‹ Manuel de médecineChapitre 67 sur 199 · ULCÈRE DU DUODÉNUM · texte numérisé non relu

ULCÈRE DU DUODÉNUM

L’ulcère du duodénum“, connu depuisles travaux de Klinger (1861), de Trier (1863), de Bucquoy (1887)°, siège presque toujours dans la portion pylorique de cette partie de l'intestin, généralement audessous du pylore et rarement à plus de 2 à 5 centimètres de lui. Contrairement à l’ulcère de l’estomac qui, dans presque la moitié des cas se trouve sur la face postérieure, l’ulcère duodénal se rencontre sur la face antérieure dans les trois quarts des cas. À cela près du siège différent, l’aspect de la lésion est le même que celui de l’ulcère simple de l’estomac.

Il en est de même de l’étiologie et de la pathogénie; ce sont, dans l’un et l’autre cas, les mêmes incertitudes, les mêmes hypothèses, la même obseurité.

Seuls, les symptômes ont quelques caractères spéciaux qu’il est indispensable de connaître.

La douleur a une intensité variable; tantôt, c’est une simple gêne dans l’hypochondre droit, ou bien une douleur contusive; elle peut être extrêmement aiguë. Elle procède par crises, par paroxysmes

1. Consulter DEBOVE et J. RENAULT, Ulcère de l'estomac (Biblioth. méd. Charcot- Debove), p. 227. ù 2. Arch. génér. de inédecine, 1887.

provoqués par l’ingestion alimentaire et survenant trois ou quatre heures après les repas.

Elle siège entre le rebord des fausses côtes et l’ombilic, vers le bord externe du muscle droit au-dessous de la face inférieure du foie, en un point qui correspond à la première partie du duodénum (Bucquoy). On ne rencontre pas les points xiphoïdien, lombaire, dorsal.

Les vomissements sont plus rares que dans l’ulcère gastrique; ils sont alimentaires, ou clairs et filants, si à la lésion intestinale s’est surajoutée la dyspepsie gastrique.

L'hémorrhagie n’est pas constante et passe souvent inaperçue, si l’on ne prend pas le soin d'examiner les selles. C’est en effet sous forme de mélæna que l’entérorrhagie se manifeste ; trois heures après le repas, au milieu d’un malaise qu'il croit être une indigestion, le malade est pris de violentes coliques, d’un besoin impérieux d'aller à la garde-robe, et rend par l’anus une quantité quelquefois très grande de sang plus ou moins altéré, dont la couleur et l’odeur varient avec la durée de son séjour dans l'intestin.

D’autres fois l’hémorrhagie est beaucoup plus faible; elle ne se

manifeste que par quelques selles noirâtres: enfin, parfois, au mélæna s'ajoute l’hématémèse.

Les troubles digestifs sont peu marqués; l’appétit est presque toujours conservé; l’ictère a été noté par quelques auteurs, mais il résulte d’une complication, d’une adhérence, d’une ulcération de la vésicule biliaire ou encore du siège de l’ulcère dans la deuxième portion du duodénum au niveau de l’embouchure du cholédoque.

La guérison est fort rare; la terminaison la plus fréquente est la perforation, due à la mobilité, à la projection facile en avant de la première portion du duodénum, siège ordinaire de la lésion; la perforation conduit à la péritonite aiguë généralisée.

L’ulcère duodénal est une cause très fréquente d’abcès sousphrénique; il peut encore s’ouvrir dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal et y produire un abcès fusant jusque le long des vaisseaux du cou (Forster).

Parmi les complications les plus importantes, citons encore la dilatation de l'estomac consécutive au rétrécissement du duodénum par cicatrisation de l’ulcère.

M. CourTois-SuFFIT.

Étiologie. — De tous les cancers primitifs, celui de l’estomac est un des plus fréquents. Lebert le met au premier rang; il n’occupe que le second dans la statistique d’'Eisenhart?. Pour Brinton, il représente un tiers de tous les cancers primitifs.

Le cancer secondaire est par contre, à l'estomac, extrêmementrare. En 1890, de Castro a réuni dans sa thèse les vingt-cinq cas connus à cette époque. La localisation première occupait presque toujours les voies digestives supérieures, la bouche, le pharvnx, l’æœsophage, et le cancer était un épithélioma pavimenteux. Le néoplasme gastrique reproduit le type anatomique d’où il procède; dans ces conditions seulement un néoplasme à cellules pavimenteuses peut exister dans l’estomac. D’après de Castro, le siège de prédilection de la localisation gastrique secondaire est au voisinage du cardia et elle se développe dans le tissu cellulaire sous-muqueux.

Il n’y a rien de plus à dire du cancer gastrique secondaire ; la description qui suit s’appliquera exclusivement aux néoplasmes gastriques primitifs.

Les conditions étiologiques qui engendrent le cancer de l’estomac sont mal connues. L'influence du sexe est nulle ou peu marquée; l’âge au contraire paraît jouer un rôle prédisposant considérable; le maximum de fréquence est entre cinquante et soixante ans; à titre d’extrême rareté, il faut citer quelques exemples de cancer observés dans la jeunesse et même dans l'enfance *. .

La condition sociale, le genre de vie, les professions n’ont aucune influence appréciable.

La distribution géographique est irrégulière, le cancer est rare dans les pays chauds et sous les tropiques; en Europe, il paraît plus fréquent en Suisse qu’en Allemagne et en Autriche. En France, il est irrégulièrement disséminé; on incrimine comme cause possible de

1. Voir pour de plus amples détails les traités récents des maladies de l'estomac, de DEBOVE et RÉMOND, de BOUVERET.

Page 1