IX. — De la rétention d'nrinc
La rétention d'urine reconnaît généralement pour cause ou une affection delà prostate, ou une inflammation de l'urèthre, ou enfin un rétrécissement. On essaye avant tout de rouvrir la voie naturelle à l'urine, parle cathétérisme les injections forcées; sinon on lui procure une autre issue par la ponction de la vessie.
1° Du cathétérisme simple. — Il se pratique àl'ordinaire, avec une sonde très fine en cas de rétrécissement, avec une grosse sonde dans le cas de valvule ou d'irritation de la prostate, et en procédant essentiellement avec une grande douceur. Dupuytren engageait une sonde métallique jusque près du rétrécissement; et sans cherchera la forcer, la laissait à demeure en la fixant par un des moyens indiqués, de façon à exercer une pression d'avant en arriére avec le bec de la sonde. Sous celte pression, quelquefois le rétrécissement s'entr'ouvre et finit par laisser passer l'instrument; c'est ce que Guyon a appelé le cathétérisme appuyé.
J'ai dit plus haut comment, en cas de fausses routes, il fallait se comporter.
2° Cathétérisme forcé. Procédé de Boyer. — On se sert d'une sonde conique métallique et solide, de calibre moyen et d'une légère courbure, que l'on fait pénétrer doucement dans l'urèthre jusqu'au rétrécissement; alors le chirurgien porte profondément dans le rectum le doigt indicateur gauche, pousse derrière en avant la verge sur la sonde, et enfonce celle-ci suivant la direc-
tion de l'urèthre sans l'incliner ni d'un côté ni de l'autre, avec une force proportionnée à la résistance qu'il éprouve. Le doigt indicateur gauche, qui sert de conducteur, fait connaître si, en s'avançant, la sonde conserve la direction de Furèlhre ou si elle s'en écarte, et, dans ce dernier cas, de quel côté il faut la porter pour la ramener à cette direction. La profondeur à laquelle la sonde a pénétré, sa direction et la facilité d'en abaisser le pavillon, font présumer qu'elle est parvenue dans la vessie ; alors on retire le mandrin, et si l'urine s'écoule, la présomption se convertit en certitude.
Il est superflu de relevertout le danger d'une pareille manœuvre, avec laquelle il est beaucoup plus facile de trouer l'urèthre à côté du rétrécissement que defranchirle rétrécissement. Roux, après Boyer, avait seul conservé parmi nous l'usage de la sonde conique; elle est aujourd'hui rentrée dans un complet oubli.
3° Injections forcées. Procédé': d'Amussat. — Ce procédé est fondé sur ce fait, que le canal de l'urèthre n'est jamais entièrement oblitéré, et que la rétention complète provient presque constamment d'un bouchon de mucosités qui obture le rétrécissement, et qui, ayant sa partie la plus large en arrière, peut difficilement être chassé par l'urine en avant, tandis que rien n'est plus facile que de le repousser en arrière.
Le malade assis sur le bord de son lit, les jambes appuyées sur deux chaises, le chirurgien placé devant lui introduit dans l'urèthre, jusqu'au rétrécissement, une sonde de gomme élastiquebien flexible, d'un petit diamètre, et ouverte à ses deux extrémités. Il adapte à cette sonde une poire de caoutchouc remplie d'eau tiède et dont le siphon ofl're une ouverture presque capillaire; puis serrant fortement l'urèthre sur la sonde avec l'indicateur et le médius gauches il comprime brusquement la poire ave^ la main droite pour en chasseï* le liquide. Le liquide lancé par un jet rapide contre le rétrécissement repousse le bouchon de mucosités en arrière ; et presque aussitôt le malade, à l'aide d'un eff"ort, peut évacuer (juelques gouttes, ou même un petit jet d'urine. Si la première injection ne suffit pas, ce qui arrive souvent chez les vieillards, il faut en pratiquer une seconde, et d'autres si cela est nécessaire.
Ce moyen peut être rarement utile et il est dangereux sans une main exercée. Il ne faut pas perdre de vue que la vessie est déjà distendue outre mesure, et que d'après les lois de l'hydraulique le jet de liquide, si mince qu'il soit, agit avec une égale force sur