‹ Manuel de médecineChapitre 127 sur 199 · DEBOVE (Soc. médic. des hôpit., 8 juin · texte numérisé non relu

DEBOVE (Soc. médic. des hôpit., 8 juin

Enfin, dans quelques cas rares, la diarrhée cède au médicament spécifique du processus dont elle n’est qu'une manière d’être. Ainsi la diarrhée pernicieuse palustre cède à la quinine ; la diarrhée syphilitique est justiciable du mercure. Les alcalins enrayent certaines diarrhées dyspeptiques, et la diarrhée entretenue par les vers intestinaux cesse par l’administration d’un vermifuge.

A. SALLARD.

PÉRITONITES AIGUËS

Définition. — La péritonite aiguë se caractérise au point de vue anatomique par l’inflammation aiguë du péritoine. Celle-ci est sous la dépendance d’un agent infectieux ou des poisons qu’il sécrète.

Les recherches récentes — expérimentales et cliniques — ont, en effet, démontré la nature microbienne de la plupart des péritonites. Elles ont permis de reconnaître que la péritonite spontanée n'existe pas.

Étiologie. — La péritonite aiguë est primitive ou secondaire.

Primitive, elle succède à un traumatisme abdominal (plaie du ventre, coup de pied de cheval), ou bien elle se montre dans le cours du rhumatisme (Andral en a rapporté un cas chez un homme de cinquante-sept ans; c'était une péritonite hémorrhagique), dans le cours d’un mal de Bright (Hilton Fagge), d’une fièvre intermittente tierce (Andral). Ce sont là des cas exceptionnels dont l’étiologie est douteuse.

Secondaire, la péritonite se développe à la suite de l’inflammation d’un des nombreux organes contenus dans l’abdomen. Plus le péritoine qui entoure cet organe est étendu, plus l’inflammation de la séreuse a chance de se produire.

Le tube digestif est le plus souvent le point de départ de la péritonite, mais les autres organes (vésicule biliaire, reins, vessie, etc.) peuvent aussi être la cause de l'infection du péritoine.

Nous compléterons l’étiologie des péritonites en étudiant plus loin la porte d’entrée des microbes.

Pathogénie. — L'action des microbes sur la séreuse périto-

PÉRITONITES AIGUËS 613

néale a été démontrée expérimentalement par Grawitz (1886), Paulowsky, Laruelle; mais les données expérimentales ne concordent pas absolument avec les résultats de la clinique.

Bien qu'il convienne de s’appuyer surtout sur ces derniers pour apprécier le rôle des microbes dans la genèse des péritonites, il est intéressant néanmoins de résumer en quelques lignes les plus importantes des recherches expérimentales.

Grawitz a démontré que, si l’on introduisait dans la cavité péritonéale normale des microbes non pyogènes, même à doses fortes, on ne provoquait aucune altération du péritoine. Les microbes ont une tendance à s’éliminer. Mais, lorsque le pouvoir de résorption du péritoine est aboli, ces mêmes microbes, quand ils sont capables de décomposer l’albumine, donnent lieu à une intoxication putride.

Les matières fécales stérilisées en suspension dans l’eau restent également sans effet.

Les microbes pyogènes eux-mêmes, streptocoques et staphylocoques, n’exercent le plus souvent une action sur le péritoine que lorsque celui-ci est irrité. [1 faut que le terrain soit préparé pour que la pullulation microbienne ait lieu. Cette modification dans l’état du péritoine, qui le rend apte à se laisser infecter, se manifeste dans certaines conditions, notamment quand la bile et les matières intestinales pénètrent dans la cavité péritonéale. Par elles-mêmes, bile et matières fécales ne produisent pas de péritonite, mais elles altèrent les cellules péritonéales et rendent ainsi possible le développement des microbes qui souvent ont pénétré en même temps qu’elles dans le péritoine (péritonites par perforation). Ce point a été nettement élucidé par Laruelle.

Un dernier fait, qu'il est encore intéressant de signaler avant d'aborder les recherches cliniques, a été mis en relief par Paulowsky. Cet expérimentateur a démontré que certains produits de sécrétion des microbes peuvent à eux seuls produire des péritonites purulentes. Cette action des toxines microbiennes se rapprocherait de celle de certaines substances chimiques, comme l’huile de croton, qui sont capables d’amener le développement d’une péritonite hémorrhagique. Parmi les produits microbiens, ceux du staphylocoque doré se sont montrés — dans le cours des expérimentations — plus particulièrement actifs. Ce fait, à vrai dire, concorde assez mal avec les données de la clinique. '

Ces dernières sont plus intéressantes à considérer, et c’est sur elles qu’il faut se fonder pour établir une classification des péritonites.

Les micro-organismes rencontrés le plus souvent à l’autopsie des sujets morts de péritonite sont le pneumocoque, le strepto-

coque, les staphylocoques, le bacteriuwm coli commune, les microbes de la putréfaction seuls ou associés aux précédents !.

1° Pneumocoques. — La péritonite à pneumocoques est une manifestation rare de l'infection pneumococcique. Cette conclusion, émise par M. Netter*, surprend, quand on songe qu’à la plupart des autopsies des pneumoniques on trouve des pneumocoques dans la cavité du péritoine.

Ce fait met en relief le rôle du terrain dont les recherches expérimentales de Grawitz et de Laruelle ont bien montré l’importance. Le preumocoque peut vivre et vit dans le péritoine sans le léser; mais, dès que la séreuse a subi quelques modifications, il se met à exercer une action nocive. M. Boulay n’a réussi à produire chez le cobaye une péritonite à pneumocoques qu’en injectant dans le péritoine, en même temps qu'une culture virulente, du sang et de la gélatine (ces substances avaient pour but de prolonger le contact des microbes et de la séreuse). Cependant on peut arriver, dans certains cas, à produire une péritonite chez la souris par une injection extra-péritonéale de pneumocoques*.

Bien qu’elle soit rare, la péritonite à pneumocoques a été rencontrée par certains auteurs. Des cas non douteux ont été rapportés par MM. Netter, Weichselbaum #, Courtois-Suffit et Boulay”, Sevestref, Nélaton?, Galliard$. Tout récemment, M. Veillon en a publié une observation à la Société de biologie.

2° Streptocoques. — Le streptocoque pyogène a été rencontré souvent à l’état de pureté dans le pus des péritonites aiguës, consécutives à l’infection puerpérale, à une opération, à une typhlite. à une pyo-salpingite.

3° Staphylocoques. — Les staphylocoques peuvent se trouver à l’état de pureté dans le pus de certaines péritonites aiguës, mais ils sont le plus souvent associés aux streptocoques ou aux bâcilles de la putréfaction.

4 Coli-bacille. — Le bacterium coli commune se rencontre fréquemment dans le pus des péritonites. Découvert par Escherich,

1. Pour de plus amples détails, consulter : ACHALME et COURTOIS-SUFFIT (Gazetle des hôpitaux, 8 nov. 1890); — BARBIER (Journal des praticiens, 5 avril 1893).

Page 1