‹ Manuel de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 49 sur 307 · I. — De la résection de la cornée · texte numérisé non relu

I. — De la résection de la cornée

Elle se pratique dans plusieurs circonstances, comme pour évacuer l'œil dans le cas de suppuration profonde; mais surtout dans le cas de staphylôme opaque de la cornée. Je parlerai, d'abord de cette dernière affection.

Le staphylôme de la cornée résulte d'une altération chronique

FiG. 457.

Opération du staphylôme. — Incision.

avec ramollissement de la cornée, puis de sa propulsion aiT dehors par une sécrétion surabondante de l'humeur aqueuse. Lorsqu'il est léger et indolent, l'intervention de la chirurgie n'est nullement nécessaire ; mais lorsqu'il a envahi tt)ute la cornée, et qu'il proémine au delà des paupières jusqu'à exciter d& vives douleurs, il est urgent de le réprimer.

Quelques-uns se bornent à l'inciser en travers : Nélaton, qui a adopté ce procédé, dit que la guérison est plus prompte et le rrioignon plus régulier. Mackenzie dit que l'incision n'est qu'un ' alliatif ; il y a probablement ici une confusion. L'incision simple

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laissera revenir l'humeur aqueuse, sans aucun doute; mais l'incision avec évacuation du cristallin et d'une portion de l'humeur vitrée arrivera à très peu près au même résultat que la résection; seulement elle laissera subsister, en l'amoindrissant, la saillie du staphylôme.

La résection compte un assez grand nombre de procédés. Celse veut qu'on emporte seulement le sommet du staphylôme dans l'étendue d'une lentille; Scarpa en enlevait 8 à 9 millimètres; Carron duVillards en découpait, selon l'axe vertical, un lamheau pareil à un pépin de melon: d'autres ont réséqué la cornée presque tout entière ; d'autres enfin portent le couteau jusque sur la sclérotique.

Le procédé opératoire est fort simple. On accroche le sommet du staphylôme avec une érigne, ou on le traverse avec un fil qui sert à l'attirer au deliors; au delà de l'érigne ou du fil, on taille un lambeau de la dimension voulue, avec le couteau à cataracte ou le bistouri ordinaire, et l'on achève la résection avec les ciseaux. Quelques-uns taillent le lambeau à la partie supérieure de la cornée, afin d'éviter, disent-ils, l'évacuation de l'humeur vitrée; d'autres regardent cette précaution comme tout à fait puérile.

11 paraît que quelques chirurgiens pensent avoir assez fait en réséquant la cornée, et songent à conserver le cristallin et le reste. D'abord, il est difficile, dans la majorité des cas, d'empêcher le cristallin de sortir, soit le jour même, soit un peu plus tard; mais il y aune indication positive de l'expulser, et d'expulser avec lui une partie de l'humeur vitrée, afin de réduire l'œil à un volume qui se prête mieux à l'application d'un œil artificiel.

Quant à la dimension et à la forme du lambeau à réséquer, je pense qu'on ne saurait établir de règle générale, et que l'on devra se décider d'après la forme et les dimensions du staphylôme lui-même.

Dans la suppuration profonde de l'œil, Blandin recommandait de pratiquer en même temps l'excision de l'iris ; et en effet, souvent l'iris enflammé resserre ou ferme la pupille, et retient dans le fond du globe ou les humeurs ou le pus accumulé. Mais l'excision de l'iris complique le procédé d'abord, et ensuite ne prévient pas toujours l'inconvénient qu'on redoute. Je préfère donc recourir à la résection de la sclérotique.

Elle a été plusieurs fois conseillée à la place de la résection de la cornée; mais elle n'est guère indispensable que quand le staphylôme s'étend jusqu'à la sclérotique. Le procédé ne diflere qu'en ce que le couteau doit agir en arrière de l'iris ; une pré-

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caution assez importante est de ménager autant qu'on le peut l'insertion des muscles de l'œil à la sclérotique, afin de conserver toute leur action sur le petit moignon qui devra supporter et mouvoir l'œil artificiel. Du reste, leur section même n'enlèverait pas toute espérance de ce côté, attendu qu'ils se réuniraient à la cicatrice du moignon.

Critchett a surtout cherché, par son procédé, à empêcher la sortie du cristallin et de l'humeur vitrée. Après avoir écarté les paupières avec l'ophthalmostat, il introduit dans le segment antérieur quatre ou cinq aiguilles courbes dont la concavité est

FiG. 458.

Procédé de Critchett. — Placement des aiguilles.

dirigée en avant (fig. 458) et qui font issue au delà des points om devra porter l'incision. Cela fait, on pratique avec le couteau une petite ponction à la sclérotique et par l'ouverture on introduit une des branches d'une paire de ciseaux avec lesquels on sectionne la sclérotique suivant la ligne marquée dans la fig. 458. On retire les aiguilles qui, entraînant le fil dont elles sont armées, placent les points de suture qu'on n'a plus qu'à serrer (fig. 459). Von Graefe passe au travers de l'œil, en passant dans le corps vitré, une aiguille armée d'un fil qu'on lie en avant du staphylôme mais sans serrer la suture. On a ainsi un séton dont l'action doit être de déterminer l'inflammation du globe de l'œil et son atrophie. Lorsque l'inflammation est survenue, le séton est retiré et l'on combat par des topiques l'excès d'inflammation. C'est là un détestable procédé, car l'inflammation suppurative du globe ne s'arrête pas ainsi au gré du chirurgien et peut déter-

miner des accidents fort graves, tels qu'un phlegmon de l'orbite avec toutes ses conséquences.

' Le procédé de Critchett peut être avantageusement pratiqué quand on a la certitude que la choroïde et les parties profondes de l'œil ne sont pas atteintes. En laissant ainsi dans l'œil des parties altérées, on serait exposé à voir survenir plus tard une ophthalniie sympathique. Du reste, un œil artificiel s'applique parfaitement aujourd'hui sur un fort petit moignon, même sur

Procédé de Critchett. — Sutures.

celui qui résulte de l'extirpation complète du globe, et c'est à cette opération que j'ai toujours recours lorsque le staphylôme est consécutif à une affection qui paraît avoir atteint l'œil dans les parties profondes.

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