombre de ces parasites est beaucoup plus considérable ‘; il peut atteindre et même dépasser un millier (Cruveilhier). Leur siège habituel est l’intestin grêle, mais on peut aussi les rencontrer dans d’autres portions du tube digestif, estomac, œæœsophage, pharynx. Rarement ils s'engagent dans les voies biliaires où leur accumulation peut donner lieu soit à de l’ictère, soit à de l’angiocholite aiguë ou subaiguë. Les faits dans lesquels les lombrics ont pénétré dans la trompe d’Eustache, les canaux lacrymaux, le canal de Wirsung (Davaine) sont moins fréquents ; plus nombreux sont ceux où le ver en s’engageant dans l’orifice glottique a provoqué des accès de suffocation.
La présence des ascarides, même en grand nombre, ne détermine presque jamais des altérations anatomiques de l'intestin. On a cependant noté la possibilité d’une entférite vermineuse, caractérisée par uné injection très vive des tuniques intestinales et une abondante sécrétion de mucus. Il est encore moins établi qu’ils puissent produire des hémorrhagies de l'intestin.
Quand on les trouve, soit dans la cavité péritonéale, soit dans des abcès, stercoraux ou non, voisins de l'intestin, on peut se demander si les ascarides n’ont pas perforé les tuniques intestinales jusque-là indemnes. Il est hors de doute (Bouchut) que cette interprétation peut s'appliquer à un petit nombre de cas; mais, beaucoup plus souvent, les fumeurs vermineuses développées sous la peau reconnaissent pour cause primordiale une inflammation ou une gangrène intestinale qui donne passage aux lombrics ; le plus ordinairement, il faut incriminer une hernie étranglée ; ainsi s’explique la fréquence des tumeurs vermineuses autour de l’ombilic qui est le siège habituel des hernies chez les jeunes enfants.
4. FAUCONNEAU-DUFRESNE (Union médic., 1880, p. 62) rapporte l’histoire d’un enfant de douze ans qui, en trois ans, rendit par les selles et les vomissements plus de trois mille ascarides.
2. BouCcHUT in BECQUEREL (Clin. de l’hôp. des Enfants, 1841) a trouvé dans une autopsie deux lombrics à moitié engagés dans la cavité du péritoine et dans celle de l’appendice sans qu’il y eût aucune trace d’inflammation préalable de l'intestin.
Symptomatologie. — Il est peu d’affections, surtout dans la pathologie infantile, qui n’aient été attribuées à la présence des ascarides dans l'intestin. Aujourd’hui, on n’admet plus l’existence de la pneumonie, de la diathèse, de la fièvre vermineuses; on sait seulement que les vers peuvent provoquer, soit par voie sympathique, soit par leur accumulation dans l'intestin ou d’autres organes, un certain nombre d'accidents. :
Les accidents sympathiques ou réflexes rattachés à l’irritation de la muqueuse intestinale par les parasites sont de beaucoup les plus nombreux : telles sont les modifications de l’appétit, les coliques, les selles glaireuses, parfois très tenaces (Roger), la fétidité de l’haleine, la pâleur et la bouffissure du visage, la dilatation et l'inégalité pupillaires, l’insomnie, les terreurs nocturnes, etc.
Les névroses vermineuses tiennent le premier rang parmi ces accidents réflexes; l’éclampsie a été très fréquemment attribuée aux vers. La disparition de convulsions jusque-là inexpliquées à la suite de l’administration d’un vermifuge est un fait bien établi; mais, à cet égard, les vers n’agissent pas autrement que les troubles digestifs, la constipation ou même le travail de la dentition qui peuvent, chez les enfants prédisposés (Lasègue), éveiller une tendance aux convulsions, latente jusque-là. La preuve en est dans le nombre relativement considérable d’enfants porteurs de vers intestinaux, qui n’ont jamais présenté de crises convulsives. La cécité, la perte de l’ouïe, les paralysies multiples, la catalepsie, la chorée, les désordres intellectuels sont moins souvent observés. On a encore signalé des accidents méningés — même mortels — qui ne s’expliquaient que par la présence des lombrics dans l'intestin : il semble donc bien qu’il existe une pseudo-méningite vermineuse ?.
L’accumulation des lombries peut donner lieu à des signes d’occlusion intestinale qu’un vermifuge fait disparaître. Les faits de ce genre sont assez rares, mais leur authenticité n’est pas douteuse. Il y a même quelques cas suivis de mort où l’on atrouvé, à l’autopsie, les lombrics pelotonnés en grand nombre, obstruant complètement le cours des matières.
