LEUDET (Revue de médecine
souvent difficile à cause du tympanisme intestinal qui accompagne les maladies infectieuses; dans ces cas, la percussion doit être pratiquée en arrière de la ligne normale, la rate se trouvant refoulée par le météorisme; l’auscultation de l’organe n’a donné de résultat que dans les cas de fièvre intermittente et de typhus récurrent.
Si l’hypertrophie splénique accompagne la plupart des maladies infectieuses, il ne s’ensuit pas que toute infection de l’organisme s’accompagne nécessairement d'augmentation du volume de la rate.
Il existe d’abord un grand nombre d'infections bénignes locales. angine légère, blennorrhagie, chancre mou, etc., dans lesquelles la rate n’augmente pour ainsi dire jamais de BTE,
Dans un autre groupe, la rate ne semble pas modifiée tant que l'infection reste localisée, et la splénomégalie n’apparaît que lorsque l'infection est devenue générale ; elle devient l'indice de la septicémie; c’estainsi que dans la pneumonie, l’érysipèle, la rate ne semble véritablement hypertrophiée que dans les cas où le pneumocoque ou le streptocoque se sont généralisés.
Dans d’autres maladies, au contraire, la rate est toujours augmentée de volume, et la splénomégalie fait partie des symptômes de l'infection au même titre que la fièvre.
Dans la fièvre typhoïde, l'hypertrophie qui, d’après certains auteurs, pourrait exister dès le début de la maladie, apparaît d’ordinaire vers le milieu du premier septénaire, atteint son maximum vers la fin du deuxième, pour diminuer un peu dans la suite, de sorte que, dans le troisième septénaire, la rate, au lieu de présenter l’hypertrophie énorme du début, n’atteint même pas le double de son volume normal.
Dans le {yphus, d’après Murchison, la rate est hypertrophiée vers le cinquième jour; cette hypertrophie peut être intense, mais elle n’est pas aussi constante que dans la fièvre typhoïde; la rate a même son volume normal dans un certain nombre de cas, et Gueneau de Mussy et Bally tiraient de cette intégrité de la rate un signe important de diagnostic entre Le typhus et la fièvre typhoïde.
Dans la fièvre récurrente, la rate est extrêmement augmentée de volume, souvent de cinq à six fois; le gonflement, d’après Friedreich, précéderait le premier accès, diminuerait après lui, pour reparaître de nouveau avec le second.
Dans la fièvre intermittente, la rate augmente de volume dès le stade de froid et sa tuméfaction croît à mesure que l’on se rapproche du stade de chaleur; à ce moment, elle augmente encore pour diminuer au stade de sueurs; dans certains cas, le malade ressent une douleur plus ou moins vive dans l’hypochondre gauche,
une sensation de constriction ; on a signalé aussi, de même que dans le typhus récurrent, l’existence du souffle splénique.
L’hypertrophie de la rate est bien moins constante dans les autres maladies infectieuses ; dans la fièvre puerpérale, souvent signalée, elle manque dans un grand nombre d'observations; il en est de même dans les fièvres éruptives, où, même dans les formes graves, l’hypertrophie de la rate ne semble pas avoir toute l’importance qu’elle a dans la fièvre typhoïde.
Cette hypertrophie ferait défaut le plus souvent dans les formes hémorrhagiques des maladies infectieuses : variole, scarlatine, rougeole ; il en serait de même dans la fièvre typhoïde, à la suite d’hémorrhagies intestinales.
Enfin il existe un certain nombre de maladies franchement infectieuses ou toxiques, où la rate n'est pas hypertrophiée: dans la dysentérie, dans la grippe, d’après Kouskow, la rate est, en général, diminuée de volume; dans le choléra, elle est plutôt rétractée. Botkin, puis Stiller! ont étudié l’état de la rate chez les cholériques, ils ont vu qu’elle était rétractée pendant le stade algide, et cela même dans les cas foudroyants alors qu’il n’y a pas eu encore de déperdition aqueuse ; la rate, par contre, s’hypertrophie pendant le stade de réaction, hypertrophie coïncidant sans doute avec l'infection secondaire de l’organisme qui se produit à ce moment.
Chez trois typhiques atteints de choléra, lors de la dernière épidémie de Hambourg, au moment du stade algide, Ratjen vit la tumeur splénique disparaître.
L'importance de la splénomégalie dans la plupart des maladies infectieuses fait que la constatation de ce symptôme joue quelquefois un rôle dans le diagnostic de ces maladies ; l’hypertrophie précoce de la rate, dans les cas où l’on hésite entre un simple embarras gastrique et une fièvre typhoïde au début, fera songer à cette dernière affection; de même en présence d’une grosse rale dans le cours d’un ictère fébrile, on jréservera son pronostic, l’ictère catarrhal n'étant pas accompagné de modification du volume de la rate ; les ictères infectieux, surtout l’ictère à rechute et l’ictère grave, au contraire, présentant souvent, même dès le début, de la tuméfaction de l’organe. Dans la tuberculose des nouveau-nés, l’hypertrophie splénique est de règle et devient un élément de diagnostic entre cette maladie et d’autres infections : l'infection bronchique à streptocoques, par exemple, où la rate n’est pas modifiée; la persistance de la splénomégalie doit encore faire songer à la tuberculose, dans les cas de diagnostic difficile entre cette dernière maladie et la
1. STILLER, Rate dans le choléra (Berliner klin. Wochenschrift, 1893).
syphilis héréditaire ; car, si la rate est grosse après la naissance, dans ce dernier cas, elle revient à son volume normal au bout de quelques mois.
Chez l'adulte, d’après MM. Quinquaud et Nicolle!, les accidents secondaires de la syphilis s’accompagnent de tuméfaction de la rate, et cette constatation trancherait le diagnostic en faveur de la syphilis dans le cas où l’on hésite entre un chancre induré et un chancre mou.
Si, dans les maladies infectieuses, l'examen dela rate joue un certain rôle au point de vue du diagnostic, il peut aussi servir, dans certains cas, pour le pronosticde la gravité et de la durée de la maladie ; la tuméfaction de la rate indique toujours une atteinte profonde de l’organisme ; et l’on a prétendu que, tant que la rate restait grosse dans une maladie infectieuse, la guérison n’était pas certaine; on pourrait même prévoir jusqu’à un certain point par cette constatation les menaces de rechute de la fièvre typhoïde, d’après Friedreich; et l’on sait que, dans le paludisme, dès que la rate ne diminue plus dans l'intervalle des accès fébriles, c’est que la période de cachexie a débuté.