PLAIES INTESTINALES ÉTENDUES
Autrefois aussi on pratiquait la suture des intestins sans se soucier des parties qu'on afironlait; dans les sutures à anse et à points passés, on n'alfrontait même que la muqueuse, absolument impropre à la réunion immédiate. Jobert a formulé le premier le précepte important d'adosser les surfaces séreuses. Moreau-Boutard avait immaginé d'exciser la muqueuse dans toute l'étendue de la plaie, afin d'affronter des surfaces saignantes : cela n'offre aucun avantage sur l'adossement des séreuses et expose au contraire au rétrécissement du calibre de l'intestin.
Nous n'avons donc à décrire ici que deux sutures, la suture entrecoupée, que l'on peut faire fixe ou perdue à volonté, et la suture en piqué, qui est essentiellement une suture perdue.
Dans tous les cas, on se sert d'aiguilles à coudre ordinaires et de fil de soie.
1° Suture entrecoupée ; procédé de Jobert. — Les bords de la plaie intestinale lavés avec de l'eau tiède, on les renverse en dedans avec l'aiguille, et l'on passe les fils transversalement d'un bord à l'autre, ayant soin qu'ils soient assez rapprochés pour que la muqueuse ne fasse pas hernie dans leurs intervalles, et que les séreuses seules soient en contact immédiat. On noue ensuite chaque fil à part, et l'on coupe les fils au ras des nœuds, ou bien on en ramène les extrémités au dehors.
Procédé de Lembert. — On enfonce l'aiguille à 9 ou 10 millimètres de la solution de continuité, en pénétrant jusqu'à la muqueuse; puis on la replonge de dedans en dehors de manièi'e à ressortir à peu près à 2 millimètres du bord de la plaie. On la dirige de même sur l'autre bord, seulement en pénétrant cette fois à 2 millimètres de la plaie pour ressortir à 7 ou 8 millimètres plus loin. Après avoir ainsi préparé autant de points de suture qu'on le juge nécessaire, on n'a qu'à tirer sur les deux bouts de chaque fil pour rapprocher les bords de la plaie, que l'on force à se renverser en dedans pour mettre leurs séreuses en contact; et, après avoir serré les deux nœuds, on coupe les fils au ras, et on repousse Tinlestin dans l'abdomen {(\g. 578}.
2" Suture en piqué : procédé de Gélij. — Un fil étant armé à chaque bout d'une aiguille ronde ordinaire, on enfonce l'une de ces aiguilles parallèlement à la plaie, en dehors et en arrière de Pun de ses angles, à une distance de 4 à5 millimètres, pour la faire ressortir en traversant l'intestin de dedans en dehors, après un trajet de 4 à 5 millimètres. L'autre aiguille est ensuite employée
à exécuter la même manœuvre sur la lèvre opposée. Les fils sont alors croisés ; l'aiguille de gauche passe à droite, et réciproquement. Chacune d'elles sert ensuite à faire un nouveau point entiè-
FiG. 578.
Procédé de Lembert.
rement semblable au premier, avec la précaution de piquer tout d'abord dans le trou de sortie du fil qui vient d'être porté au côté opposé; et cette manœuvre est répétée autant de fois qu'il est nécessaire pour garnir toute l'étendue de la plaie. Gela fait, il reste,
FiG. 579.
Procédé de Gély.
avant de nouer les fils, à serrer convenablement chaque point. On prend donc successivement chaque échelon transversal, et même chacun des deux fils qui le composent, avec une pince à disséquer, et l'on exerce dessus une traction convenable, tout en déprimant les lèvres de la plaie. Elles s'adossent ainsi par leurs faces