CANCER DU RECTUM
mètres de toute sa circonférence, sans courir le risque de blesser l'urètre.
Chez la femme, l'intervalle entre l'anus et la vulve est ordinairement de 27 millimètres; par l'effet de l'accouchement, il peut être réduit à moins d'un centimètre. Muis, à l'aide de l'incision ovalaire et des tractions, on peut déjà faire saillir au dehors et exciser 5 centimètres et demi du rectum sur ses faces latérales et postérieure, et 3 centimètres et demi de sa face antérieure. Celleci s'allonge moins que les autres, attendu les adhérences intimes formées par les fibres musculaires et aponévrotiques qui unissent le vagin au rectum, immédiatement au-dessus du tissu cellulaire sous-cutané, et dans une étendue de 7 millimèlres. Mais ces adhérences une fois disséquées, le doigt seul suffît pour séparer le rectum du vagin, jusqu'à l'insertion du péritoine.
Les seuls vaisseaux importants sont les artères hémorrhoïdale inférieure, Iransverse du périnée, hémorrhoïdale moyenne; la branche superficielle de la honteuse interne et les rameaux de terminaison de l'hémorrhoïdale supérieure ; mais on peut agir sur eux par la torsion, la ligature ou la compression.
Enfin, après l'ablation des sphincters inférieurs, on peut compter jusqu'à un certain point pour retenir les matières sur le sphincter supérieur signalé par Nélaton.
Procédé de Lisfranc. — Le malade placé comme pour la taille, le chirurgien fait, sur les côtés de l'anus et à 3 centimètres environ de cette ouverture, deux incisions semi-lunaires, qui pénètrent jusqu'aux couches superficielles du tissu cellulaire, et se réunissent en arrière et en avant du rectum ; on dissèque ensuite en dirigeant le bistouri du côté de l'intestin, que l'on isole de toutes parts. Le doigt indicateur, introduit alors dans la cavité, avec sa phalangette à demi fléchie exerce sur lui des tractions qui le font beaucoup saillir en bas, et qui peuvent mettre la membrane muqueuse, souvent presque seule malade, dans un grand état de procidence. Alors il est fort aisé, avec les ciseaux courbes sur le plat ou le bistouri, d'en réséquer une grande étendue, et lors même que le cancer occupe toute l'épaisseur des parois de l'intestin, pourvu qu'il ne s'élève pas à plus de 5 centimètres, on peut encore renverser le rectum surlui-même, et mettre toute la maladie à découvert. On divise parallèlement à l'axe du tronc la portion ren\ersée de l'intestin, et on l'excise avec de forts ciseaux courbés sur le plat.
Lorsque le cancer a envahi la totalité des tuniques de l'intestin *^t quelques couches des tissus qui Teavironnent, après les inci-
sions semi-lunaires et la dissection de la partie inférieure du rectum dans toute sa circonférence, il faut, sur le doigt indicateur introduit dans l'intesiin, diriger de forts ciseaux droits avec lesquels on le divise parallèlement à son axe, dans toute son épaisseur, et jusqu'au-dessus des limites du mal. Cette incision doit porter sur la paroi postérieure, afin d'être plus éloigné des vaisseaux et du péritoine. Elle permet de dérouler l'intestin et de montrer la maladie dans toute son étendue. Si trop de sang la masque, on met dans la plaie pendant deux ou trois minutes une éponge imbibée d'eau froide, qui arrête aussitôt l'écoulement; en tenant d'ailleurs la partie inférieure du rectum abaissée à l'aide de plusieurs érignes.
Quand on opère chez la femme, les doigts d'un aide placés dans le vagin sont très-utiles; comme chez l'homme, on peut avoir dans la vessie une sonde que l'on confie également à un aide intelligent. On procède ensuite à la dissection du cancer, dissection dilticile, longue et laborieuse, surtout au voisinage du vagin et de l'urètre ; en liant autant que possible les vaisseaux à mesure qu'on les ouvre, et ne s'arrêtant que quand on a atteint les limites du mal. Lisfranc a ainsi enlevé 3, 6 jusqu'à 8 centimètres de l'intestin; à la vérité en le mesurant allongé à la fois par les tractions et la dissection.
L'ablation terminée, on procède à la ligature des vaisseaux, et si cette ligature n'a pu se faire pour tous, on emploie d'abord l'éponge imbibée d'eau froide. Lisfranc ne se hâtait jamais de tamponner la plaie de peur d'exciter des inflammations ; et quand il avait recours au tamponnement, il l'enlevait après quelques heures pour qu'il irritât moins.
On panse à plat les trois premiers jours; puis, quand toute crainte d'inflammation est passée, on introduit une très grosse mèche de charpie, que les malades devront porter longtemps encore après leur guérison. Celle-ci se fait attendre deux ou trois mois. Le rectum conserve ses fonctions ; un canal muqueux nouveau remplace la portion enlevée; au-dessus il se forme un bourrelet en forme de sphincter, qui retient les matières fécales, pourvu qu'elles ne soient pas liquides.
J'ai dit quelles étaient les deux conditions exigées par Lisfranc et elles sont sages. Cependant je crois que dans un cas de nécessité, si le cancer dépassait les limites du cul-de-sac péritonéal, on pourrait ouvrir la cavité péritonéale, détacher le rectum et l'amener à l'extérieur oii il serait fixé aux bords de la plaie par fe^uelques points de suture. Cette opération ne pourrait être accepté©
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que dans des cas où la nature du cancer épithélial, sa marche lente laisserait espérer la possibilité d'une guérison.
Quoi qu'il en soit, la fréquence et la rapidité des récidives font de l'ablation du rectum une opération qu'il ne faut faire qu'avec la plus grande réserve. On retarde la marche du mal en pratiquant de bonne heure un anus artificiel qui diminue les causes d'irritative locale sur le rectum. En cas de rétrécissement on peut tenter à titre de palliatif la rectotomie linéaire par un des procédés que j'ai indiqués plus haut.