‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 1 sur 307 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Vérité dans la science, moralité dans l'art. (Société de chirurgie de Paris).

Il n'est pas dans les usages de mettre une préface en tête d'un second volume. Si je contreviens aux habitudes reçues, c'est que j'y suis amené par la nécessité de ne pas répéter, à propos des nombreuses opérations dont ce volume renferme la description et l'appréciation, les considérations générales sur lesquelles je m'appuie pour repousser l'usage de quelques-unes d'entre elles et pour critiquer, quelquefois sévèrement, l'abus qu'on me paraît faire d'un certain nombre.

Dans la très longue introduction placée en tête de cet ouvrage, je me suis expliqué sur les causes qui ont amené une diminution considérable de la mortalité hospitalière et, comme conséquence, après les opérations faites, dans la clientèle civile, par des chirurgiens qui transmettaient à leurs opérés de la ville les germes contages, les germes infectieux puisés par eux à l'hôpital. La libre dissémination de ces germes créait ce que, depuis Hippocrate, on regardait comme des épidémies; j'ai montré, le premier dès 1865, que ces soi-disant épidémies n'existaient pas et n'étaient que de la contagion.

Pendant cette même période, c'est-à-dire depuis la publication de ma huitième édition, une autre révolution s'est faite dans la pratique des opérations. Leur cadre s'est étendu, de nombreuses

ir OPÉRATIONS SPÉCIALES.

opérations nouvelles, comprises pour la plupart dans ce que l'on appelle la chirurgie abdominale, ont été imaginées; d'autres, qui jusque-là n'avaient été pratiquées qu'à titre exceptionnel sont entrées dans le cadre ordinaire de la chirurgie. On a réséqué l'estomac cancéreux, extirpé la rate et le rein, enlevé les tumeurs de la vessie, pratiqué l'ablation de l'ulérus et des trompes, on a castré un grand nombre de femmes en leur enlevant les ovaires même lorsqu'ils étaient sains, ouvert l'articulation du genou pour suturer les fragments d'une simple fracture de la rotule, ouvert le ventre pour fixer à la paroi abdominale l'utérus prolabé et même à titre de simple moyen de diagnostic, etc.

Je ne suis pas, on doit le savoir et je l'ai suffisamment montré, ennemi des innovations chirurgicales et des opérations réputées difficiles ou dangereuses, quand elles me paraissent constituer un progrès. J'ai introduit en France, en 1859, par mes publications et mes opérations, la pratique des résections articulaires du genou et de la hanche; j'ai pratiqué, un des premiers, en 1870, la laparotomie de préférence à Tentérotomie dans l'étranglement interne; j'ai, par mon mémoire de 1867 et aussi par mon exemple, remis enhonneur enFrancel'opération du trépan, si bien repoussée par tous, que de 1856 à 1866 les recueils scientifiques français n'en rapportent que trois observations. J'ai fait le premier en P'rance l'ablation du rein; j'ai pratiqué à peu près toutes les opérations actuellement entrées dans la pratique : thyroïdectomie, hystérectomie vaginale, gastrostomie, ablation par la voie abdominale des tumeurs fibreuses utérines, de sarcomes ovariques, de kystes hydatiques du foie, les opérations d'Estlander, d'Alexander, d'Emmet, etc. ; cependant, s'il est peu d'opérations que je repousse d'une manière absolue, comme la résection de l'estomac cancéreux, il en est beaucoup, même de celles que j'ai pratiquées, dont je condamne hautement l'abus qui en est fait actuellement, et c'est pour m'expliquer nettement sur ce point, pour ne pas être obligé de me répéter à propos de chacune d'elles, que je place en tête de ce volume le résumé des considérations sur lesquelles est basée mon appréciation générale des opérations qui y sont décrites.

Ce qui frappe, lorsqu'on étudie la marche actuelle de la chirurgie, c'est de voir quelques chirurgiens, d'une notoriété acquise.

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