GRIESINGER (Arch. für physiol. Heilkunde, 1854, p
3. BLANCHARD, Traité de zoologie médicale, Paris, 1885. — L'anémie des mineurs en Hongrie (C. R. de la Soc. de biol., 1885, p. 713).
Histoire naturelle.— C’est un ver cylindrique, de petite taille, en forme de spirale. Son extrémité antérieure, recourbée au niveau de la face dorsale, porte une bouche armée, sur son bord dorsal, de deux petites dents, et, sur son bord ventral, de quatre crochets de chitine brillants. Cette bouche constitue un véritable suçoir. L’extrémité postérieure effilée chez la femelle est arrondie et dilatée chez le mâle. Les deux sexes sont d’ailleurs faciles à distinguer. Le mâle est beaucoup plus petit; il n’a que 6 à 8 millimètres, tandis que la femelle. peut atteindre jusqu’à 10 à 15 millimètres. Chez elle, l’anus vient s'ouvrir à la face ventrale; chez le mâle, au contraire, l'intestin débouche, en même temps que le canal déférent armé de deux spicules, à l'extrémité postérieure, qui est dilatée. Les mâles sont moins nombreux que les femelles, il y en a, en général, deux fois moins, surtout dans les cas anciens; car leur existence est beaucoup plus courte”.
Les œufs sont en très grande quantité. On peut les reconnaître très facilement dans les matières fécales. Leur coque est claire, leur contenu brunâtre, leur forme ovale, leur longueur de 564 en moyenne. Au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, ils se segmentent, puis donnent issue à de petits embryons qui ne deviennent adultes que dans un milieu favorable, à une température qui ne dépasse pas 30 degrés. Ce fait explique comment l’ankylostome ne peut pas effectuer son complet développement dans le corps même de l'individu où l’œuf fécondé est mis en liberté; la température du corps humain l’entrave tout à fait. Mais cette larve peut vivre dans la vase pendant plusieurs mois. C’est probablement sous cette forme que l’ankylostome va pénétrer dans l’intestin de l’homme.
Étiologie. — C’est un des parasites les plus répandus à la surface du globe. On le trouve en Égypte (Griesinger), où sa fréquence est telle, d’après Bilharz?, qu’on ne peut faire une autopsie sans le rencontrer *, aux îles Comores, en Abyssinie. En Asie, il a été trouvé aux Indes # et au Japon. On l’a encore signalé dans l’Amérique du Nord, au Brésil et aux Antilles, au Pérou. Ainsi s'expliquent les dénominations multiples sous lesquelles est connu l’ensemble des
4. LEICHTENSTEIN, Zur Entwickelungsgesch. von Ankylost. duoden. (Centralbl. f. klin. Medic., 1886, Bd. VID).
2. BiLHARZ (Zeitschr. für wissenschaft. Zoolog., 1853, p. 53).
3. SANDWITI (Obs. on four hundred cases of anchylostomiasis, London, 1894) rapporte qu'en Égypte le nombre des conscrits réformés pour anémie due à l’ankylostome varie suivant les régions de 6 à 13 pour 100.
4. Dogson (Annual Sanit. Report for Assam for 1892), en examinant 547 coolies
indiens paraissant fort bien portants, a trouvé 454 fois l’ankylostome (cité par Sandwith). :
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symptômes qu’il détermine : chlorose tropicale, égyptienne, fièvre américaine, cachexie aqueuse, etc.
En Europe, l’ankylostome, d’abord découvert par Dubini à Milan, en 1838, a ensuite été retrouvé par Perroncito et Concato, parmi les ouvriers du Saint-Gothard où il produit l’anémie des mineurs, puis dans toute la haute Italie. On le rencontre également dans l’Allemagne du Nord, à Cologne et à Bonn, en Belgique, en Hongrie, à Schemnitz; en France, à Saint-Étienne, Valenciennes, Anzin et Commentry. :
Dans tous ces cas, le mode d'infection a pu être déterminé avec précision. Tantôt le parasite se propage d’une façon directe : les œufs et les embryons contenus dans les matières fécales répandues sur les champs de travail peuvent, au moment des repas, être portés à la bouche avec les aliments (tuiliers, briquetiers). La démonstration expérimentale de ce mode de contagion a été fournie par Leichtenstein*. Tantôt la propagation se fait par l'intermédiaire des eaux de boisson quand elles ne sont pas soustraites d’une façon rigoureuse à l’infection par les œufs contenus dans les excréments. En Egypte, l’habitude fort répandue parmi les fellahs de manger de la terre explique en partie pourquoi l'affection est si commune. Sa fréquence, parmi les agglomérations d’ouvriers employés aux mines, au percement des tunnels, tient à la contamination facile des eaux d’alimentation (eaux stagnantes) par les matières fécales. L'arrivée dans un pays indemne jusque-là d'ouvriers atteints d’ankylostomiase peut, au bout de très peu de temps, faire éclore la maladie.