La migration des lombrics dans l’estomac détermine des vomis-
1. PAUL FineLuiN, Des accidents produils par les ascarides (Thèse de Paris, 1873).
2. VoceL (Trailé des mal. des enfants, édit. franç., 1872, p. 210) a trouvé, à l’autopsie d’un enfant mort avec des signes de méningite, tous les viscères absolument sains; il y avait seulement plus de cent lombrics dans l’intestin. Il faut donc admettre, avec Rilliet et Barthez, que si « la plupart des symptômes sont illusoires, les vers intestinaux produisent... par action purement sympathique de sérieux accidents. »
Voir pour plus de détails : GUERMONPREZ, Accidents nerveux sympathiques ou réflexes causés par les vers, principalement chez les enfants (Journ. des sc. méd. de Lille, 1881). ;
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sements à la suite desquels le malade expulse un ou plusieurs vers ; d’autres fois, le parasite s’engage dans la trompe d’'Eustache; il peut perforer la membrane du tympan et sortir par le conduit auditif; ou bien il-pénètre dans les fosses nasales, les sinus frontaux; là, il donne lieu à une sensation d’obstruction persistante et à un coryza chronique.
De l’œsophage et du larynx, les lombrics peuvent s’introduire dans les voies aériennes; s'ils séjournent au niveau de l’orifice glottique, ils provoquent des accès de suffocation qui cessent subitement quand le ver est expulsé dans un effort de toux, mais qui peuvent se prolonger et devenir mortels lorsqu'on n'intervient past. S'ils tombent dans la trachée ou dans les bronches, on voit survenir de l’orthopnée, une asphyxie rapidement progressive et des convulsions réflexes. Le diagnostic de ces accidents qui simulent l’æœdème et le spasme de la glotte, le croup même, est quelquefois fort difficile : il se fondera sur l’apparition brusque des symptômes, et surtout sur cette notion que l’enfant a rejeté des lombries quelques jours auparavant.
La pénétration des ascarides dans les voies biliaires peut être suivie d'accidents analogues à ceux de la lithiase biliaire : coliques,
“ictère plus ou moins prononcé, décoloration des matières, etc.
Aucun des signes n’est pathognomonique; aussi, le plus souvent, le diagnostic se fait-il seulement par la constatation d’un ou de plusieurs lombrics rejetés, soit par l’anus; soit plus rarement par la bouche, et surtout par la recherche des œufs dans les garde-robes. Les vers sont généralement très faciles à reconnaître dans les matières fécales : on ne pourfait les confondre qu’avec des débris de tendons non digérés, de filaments de plantes ou de légumes. Il suffit, pour éviter toute erreur (Guersant), de faire flamber les produits. suspects : l’odeur qui se dégage immédiatement suffit à distinguer si l’on a affaire à un produit de nature végétale ou animale.
Les œufs de l’ascaris lombricoïde sont si nombreux que leur recherche est des plus simples. La ponte d’un lombric étant de quinze mille par jour, il y aurait chez un sujet porteur d’un seul lombric femelle plus de dix mille œufs dans chaque garde-robe. Davaine a pu en retrouver un millier dans une petite parcelle de matière fécale. Ces œufs sont ovoides ; ils mesurent 75 & de longueur; ils sont recouverts d’une membrane extérieure d’abord jaunâtre, puis brune, d'apparence mamelonnée, mûriforme. Ils ne ressemblent que d’une: façon lointaine aux œufs des autres vers intestinaux; ils offrent une certaine analogie avec les spores de quelques cryptogames;.
4. Fuerst (Wien. med. Woch., 1880) a réuni vingt-cinq cas de suffocation déterminée par la chute des lombrics dans les voies aériennes.
mais celles-ci sont toujours moins nombreuses et l’aspect de leur membrane d’enveloppe est bien différent.
Traitement. — Quoique le nombre des accidents réellement imputables aux lombrics soit, à la vérité, assez restreint, il importe, dès que le médecin a constaté par lui-même leur présence, de provoquer leur expulsion. De tous les médicaments proposés comme vermicides, beaucoup, tels que l’absinthe, la valériane, l’armoise, la fougère, ne sont plus employés. Les seuls dont on fasse encore usage sont la mousse de Corse recommandable de préférence chez l’enfant, à la dose de 5 à 15 grammes; le semen-contra et surtout son principe actif, la santonine. Celle-ci se prescrit à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour, suivant l’âge de l’enfant, pendant deux ou trois jours. On administre à la suite un léger purgatif. L'examen microscopique des selles, pratiqué quarante-huit heures après l’expulsion des lombrics, permet d'affirmer qu’il ne reste aucun parasite dans l’intestin. À Le traitement prophylactique consiste à tonifier les enfants — on sait en effet que les lombrics se développent de préférence chez les sujets débilités, — mais surtout à ne livrer à la consommation qu’une eau parfaitement pure. Davaine a remarqué que les épidémies vermineuses, qui s’observent encore quelquefois dans les campagnes, ont disparu des grandes villes, depuis que l’on n’y fait plus usage que d’eau de source ou d’eau filtrée‘.