APPRÉCIATION DES DIVERSES OPÉRATIONS
tact de l'humeur aqueuse gonfle la substance cristalline, et si ce contact était trop étendu, le gonflement pourrait amener une exagération dangereuse de la pression intra-oculaire. 11 vaut mieux répéter plusieurs fois une petite opération qui n'offre par elle-même aucun danger.
Vextraction linéaire simple n'est aussi applicable qu'à des cataractes molles, et pour cette variété de cataractes la discission est préférable; mais elle pourra être employée avec avantage, dans les cas où après une discission quelques fragments de la lentille ont passé ou ont de la tendance à passer dans la chambre antérieure.
Abaissement. — Nous arrivons maintenant à une question longtemps discutée et qui aujourd'hui semble résolue : faut-il préférer l'extraction à l'abaissement ? Au xviii^ siècle l'Académie de chirurgie avait adopté l'extraction, quand, au commencement du xix% Scarpa et Dupuyiren, revenant à l'abaissement, le firent prévaloir, dans la pratique générale. Les élèves de Dupuytren suivirent l'exemple de leur maître : Laugier, Jobert, Velpeau ne pratiquaient guère que rabaissement. Lesophthalmologistes allemands reprirent au contraire l'extraction, et, aujourd'hui dans toute l'Europe, l'extraction est la seule méthode employée; tandis que l'abaissement repoussé par la généralité des chirurgiens est en quelque sorte flétri par cette épilhéte qu'on lui applique : c'est le procédé des maladroits. 11 devrait donc paraître inutile de poursuivre le parallèle entre les deux méthodes, et en effet, si ce livre était destiné uniquement à des ophlhalmologistes, la réponse à la question serait facile : l'abaissement doit être abandonné, car entre les mains des chirurgiens habitués à la pratique de l'ophthalmologie, il donne des résultats moins bons que l'extraction.
Mais ce n'est pas ainsi que la question doit être examinée. Ce livre s'adresse à tous, à des chirurgiens ayant à pratiquer seulement une ou deux fois peut-être par an et non plusieurs fois par semaine l'opération de la cataracte. Or, même quand il s'agit de chirurgiens auxquels ne pourrait s'appliquer l'épithète de maladroit, il faut bien reconnaître que l'opération de l'extraction exige une dextérité, une sûreté de main qui ne s'acquièrent et ne se conservent que par l'habitude. Une opération d'extraction, quel que soit le procédé employé, expose l'opérateur malheureux ou, si l'on veut, accidentellement malhabile, à un insuccès complet, à une perte totale de l'œil par issue de l'humeur vitrée, par inflam-
mation et suppuration de l'œil. L'opération de l'abaissement, beaucoup plus facile, n'expose guère à de pareils malheurs. L'abaissement a cet inconvénient que la présence du cristallin refoulé derrière l'iris peut amener ultérieurement une altération des membranes profondes de l'œil ; le cristallin abaissé peut remonter ; au contraire, quelques jours après la guérison d'une opération par extraction, toute crainte a disparu. Toutefois il y aurait exagération à établir entre les résultats amenés par la pratique des deux méthodes une différence considérable. Les statistiques comparatives récentes font défaut, puisque tous les ophthalmologistes actuels ont complètement renoncé à l'abaissement; mais Siebel père qui pratiquait les deux opérations nous a fourni dans le passé des termes de comparaison. En neuf ans, sur 234 opérations par l'abaissement et le broiement il eut 167 succès, 43 demi-succès et 24. insuccès; sur 780 opérations d'extraction il eut 616 succès^ 71 demi-succès, 93 insuccès. La proportion des succès était pour les deux premières méthodes de 70 pour 100 et pour la dernière de 79. La différence, on le voit, n'est pas très-considérable, et d'ailleurs Sichel, opérateur habile et opérant presque journellement, ne pouvait avoir du fait d'une opération d'extraction mal exécutée des insuccès qu'auraient bon nombre de médecins. Ajoutons cependant que l'abaissement est resté tel qu'il était jadis, tandis que les procédés d'extraction ont reçu des modifications nombreuses qui en rendent le succès beaucoup plus constant qu'autrefois.
En résumé, si nous jugeons seulement l'opération, en faisant abstraction de l'opérateur, nous dirons que l'abaissement doit être abandonné pour l'extraction, et jpourmapartje n'ai jamais pratiqué que l'extraction, bien qu'ayant vu tous les maîtres de ma jeunesse pratiquer, non sans succès, l'abaissement. Mais, en tenant compte de toutes les données du problème à résoudre, je dirai au praticien n'opérant que rarement la cataracte : Si, ayant quelque défiance de votre habileté manuelle, vous êtes cependant obligé par les nécessités professionnelles d'opérer un cataracte, choisissez l'abaissement plutôt que l'extraction. L'abaissement pourra ne pas rendre pour toujours la vue à votre malade; l'extraction, en cas de malheur opératoire, vous expose à la perte complète et immédiate de l'œil lui-même.
Extraction. — De tous les procédés d'extraction quel est celui qu'on doit préférer? faut-il adopter la méthode allemande qui comporte l'iridectomie, ou conserver la méthode de Daviel qui la repousse? Plusieurs questions doivent être examinées et tout d'abord celle de l'iridectomie. Vers 1864, lorsque je suivais à