Cette affection est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Dans les localités profondément infectées, elle peut également s’observer chez les enfants”.
Anatomie pathologique. — Les ankylostomes peuvent se trouver en grand nombre dans l'intestin. On en a observé plus de trois mille (Grassi). Généralement, leur nombre est en rapport avec la gravité des accidents qu'ils provoquent, et surtout avec la quantité d'œufs contenus dans les matières fécales ; il varie en movenne de cinquante à deux ou trois cents. Il est exceptionnel de rencontrer l’ankylostome dans le duodénum:; il siège, le plus souvent, à 1 ou
1. L’anémie des mineurs, d'abord attribuée à l’action sur l’économie des gaz délétères, signalée en Hongrie dès la fin du dix-huitième siècle, étudiée par Hallé à Anzin en 1808, n’a été rattachée à sa véritable cause, c’est-à-dire à la présence de l'ankylostome, qu’à la suite des travaux de Perroncito.
2. Leichtenstein a retrouvé, au bout de quatre à cinq semaines, des œufs d'ankylostome dans les selles d'individus auxquels on avait fait ingérer des embryons de ce parasile.
3. ERVANT ARSLAN, L'anémie des mineurs chez les enfants (Rev. mens. des mal. de l'enfance, déc. 1892).
2 mètres en aval du pylore, et il est toujours absent à la partie terminale de l'intestin grêle. Les vers sont fixés à la muqueuse par les crochets de leur extrémité céphalique, tandis que le corps baigne au milieu du contenu intestinal. Cette adhérence intime du parasite est telle qu’on le briserait plutôt que de lui faire lâcher prise; elle amène fréquemment l’ouverture de petits vaisseaux capillaires, et elle rend compte de l’anémie grave qui accompagne habituellement la présence de l’ankylostome!. Ce ver est le seul parasite de l’homme capable d’altérer d’une façon certaine une muqueuse intestinale jusque-là tout à fait saine. Les femelles paraissent causer une perte de sang bien plus considérable que les mâles.
À l’autopsie des sujets atteints d’ankylostomiase, on trouve des altérations de l'intestin caractérisées par les hémorrhagies punctiformes et des pertes de substance de la muqueuse. La cavité intestinale contient, soit du mucus sanguinolent, soit du sang pur. Les autres viscères présentent les lésions habituelles de l’anémie grave : pâleur extrême de tous les organes, dégénérescence graisseuse du myocarde, des reins et du foie. La rate est augmentée de volume dans plus du tiers des cas (Sandwith). La dégénérescence amyloïde du foie et des reins n’est pas exceptionnelle.
Symptomatologie. — Les signes de l’ankylostomiase sont ceux d’une anémie d'autant plus accentuée que les pertes de sang sont plus considérables. Les troubles digestifs, anorexie, plus rarement faim exagérée, tendance aux vomissements, diarrhée, marquent d'ordinaire en même temps que la perte progressive des forces la période d’invasion de la maladie qui peut durer deux ou trois mois.
A la période d’état, le symptôme le plus caractéristique est l’anémie, qui se traduit par la pâleur de la peau, la décoloration des muqueuses, surtout de la conjonctive, les battements de cœur, la tendance aux vertiges, aux bourdonnements d’oreille, aux syncopes. Le pouls est petit, dépressible, quelquefois rapide, surtout dans les dernières périodes; rarement il y a de la fièvre, sauf dans les cas graves. L’amaigrissement est très peu marqué, mais la perte des forces est au bout de fort peu de temps très accentuée.
