‹ Manuel de médecineChapitre 49 sur 199 · GASTRITES · texte numérisé non relu

GASTRITES

Il est peu de questions de pathologie dont l’histoire ait subi de plus grandes vicissitudes que celle de la gastrite. Ainsi nommée par Galien, l’inflammation de l’estomac fut regardée comme une affection plus ou moins fréquente par les divers auteurs. Déjà Fr. Hoffmann (1706) la tenait pour très commune. Mais c’est au commencement de ce siècle qu’elle atteignit avec Broussais l'apogée de sa grandeur et régna, on peut le dire, sur toute la pathologie médicale, puisqu'elle devint le point de départ de toutes les altérations gastriques et de toutes les maladies générales. Puis l’effondrement rapide et complet de la doctrine physiologique réduisit la gastrite à d’infimes proportions. Les anatomo-pathologistes n’eurent pas de peine à démonrer que les prétendues lésions inflammatoires n'étaient le plus souvent que des altérations cadavériques de l'estomac ; l’histoire clinique de la gastrite et de ses variétés s’éparpilla en quelque sorte dans les descriptions de l’embarras gastrique, de la gastralgie et des nombreuses classes des dyspepsies. Son nom même disparut presque entièrement de la pathologie et ne fut guère conservé que pour désigner les lésions produites par les poisons caustiques (gastrites toxiques). « C’est la maladie dont on a le plus parlé dans ce siècle, écrivait Grisolle, et dont l’histoire, pourtant, est des moins connues.»

Cependant certains auteurs, notamment en Allemagne, n’avaient point cessé d’accorder une place dans la nosologie au catarrhe, à la gastrite catarrhale, aiguë ou chronique, et de faire de cette lésion la base anatomique de l’embarras gastrique. Or voici que depuis quelques années une ère nouvelle semble s'ouvrir pour les gastrites, sous l'influence des données qu'ont fournies d’une part les procédés

d'exploration clinique de l’estomac, et d'autre part les théories de pathogénie générale qui mettent en pleine lumière le rôle des poisons résultant des infections et des intoxications endogènes. Par un de ces retours dont l’histoire de la médecine offre de si fréquents exemples, le domaine de la gastrite est en voie de s’agrandir aux dépens de celui des états morbides si nombreux et si confus qu’englobait le terme vague de dyspepsies.

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