‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 183 sur 307 · DES HÉMORRHOÏDES · texte numérisé non relu

DES HÉMORRHOÏDES

plus ou moins profonds, il passait une anse de fil dans chaque portion ponr éviter que la douleur de la première incision ne fît rétracter l'anus et rentrer les autres tumeurs.

2° La ligature. — Elle s'applique à la manière ordinaire, soit avec un seul fil si la tumeur est petite et pédiculée; soit en la traversant avec une ou plusieurs aiguilles armées de fils doubles^ et étreignant chaque portion à part.

3® Écrasement linéaire. Procédé de Chassaignac. — Lorsqu'il n'y a qu'une tumeur facile à pédiculiser, on l'embrasse à la base avec une anse de fil qu'on serre fortement, comme pour la ligature ordinaire ; et sur ce pédicule on applique Técraseur, qu'on fait agir lentement, en avançant d'un cran loutes les demi-minutes, de manière à opérer la section en sept à dix minutes. Si la tumeur est plus étendue, on la traverse avec des aiguilles pour y placer autant de ligatures qu'il est nécessaire. Enfin, pour les tumeurs internes qui occupent toute la circonférence du rectum, Chassaignac les accrochait à l'aide d'une érigne spéciale à six branches, qu'on introduit fermées et qu'un mécanisme facile fait écarter dans l'intérieur du rectum. Toute la tumeur est ainsi saisie, attirée au dehors, embrassée par une anse de fil à sa base; et sur ce pédicule improvisé on fait agir l'écraseur à l'ordinaire. On est ainsi à peu près certain d'éviter l'hémorrhagie .

4" Cautère actuel. Procédé de Ph. Boyer. — On fait pousser le malade jusqu'à ce que les tumeurs apparaissent au dehors; on les saisit alors avec des pinces, et l'on passe à travers chaque moitié du bourrelet des fils de laiton aiguisés à leur extrémité comme des épingles. On plonge alors au centre du bourrelet un cautère en roseau ou en olive, chauffé au rouge-blanc, à 2, 3, ou même 4 centimètres de profondeur, et l'on recommence autant de de fois qu'on le juge nécessaire.

Procédé de Richet. — On passe à la base de chaque paquet hémorrhoïdal un fil métallique qui le rend saillant et l'éloigné de l'anus; ce^la fait on saisit successivement chacun d'eux entre les mors d'une pince spéciale, semblable à celle dont se servent les coiffeurs pour serrer les papilloltes, préalablement chauffée au rouge. Richet a donné à son procédé le nom de volatilisation des hémorrhoïdes, appellation assez justifiée, car le plus ordinairement l'héniorrhoïde carbonisée a disparu.

5° Caustiques. — On peut directement attaquer la tumeur même ou se borner à cautériser le pédicule.

Cautérisation de la tumeur. Procédé de Johert. — Il se servait d'une sorte de capsule métallique dont les deux moitiés articulées se resserrent sur la base de la tumeur de manière à la rétrécir autant qu'il est besoin; on attaquait alors la tumeur avec la pâte de Vienne, sans péril pour les parties ambiantes.

Cautérisation du ^pédicule. Procédé d'Amussat. — Il avait aussi un instrument particulier, qu'il appellait pince porte-caustique, construite sur le modèle des pinces à dissection, mais pouvant se fermer à l'aide d'une vis ou d'un écrou, et ayant les branches recourbées et terminées par une tige transversale en T, laquelle est creusée de cuvettes que l'on emplissait du caustique Filhos.

Cautérisation ponctuée. — Au lieu d'attaquer tout le paquet hémorrhoïdal on peut se borner à pratiquer sur chaque mamelon une cautérisation énergique. Je me suis servi pour la produire d'acide nitrique monohydraté imbibant l'extrémité d'une allumette. L'inflammation éliminatrice de l'eschare amène l'oblitération de l'hémorrhoïde.

6° Dilatatio7i forcée de l'anus. — Fontan (de Lyon) a proposé ce procédé qu'il emploie de la même façon que dans la fissure anale.

Appréciation. — L'ablation des tumeurs hémorrhoïdales est toujours une opération sérieuse parce qu'elle expose au danger de la phlébite et de l'infection purulente. L'excision, le plus dangereux de tous les procédés, à ce point de vue, expose de plus à des hémorrhagies redoutables; elle doit être repoussée. La ligature est surtout appliquable aux tumeurs isolées et à base étroite. La cautérisation par les caustiques ne vaut pas le fer rouge et les procédés de Jobert et d'Amussat ont été justement abandonnés. L'écrasement linéaire peut être employé pour les tumeurs volumineuses, mais tous ces procédés ne valent pas celui de Uichet qui a pour lui la rapidité, la facilité, l'efficacité et une innocuité relative. Un point qu'il ne faut pas négliger est la possibilité d'un rétrécissement consécutif de l'anus, car tous les procédés y exposent, surtout l'écrasement linéaire. Il faut tenir grand compte d'une condition sur laquelle j'appelle l'attention.

En général, l'ablation des tumeurs siégeant au-dessus de l'anus et uniquement recouvertes par la muqueuse n'est pas suivie de rétrécissement; sans doute parce que la perte de substance s'opère alors sur une partie déjà très ailatée du rectum. Mais quand la

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