V. AUTOPLASTIE PAR DOUBLE SUPERPOSITION DU LAMBEAU. — Dans
cas d'épispadias, Nélaton a employé une méthode nouvelle qui a donné un remarquable succès. Un lambeau de peau (B, G,.
FiG. 107. FiG. 108.
Antoplastie par double superposition dn lambeau. — Procédé de Nékfon pour l'épispadias.
107, 108) fut d'abord détaché de chaque côté dans toute la gueur de la verge. Un second lambeau de forme quadrilatère (A> taillé sur la peau de l'abdomen, sa base adhérente répondant à Wtie la plus reculée du canal anormal. Ce lambeau abdominal alors renversé sur le dos de la verge de telle façon que sa face dermique répondît au canal urélhral dont elle formait la paroi
MALGAIGNE MÉP, OPÉB. S" /xlit. I,— 10
supérieure, pendant que la face cruentée (D, D') répondait à Texti rieur. On rabattit alors sur cette face saignante les deux lambeai péniens qu'on réunit par quelques points de suture. En quelque jours la réunion était complète.
Nélaton a employé un procédé un peu différent pour un cas an; logue, en prenant l'un des lambeaux sur le scrotum, l'autre si l'abdomen. Nous y reviendrons en parlant de l'urétliroplastie et d l'exstrophie de la vessie.
ARTICLE IX
DE l'hÉTÉROPLASTIE.
Cette méthode de restauration des parties détruites n'est plus souvent qu'un procédé autoplastique puisque le lambeau e pris sur le malade lui-même ; mais, comme ce lambeau cutani complètement détaché, avant d'être appliqué à la place qu'il do occuper, peut être pris sur un autre personne, le nom d'hétéro i plastic est celui qui est le mieux applicable à cette méthode.
Ce qui mérite surtout à cette méthode le nom d'hétéroplastiqu( c'est que dans les grands hôpitaux, où les amputations sont asst ( fréquentes, on pourrait lorsqu'il serait besoin d'un large lambea i hétéroplastique, l'emprunter à un autre malade au moment où l'o vient de lui pratiquer l'amputation du membre, les opérations autc plastiques, rarement urgentes, pouvant être différées jusqu'au joi , où une amputation doit être pratiquée.
On sait que Dutrochet a publié un fait de rhinoplastie dont se frère aurait été témoin aux Indes. L'opération aurait consisté I prendre sur la fesse la peau nécessaire à la réfection duneij Cette observation fut jusqu'à présent regardée comme apocrypho Les faits de transplantation de périoste, de greffes pratiquées su ïes animaux, me firent croire que l'histoire de Dutrochet pourra ■bien être plus vraie qu'on ne le croyait. En 1869, ayant aff;ùre un malade atteint de pustule maligne, et voulant lui refaire paupière inférieure, je détachai complètement de l'avant-braun fragment de peau et l'appliquai à la paupière. J'échouai dars ma tentative, faite au commencement de 1870, mais la morlifica tion ne fut pas aussi prompte qu'elle l'eût été si le lambeau n'ava ' pas été quelque peu nourri ; j'attribuai cet insuccès à ce qu'ayai pris toute l'épaisseur de la peau, je n'avais du côté du Ïambe;' qu'une surface peu vasculaire puisqu'elle était formée par du tiss cellulo-graisseux.
DE L'HÉTÉROPLASTIE.
le citai le fait à la Société de chirurgie la même amiée, et j'y oiiimuniquai l'observation le 31 janvier 1872.
I.e 3 avril suivant, je fis à Lariboisière une nouvelle tentative h, z un homme âgé de soixante-trois ans atteint d'ectropion. Je fis
la paupière une incision transversale aux extrémités de laquelle je i~ tomber deux incisions verticales, La paupière redressée, il resiii vers son bord adhérent et à sa base une perte de substance. Je irlachai complètement du bras, à sa face externe, un lambeau cuané, que je présentai à la place qu'il devait occuper et que je ro- M i avec des ciseaux jusqu'à ce qu'il eût les dimensions voulues, je ;ixai à l'aide d'une lame de baudruche et de collodion, sans au- :une suture. Le succès fut complet ; et lorsque je présentai l'opéré i l'Académie de médecine, un mois après, c'est à peine si l'on )ouvait, à une coloration un peu moins foncée, distinguer le lam- )eau d'avec la peau voisine.
L'exemple que j'avais donné le premier ne tarda pas à être suivi, m ce sens qu'OUier, après la communication de mon observation lia Société de chirurgie, transforma la greffe épidermique de Rererdin en une véritable hétéroplastie. 11 prit des lambeaux assez îtendus de derme qu'il porta sur des plaies en voie de cicatrisaion. Houzé de l'Aulnoit alla plus loin encore ; il tenta de pratiquer 'hétéroplastie à l'aide de lambeaux de muqueuse linguale ou palaine pris sur le bœuf et le veau. Toutefois le succès ne paraît pas ivoir couronné sa tentative. Quant à la greffe épidermique de Rererdin, elle n'a qu'une analogie éloignée avec l'hétéroplastie. An- .érieurement à ma première opération, elle n'avait pour but que le provoquer autour de irès-petits lambeaux d'épiderme la prolieration du tissu cicatriciel, et Reverdin n'avait pas paru songer à a possibilité de greffer la peau, ni même une partie de l'épaisseur ilu derme, car, même dans son Mémoire de 1872, il insiste sur la aécessité d'appliquer le greffe sur une plaie déjà suppurante et l'utilité de n'employer que des lambeaux épidermiques de quelques millimètres seulement d'étendue. (L. L. F.)
OPÉRATIONS GÉNÉRALES