Les urines sont claires, non albumineuses. L’aménorrhée est la règle.
Les modifications les plus importantes du sang consistent en une
1. D'après LussaNA (Contributo alla patogenesi dell anemia da ankylostomiasi, Riv. clin., 1889, n° 4), les symptômes graves consécutifs à la présence de l'ankylostome ne tiendraient pas à la perte de sang provoquée par les lésions intestinales. Ils reconnaïitraient pour cause une toxine sécrétée par les parasites. Cet auteur à pu, en effet, provoquer la diminution rapide du nombre des globules rouges et leur déco-
loration chez les animaux inoculés avec des urines d'individus atteints d’ankylostomiase.
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diminution du nombre des globules rouges, qui peut tomber à un million par millimètre cube, et de la teneur du sang en hémoglobine. Presque jamais il n’y a augmentation du nombre des leucocytes. I] arrive fréquemment que le sang retiré du doigt par piqûre soit pâle et Séreux.
Les troubles digestifs sont constants. L’anorexie est la règle. Dans quelques cas, au contraire, il y a de la boulimie et une perversion de l’appétit; la plus remarquable est la tendance presque irrésistible de certains malades à manger de la terre, surtout en Égypte ; d’où le nom de géophagie donné à cette affection‘. La constipation est parfois remplacée par de la diarrhée. Dans les selles, on retrouve les œufs de l’ankylostome en nombre considérable; le parasite luimême ne s’y rencontre que si l’on a administré préalablementun vermifuge. Par contre, l’anguillule intestinale, l’oxyure ou l’ascaris sont souvent retrouvés dans les garde-robes. On peut rarement y déceler quelques traces de sang.
La marche de l’ankylostomiase est fatalement progressive si l'on n'intervient pas. Elle peut évoluer, soit en quelques semaines, soit, ce qui est plus habituel, en plusieurs mois. On voit alors survenir l’atrophie du tissu musculaire, l’'émaciation, la bouffissure du. visage, l’albuminurie, une faiblesse extrême, puis la mort arrive dans le marasme. La guérison spontanée est exceptionnelle; elle est de règle si l’on intervient avant que les signes d’anémie soient très accentués.
Diagnostic. — Il est généralement très facile quand on voit se montrer d’une façon endémique des cas d’anémie à marche rapide, surtout s’ils apparaissent chez des ouvriers employés aux travaux de la terre (mineurs, terrassiers, briquetiers, etc.). Les cas isolés, sporadiques, pourraient être confondus avec la chlorose simple, la leucocythémie, la cachexie cancéreuse et surtout l’anémie pernicieuse progressive, qui présente avec l’ankylostomiase tant d’analogies, mais qui s’en distingue par les modifications des hématies, la présence d’hémorrhagies multiples et d’altérations rétiniennes. Mais c’est l'examen des selles qui, dans les cas suspects, lèvera tous les doutes; il y fera reconnaître les œufs d’ankylostome toujours très nombreux et en voie de segmentation. Les œufs d’oxyures s’en distinguent à leur forme spéciale et à l'embryon replié sur lui-même qu’ils renferment. à
Traitement. — Le traitement prophylactique a la plus grande
1. La géophagie peut donc (Sandwith) être à la fois cause et effet de l’ankylostomiase ; l’habitude très répanduc parmi les fellahs de manger de la terre est, ainsi que nous l’avons vu, une des principales causes de la chlorose égyptienne.
importance. Il consiste à distribuer dans les localités infectées une eau parfaitement pure, captée et transportée sans souillure possible. On devra veiller à ce que dans les agglomérations d’ouvriers (mines, briqueteries) les matières fécales soient toujours déposées dans des fosses étanches et à une assez grande distance des chantiers.
Les meilleurs remèdes à employer sont, soit l’extrait éthéré de fougères mâles à la dose de 8 à 10 grammes, soit le thymol prescrit par Bozzolo en 1880. Ces médicaments devront être administrés pendant deux ou trois jours de suite; durant tout ce temps, le malade devra rester plus couché.
Généralement, l’expulsion du parasite amène une guérison rapide, que lon hâtera encore par l’administration de fortifiants (ferrugineux, quinquina, etc.)?.
