‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 140 sur 307 · I. — Plaies pénétrantes sans sortie des viscères · texte numérisé non relu

I. — Plaies pénétrantes sans sortie des viscères

Les plaies pénétrantes sont assez souvent compliquées de blessure de l'intestin ou d'un viscère abdominal; mais ce serait une erreur de croire que cette complication est constante. Les observations nombreuses de plaies pénétrantes non suivies d'accidents graves ne laissent pas de doute à cet égard ; et les expériences faites par plusieurs observateurs, en particulier par Henko, expériences qui ont été faites sur le cadavre humain, ont montré que l'intestin peut échapper à toute blessure. Les expériences ont été faites avec une épée triangulaire de 16 millimètres de large, il y eut 95 expériences qui se résument ainsi :

Expériences. Intestin non

biessé.

De riiypocondre à l'épigastre 20 9 fois.

Des lombes à l'épigastre 30 6 —

Des lombes à l'ombilic 30 4 —

D'un hypocondre à l'autre 5 1 —

De la région iliaque à la partie moyenne

du ventre 10 0 —

Ainsi sur ces 95 expériences, 20 fois l'intestin n'avait pas été blessé et sur les 75 fois oîi il avait été blessé, il avait présenté 23 fois une seule plaie; 32 fois deux plaies; 16 fois trois plaies; 3 fois quatre plaies; 1 fois cinq plaies.

Trélat a soutenu que toute plaie du petit intestin est mortelle ; c'est une erreur manifeste, les observations de guérison, sans être fréquentes, ne sont pas absolument rares, et moi-même j'ai vu guérir deux malades dont l'intestin avait été biessé l'un par une balle, l'autre par un coup de couteau.

La conduite du chirurgien variera suivant les circonstances qui ont accompagné ou suivi la blessure. Si la sortie de matières intestinales par la plaie ne laisse pas de doute sur la blessure de l'intestin, il n'y a aucune hésitation permise et la laparotomie s'impose.

S'il y a doute, il faut attendre l'apparition des symptômes ordinaires d'une péritonite au début : abaissement de la tempe-

PLAIKS COMPLIQUÉES D'ISSUE DE L'ÉPIPLOON. 349

rature, petitesse et fréqueuce du pouls, douleurs, ballonnement du ventre, avant de pratiquer l'ouverlure de rabdomeii ; mais il faut diminuer les mouvements de l'intestin et l'irritabililé des nerfs du grand sympalbique, en dormant l'opium à haute dose et soumettre le blessé à une diète sévère, même à celle des boissons, jusqu'à ce que des adhérences solides donnent toute sécurité contre les épanchements à l'intéiieur de l'abdomen.

Quand la plaie est compliquée de la présence probable ou certaine d'un corps étranger, comme une balle, il faut aussi attendre l'apparition d'accidents qui sont loin de se montrer toujours; mais, ici encore, en cas d'apparition d'accidents on n'hésitera pas à faire la laparotomie.

En résumé c'est à ce point de vue que la conduite du chirurgien, dans les plaies de l'abdomen, s'est modifiée dans ces quinze dernières années: dans tous les cas de doute, l'action par la laparotomie doit se substituer à l'abstention de toute opération.

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