GASTRITE CATARRHALE
Bien que la limite entre la gastrite aiguë catarrhale et l'embarras gastrique soit difficile à déterminer, il nous semble utile de faire, au point de vue didactique du moins, cette division quelque peu schématique. La gastrite aiguë catarrhale est une affection locale, une inflammation de l’estomac s'étendant ou non au petit intestin, mais dont il est souvent facile de trouver la cause dans une irritation ou un trouble de circulation de l’organe malade. L’embarras gastrique est beaucoup plus complexe : sous ce nom on désigne un nombre très grand d’affections ayant évidemment plusieurs points cliniques communs, mais reconnaissant des causes diverses et souvent mal connues.
Étiologie. — La gastrite aiguë simple est tantôt primitive, succédant à une irritation soit directe, soit indirecte de l’estomac, tantôt secondaire, survenant comme épisode au cours d’une maladie déjà ancienne et dont elle dépend pour une large part.
L’indigestion est la cause la plus commune de la gastrite primitive, si elle n’en est pas le premier effet : cette restriction parait justifiée par ce fait que le syndrome «indigestion » ne succède pas uniquement à un repas trop copieux, mais peut se produire à la suite d’un repas normal en quantité ou en qualité, mais à la suite duquel le travail de la digestion a été troublé.
Quoi qu’il en soit, un repas trop abondant, et mieux encore une série de festins copieux sont des causes fréquentes de gastrite aiguë. La privation de nourriture arrive presque au même résultat ; et bien que cliniquement il y ait des différences entre la gastrite « par excès » et la gastrite € par privation », il n’en existe pas moins dans
les divers cas une inflammation aiguë de l’estomac qui mérite le nom de gastrite.
La qualité des aliments joue un grand rôle dans l’étiologie de cette affection : les aliments grossiers ou mal préparés, ou avariés, l’abus des mets épicés sont des causes de gastrite aiguë agissant, il est vrai, moins brusquement que l’indigestion. L’ingestion de mets trop chauds semble être une des causes de la gastrite des cuisinières ; on connaît d'autre part l’action, quelquefois subite, d’une boisson trop froide.
L'ingestion d’une trop grande quantité de bière ou de boissons alcooliques laisse, au réveil de l'ivresse, un état catarrhal des voies digestives souvent de courte durée, mais qui peut aller aussi jusqu’à la gastrile ou à la gastro-entérite la plus intense.
Bien des médicaments, à des doses non toxiques, peuvent produire la gastrite : tels l’arsenic, l’iode, les iodures pris en dehors des repas, les bromures en solutions insuffisamment diluées ; tels souvent les purgatifs drastiques destinés à remédier à un état catarrhal léger et qui déterminent une gastrite sérieuse.
On a incriminé aussi le tabac : il semble qu’il faille attribuer à l’intoxication plus qu’à la gastrite l’effet de la première pipe; dans tous les autres cas, plusieurs causes entrent généralement en jeu, et il faut, en même temps et plus que le tabac, incriminer les excès de boissons ou la veille prolongée.
Cette gastrite des veilles, des excès vénériens, des fatigues intellectuelles à laquelle Broussais attachait une si grande importance, n’est peut-être d’ailleurs qu’une crise de gastroxynsis ou de forme aiguë de la maladie de Reichmann : il peut y avoir des troubles sensitifs et sécrétoires sans lésions inflammatoires de la muqueuse.
L'action de la trop grande chaleur est plus difficile à expliquer, mais elle a été maintes fois constatée.
Les viandes avariées, les substances toxiques produisent tantôt la gastrite seule, tantôt la gastrite associée à l’intoxication générale : cette dernière ne nous intéresse qu’indirectement. Il en est de même des accidents généraux dus à la résorption des produits de fermentation stomacale, mais ces produits déterminent ordinairement des crises de gastrite aiguë.
La gastrite secondaire s’observe dans la plupart des maladies de l'estomac : l’ulcère, la dilatation, dans les maladies du foie, du cœur et du poumon.
Anatomie pathologique. — La gastrite aiguë catarrhale se termine rarement par la mort, aussi l’anatomie pathologique en est-elle mal connue : le peu que l’on en sait repose sur quelques rares autopsies, faites dans des conditions telles que la digestion post
mortem n'était pas trop avancée, sur l’examen de l’estomac atteint de catarrhe au cours des maladies aiguës (Chauffard, Cornil), sur les expérimentations de MM. Straus et Blocq; et enfin sur les recherches faites par de Beaumont sur son fameux Canadien.
La muqueuse est le siège d’une rougeur foncée ou rose amarante, tantôt diffuse, tantôt disposée sous forme de taches, au pylore surtout, ou encore formant un lacis aréolaire et allant quelquefois jusqu’à l’ecchymose : par son siège et son aspect, cette rougeur diffère de la rougeur cadavérique, plus sombre et localisée aux parties déclives. Toute la surface de l’estomac est recouverte d’une couche épaisse de mucus, et de Beaumont dit qu’il a vu quelquefois se former au voisinage du pylore des vésicules analogues aux vésicules d’herpès. Il n’est pas prouvé qu’il puisse y avoir des ulcérations.
L’estomac est ordinairement rétracté dans la gastrite primitive, et il n’existe dans la science que cinq cas de dilatation aiguë succédant à l'embarras gastrique : trois de ces cas se sont terminés par la mort (Hilton Fagge, Frænkel), deux par la guérison (Boas, Frænkel®).
La muqueuse est gonflée, ramollie. Les lésions microscopiques peuvent se résumer ainsi : gonflement de l’épithélium muqueux, infiltration du tissu interstitiel par de la lymphe, quelques globules rouges et beaucoup de globules blancs.
L’épithéliumde la surface est ou gonflé, ou détaché par places et mélangé au mucus; celui des canaux excréteurs des glandes est aussi gonflé ; les culs-de-sac glandulaires sont rarement dilatés, mais leurs cellules principales et leurs cellules de revêtement sont fort difficiles à distinguer les unes des autres ; elles sont toutes gonflées et granuleuses, et se rapprochent d’un type commun, le type indifférent.
Le tissu interstitiel, dont les capillaires sont gorgés de globules rouges, est quelquefois le siège de petites hémorrhagies ; il est gonflé par une infiltration de sérosité et de nombreux globules blanes. Dans les expériences de MM. Straus et Blocq * sur des lapins, les globules blancs étaient nombreux, surtout dans le tissu sous-épithélial ; dans les observations de M. Chauffard*, prises au cours de maladies aiguës, l’infiltration était marquée surtout à la portion sous-glandulaire.
La physiologie pathologique peut se résumer en ceci : sécrétion exagérée du mucus, diminution ou suppression de la sécrétion chlorhydro-peptique. Si par la sonde on retire le contenu gastrique
. Soc. de méd. de Berlin, 1894.
. Arch. de physiol., 1887.
. Thèse de Paris, 1882,