PIERRE BOoULLOCHE.
Définition. Historique.—0n désigne sous le nom d’occlusion intestinale l’ensemble des accidents qui résultent d’un obstacle apporté au cours des matières, à l’exception des cas où cet obstacle est dû à l'engagement de l'intestin dans un orifice de la paroi, naturel ou accidentel; par là se trouvent éliminées les hernies, qui appartiennent au domaine de la pathologie externe.
Les termes d'iléus, de volvulus, de passion iliaque, d’étranglement interne, sous lesquels on désigne encore cette affection, s’appliquent à des variétés un peu spéciales que nous aurons à décrire.
L’occlusion intestinale est connue depuis fort longtemps. Signalée par Hippocrate et Galien qui lattribuaient à l’inflammation des tuniques de l'intestin, puis par les médecins arabes, elle n’a été bien
1. Les doses plus fortes, prescrites par certains auteurs, peuvent être dangereuses. — M. LÉPINE rapporte (Sem. médic., 1891, p. 465) un cas dû à Eich, élève de Leichtenstein, d'intoxication mortelle, par 30 grammes d’extrait éthéré de fougères mâles.
2. Mentionnons encore parmi les parasites possibles de l'intestin de l’homme l’anguillule stercorale ou rhabdonema intestinale, étudié par Normand et Bavay en 1877. Un le trouve principalement ‘en Cochinchine dans les selles des sujets atteints de diarrhée. Il a été regardé à tort comme l'agent pathogène de la dysentérie. C’est un très petit ver ayant 2 millimètres de longueur en moyenne.
étudiée qu'à partir du dix-septième siècle. A cette époque, on commença à isoler quelques-unes des causes qui peuvent amener l'arrêt des matières. Dans ce siècle, c'est au mémoire si important de M. Besnier {, aux travaux de Trèves et de Leichtenstein, aux thèses de Rafinesque, de Henrot, de Thibierge et aux recherches bactériologiques récentes que l’histoire de l’occlusion intestinale doit d’être presque définitivement fixée.
Anatomie pathologique. Étiologie. — Quelle que soit la nature de l’obstacle qui a déterminé l’occlusion, on trouve toujours les anses intestinales situées en amont distendues par les gaz et obstruées par les matières intestinales ; les parois sont rouges et tuméfiées. La muqueuse est fortement congestionnée ; par places il y a des ulcérations plus ou moins profondes, pouvant quelquefois aboutir à la perforation de l'intestin au niveau d’une petite plaque de sphacèle. Au-dessous de l’obstacle, l'intestin est vide et affaissé.
La péritonite accompagne très fréquemment l’occlusion; tantôt elle existe sans perforation de l'intestin; les anses voisines de l’obstacle sont recouvertes de fausses membranes, rarement très épaisses et adhérentes entre elles ; tantôt elle est due à une perforation. Dans ce cas, elle est presque toujours généralisée à toute la cavité abdominale qui contient du pus, parfois très fétide, des corps étrangers, des calculs biliaires ou intestinaux, des matières fécales. Les fistules et abcès stercoraux sont souvent une conséquence de l’occlusion quand la perforation a été précédée d’un travail de péritonite adhésive.
Les reins et le foie sont rarement altérés à l'œil nu. Les poumons sont habituellement le siège d’une congestion des deux bases, parfois très accentuée. Souvent on observe des foyers de broncho-pneumonie disséminés ou agglomérés; on peut même retrouver jusque dans les petites bronches des débris alimentaires, des parcelles du contenu de l'intestin. Cette variété de pneumonie ne se rencontre que chez les sujets qui ont présenté des vomissements fécaloïdes : elle est d’ailleurs assez peu fréquente.
Les lésions de l'intestin sont très variables suivant les causes de l’occlusion. Celle-ci peut être congénitale ou acquise.
La première variété est exceptionnelle. Presque toujours il s’agit alors d’un vice de développement de l’anus ou du rectum, imperforation complète ou incomplète, abouchement dans la vessie ou dans le vagin. Plus rarement, il y a rétrécissement congénital de l'intestin; le côlon en est presque toujours le siège, au niveau de l'S iliaque; après lui viennent par ordre de fréquence le duodénum et la portion terminale de l'intestin grêle.