BESNIER, De l'étranglement interne, Paris
Les ocelusions non congénitales peuvent se diviser en trois grands groupes, suivant que l'obstacle siège en dehors de l’intestin, ou dans les tuniques, ou dans la lumière même du tube intestinal. L’occlusion est d'origine extrinsèque, pariétale ou cavitaire. Enfin, il y a des cas (pseudo-étranglements) où les signes d’occlusion existent sans qu’il y ait lésion matérielle de l'intestin.
A. OCCLUSION EXTRINSÈQUE. — La cause qui met obstacle au cours des matières agit soit sur une très petite surface de l'intestin, et d’une facon brusque, soit sur une étendue plus considérable, et d’une façon progressive; dans le premier cas, il y a étr anglement, dans le deuxième compression.
L’étranglement interne est après l’invagination la cause la plus fréquente d’occlusion. Au point de vue anatomique, comme au point de vue clinique, il présente la plus grande analogie avec l’étranglement herniaire. Une ansé intestinale, de longueur variable, s'engage! sous üne bride résistante au niveau de laquelle elle s’étrangle comme sur le:éollet du sac dans la hernie vulgaire; tantôt cette bride agit à la façon d’uné arcade, d’une sangle au-dessous de laquelle l'intestin est fortement serré; tantôt elle s’enroule autour de l'intestin en formant un ou plusieurs nœuds. L’étranglement s’observe beaucoup plus souvent sur l'intestin grêle que sur le gros intestin; Son siège de prédilection est la partie inférieure de l’iléon. M. Besnier divise les brides susceptibles d’étrangler l'intestin en brides solides et en brides creuses. Dans le premier groupe, il faut ranger le mésentère, tendu en forme de corde par les anses intestinales qui plongent dans le petit bassin, les franges épiploïiques adhérentes à la paroi et surtout les brides accidentelles. Ce sont des cordons fibreux résultant d’une péritonite ancienne, dont le diamètre habituel est de 2 à 5 millimètres. Leur longueur est des plus variables; courtes, elles adhèrent à deux points voisins de la paroi, ou bien à la paroi et à un des organes abdominaux, et forment un pont sous lequel l'intestin vient s’engager; longues, elles peuvent avoir plusieurs centimètres de longueur et s’enrouler une ou deux fois autour de l'intestin. Ces brides fibreuses sont plus fréquentes chez la femme à la suite des affections inflammatoires du petit bassin.
Parmi les brides creuses susceptibles d’étrangler l'intestin, citons l’'appendice vermiculaire !, les diverticules de l'intestin et accessoirement la trompe de Fallope, le pédicule d’un kyste ovarique. Les diverticules se rencontrent presque exclusivement sur l'intestin grêle, plus près de son extrémité inférieure que de son extrémité supé-
1. L'étranglement de l'intestin par l’appendice vermiculaire est une affection, de l’âge adulte, beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme.
rieure. Le plus fréquemment en cause est le diverticule de Meckel, vestige du canal vitellin, qui disparait ehez l'embryon vers le deuxième mois de la vie intra-utérine. Il persiste une fois sur cinquante !. Sa longueur est de 2 à 16 centimètres. Tantôt son extrémité est libre et s’enroule une ou plusieurs fois autour de l'intestin? (nœuds diverticulaires), tantôt elle adhère à l’ombilic, au cæcum ou même à l'intestin grêle.
Les hernies internes constituent une variété d’occlusion moins fréquente que l’étranglement par brides accidentelles; l'intestin s’étrangle dans une fissure du diaphragme, dans l’arrière-cavité des épiploons, dans l’espace rétro-péritonéal, principalement derrière le duodénum. Dans tous ces cas, il n’y a pas de tumeur appréciable à la vue; c’est ce qui distingue ces hernies internes des hernies vulgaires et d’autres plus rares, la hernie obturatrice, ischiatique, périnéale, rectale, lombaire (hernie de J.-L. Petit).
Les causes capables de déterminer la compression de l'intestin sont multiples. Toutes les tumeurs, tous les organes de la cavité abdominale ectopiés ou augmentés de volume peuvent aplatir l’intestin et oblitérer progressivement sa lumière. Citons le cancer, le fibrome, les vices de position de l'utérus, la grossesse extra-utérine, les kystes de l’ovaire, le rein mobile, les tumeurs du foie et de la rate, etc.
B. OccLusioN PARIÉTALE. — Elle comprend deux groupes bien distincts, les rétrécissements et les vices de position de l'intestin.
1° Rétrécissements. — Les ulcérations de la fièvre typhoïde, de l’entérite tuberculeuse, de la dysentérie peuvent en se cicatrisant donner lieu à des rétrécissements de l'intestin; les rétrécissements d’origine dysentérique siègent sur le gros intestin; ceux de la tuberculose et de la fièvre typhoïde sont presque toujours limités à la portion terminale de l’iléon. Dans les rétrécissements tuberculeux, la muqueuse est quelquefois intacte; il n’y a pas d’ulcération, mais production d’une ou plusieurs brides sous-muqueuses* contenant des amas de follicules tuberculeux. Dans toutes ces variétés, le spasme explique en grande partie les accidents d’occlusion, car à l’autopsie la lumière de l'intestin n’est presque jamais oblitérée d’une façon complète.
Les polypes, le cancer, la syphilis sont une cause très fréquente d’occlusion‘. Le cancer sera décrit dans un chapitre spécial; rappe-