II. — Kystes du corps tbyroïde
Le goitre est quelquefois constitué par un kyste assez souvent unique et à une seule poche, quelquefois par la réunion de kystes assez nombreux. Ce kyste renferme un liquide clair ou trouble, quelquefois brunâtre, quelquefois même du sang liquide ; et, dans certains cas, lorsque le kyste a été ouvert ou ponctionné on voit sortir, après l'enlèvement du liquide qu'il renfermait, d'abord de la sérosité sanguinolente, puis du sang pur.
La ponction simple employée le plus souvent à titre palliatif a donné quelquefois des guérisons: Lannelongue (de Bordeaux), OUier, Gosselin en ont observé des exemples.
Les injections irritantes ont été assez souvent employées. Maunoir (de Genève) employait le vin comme dans l'hydrocèle ; Velpeau a préconisé la teinture d'iode, Gosselin conseille l'emploi du trocart de trousse à hydrocèle et non de l'aiguille aspiratrice, pour que les grumeaux qui se forment dans la poche puissent facilement sortir. La teinture d'iode doit être employée au tiers, et même au cinquième. Th. Anger a employé le chlorure de zinc. Morell Mackensie emploie le perchlorure de fer en solution de 4 à 8 pour 100. Il laisse la canule en place pour amener la suppuration et sa sortie facile parla canule. Sur cinquante-neuf cas il aurait eu cinquante-huit guérisons et un cas de mort, par entrée de l'air dans les veines.
La cautérisation des parois a été faite par le séton caustique, chargé de chlorure de zinc; ou en cautérisant la peau et le kysie par des applications réitérées de chlorure de zinc à la surface de de la tumeur ainsi que l'a fait Bonnet. Gaillet place un morceau de caustique dans l'intérieur delà poche. Desgranges cautérise la paroi avec des tampons de charpie imbibés de perchlorure de fer.
L'incision peut se faire au bistouri ou au galvano-cautère et peut se combiner avec la cautérisation.
U excision d'une partie plus ou moins considérable de la poche a été employée par Billroth, Beck (de Fribourg), Fleury (de Clermont) et Tillaux.
Appréciation. — La thyroïdectomie totale n'a pas sa raison d'être dans le goitre kystique, l'excision de la poche pouvant suffire. Toutefois cette opération entraîne avec elle de fréquents accidents, tels qu'hémorrhagies (4 cas sur 7, Fleury), des accidents septicémiques (1 cas sur 3, Beck), des suppurations profondes. Le drainage employé par Ollier, Hecker, après cautérisation du kyste en deux points opposés, a été également suivi d'accidents ; nous pouvons en dire autant de la cautérisation.
Bonnet a attaqué dans trois cas toute la surface interne du kyste avec la pâte au chlorure de zinc; deux de ses opérés ont été guéris ; un autre était sur le point de l'être quand survinrent des hémorrhagies successives qui l'emportèrent en dix jours, et l'autopsie montra qu'elles provenaient de l'artère thyroïdienne supérieure.
11 ne faut intervenir qu'avec une grande prudence quand il s'agit de goitres kystiques n'exigeant pas absolument une intervention chirurgicale, c'est-à-dire n'occasionnant qu'une difformité. Il faut, autant qu'on le peut, se borner quand le kyste est volumineux aux simples ponctions évacuatrices. Je ne saurais partager l'avis de beaucoup de chirurgiens, quant à l'innocuité des injections iodées. Les parois d'un kyste du corps thyroïde, parois qui exhalent si facilement du sang, ne ressemblent en aucune façon à la paroi d'un kyste ordinaire. Une vive inflammation, de la suppuration, des accidents mortels peuvent être et ont été la conséquence d'une injection d'iode dans un goitre kystique.