DU GOITRE PLONGEANT
Procédé de Bonnet. — Une tumeur du volume d'un petit œuf de poule plongeait sous le sternum. On l'attira au-dessus avec les doigts; puis on passa à travers, de bas en haut et d'avant en arrière, quatre fortes épingles, dont les têtes appuyaient sur le bord supérieur du sternum, et on l'attaqua successivement avec la pâte de Vienne et la pâte de zinc. Une première cautérisation produisit des eschares dont la chute entraîna les épingles, mais détermina des adhérences de la tumeur dans sa nouvelle position.
Depuis, Bonnet a proposé de substituer aux épingles des aiguilles courbes qui doivent traverser la tumeur près de sa face postérieure. La tumeur ainsi arrêtée au-dessus du sternum, en plaçant à sa base et en arriére des aiguilles une ligature fortement serrée, on la fait sailliî* en avant, où on l'attaque par les caustiques avec la plus grande facilité. Desgranges a mis plusieurs fois ces aiguilles en usage avec un plein succès.
Mais lorsque la tumeur est latérale et plonge sous la clavicule, les aiguilles même ne suffisent pas pour la relever autant qu'on le désire. Bonnet a fixé une aiguille légèrement courbe sur un long manche, ce qu'il appelait sa fourchette. L'aiguille est implantée dans la tumeur, de bas en haut et d'avant en arrière; on ramène alors le manche de l'instrument contre la poitrine, de manière à faire basculer la tumeur en haut et en avant ; et de plus on place vers le haut du sternum un petit coussin, sur lequel l'instrument basculera avec plus d'avantage. On applique alors les caustiques.
Il va sans dire qu'après la première cautérisation destinée à produire des adhérences, on peut en pratiquer d'autres qui auront pour objet la destruction plus ou moins complète de la tumeur.
Bonnet sur neuf cas aurait obtenu huit guérisons.
Terrillon a répété avec succès cette opération. Ollier ne cherche pas à soulever la tumeur, mais à la tenir fixée dans sa position par des cautérisations faites à la partie supérieure afin de déterminer en ce point des adhérences avec la peau. Ce moyen me paraît moins efficace que le procédé de Bonnet.
Lorsque le goitre par son volume et son développement gêne notablement la respiration on a cherché à lui permettre de se développer vers l'extérieur en sectionnant les muscles et les aponévroses du cou. Bonnet, Liston, Billroth, Gosselin suivant l'exemple de Dupuytren ont sectionné le sterno-mastoïdien ou ,
les muscles sous-hyoïdiens. Gross a proposé le débridemeiit des aponévroses du cou. Ces opérations s'appliquent peu au goitre plongeant et même sont peu utiles dans les goitres hypertrophiques accompagnés de dyspnée. Cette complication tient au goitre lui-même et non à la compression qu'il exerce par l'action des muscles environnants.
Il est des cas oîi ii faut intervenir d'urgence par la trachéotomie. On peut sectionner l'isthme entre deux ligatures (Rose) ou par l'écraseur, mais le danger et la diffîcullé de l'opération, les déviations si fréquentes de la trachée dans cette circonstance, doivent engager à agir au-dessus du goitre en faisant la laryngotomie inter-crico-thyroïdienne comme l'a conseillé et pratiqué deux fois Krishaber.