XI. — IJsraturc de l'artère fessière
L'artère fessière a été liée plusieurs fois, soit pour des plaies qui l'avaient atteinte, soit pour des anévrysmes traumatiques.
Elle naît de l'artère hypogastrique, et, après un trajet qui varie de 2 centimètres et demi à 6 centimètres, sort du bassin immédiatement au-dessous du rebord supérieur de la grande échancrure sciatique, à peu près au milieu de la courbe qu'il décrit. Elle ne dépasse guère le dessous de celte échancrure que de 5 millimètres avant de se diviser en ses branches de terminaison ; c'est donc à sa sortie même qu'il faut la découvrir et la lier. Or voici les données qui indiquent sa position.
Le sujet couché sur le ventre, la cuisse étendue et les orteils
tournés en dedans, si l'on lire une ligne de l'épine iliaque poslérosupérieure jusqu'au milieu de l'espace qui sépare la tubérosité scialique du grand Irochanter, c'est à l'union du tiers supérieur avec lé tiers moyen de celte ligne que l'on trouvera l'artère (Lizars et Harri?on.)
FiG, 188.
ARTÈRES FESSIÈRE ET IJCHIATIQUE.
AGF. Apoiiévrof-e du grand fer'sier. — MF. Moyen fessier. — G F. Granil fessier. — PF. Petit fessier. — CC. Carré crural. — AF. Artère fessière. — AI. Artère iscliiatiijiie. — PXS. Petit nerf sciatiqiie. — GNS. Grand nerf sciatiqiie.
M. Diday tend un fil du sommet du coccyx au point le plus élevé de la crête iliaque ; le milieu de cette ligne indique le point d'émergence.
M. Bouisson a mesuré la distance qui sépare l'artère de trois saillies osseuses, et il a trouvé :
Centimètres.
De l'épine Iliaque aiitéro-supérieure 10 à 11
I)e répinc postéro-supérieure , . . . . 6à 7
Du point le plus élevé de la crête iliaque .... 9 à 10
LIGATURE DE L'AUTÈIIE FESSIÈRE. 'Oxl
Enfin j'ai ajouté une autre donnée très-^siniple : le sommet de Fécliancrure sciatique, et conséquemment l'artère, se trouve sur une ligne horizontale aboutissant à l'épine iliaque antéro-supérieure.
Pour la mettre à nu^, il faut diviser la peau, le grand fessier et son aponévrose profonde, par une incision qui passe sur son point d'émergence ; cette condition remplie, la direction de l'incision est à peu près indifférente, et l'on peut créer des procédés à bon marché.
11 en est cependant qui ont pour objet de ménager les fibres du grand fessier, et qui dirigent l'incision dans le sens de ces fibres, pour les séparer sans les diviser. Ainsi Harrison commence la sienne à 25 millimètres au-dessous de l'épine illiaque posléro-supérieure, cà égale distance du sacrum, et la conduit dans une étendue de 7 à 8 centimètres du côj;é du grand trochanter, en la faisant passer sur le lieu d'émergeance de Tarière.
M. Diday tire sur la première ligne une perpendiculaire qui la coupe par le milieu, et sur laquelle il fait marcher le bistouri.
M. IJouisson préfère couper les fibres du muscle, pour que leur rétraction permette de mieux voir au fond de la plaie^ et en conséquence il fait une incision transversale dont le milieu doit passer sur Tartère.
Ce dernier procédé me paraît l'emporter sur les autres, surtout en ce qu'il coupe les fibres musculaires, unique moyen, sur un sujet un peu gras et musculeux, de voir jusqu'au bout ce qu'on fait. Sans doute une incision verticale, ou oblique en bas et en arrière, arriverait au même but; mais l'incision transversale a ce double avantage, qu'elle sera régularisée par le point de repère que j'ai établi vers l'épine antéro- supérieure, et que longeant le rebord, supérieur dans une certaine étendue, elle ne risque pas, comme les autres, de tomber trop loin du vaisseau.
Lorsqu'on est arrivé sur l'artère, un point essentiel est de se rappeler combien elle est courte, afin de ne pas lier par erreur quelqu'une de ses branches.
[La proximité et la brièveté des artères fessière et ischiatique laisse parfois dans l'incertitude quant au siège précis de l'anévrysme ou de l'hémorrhagie. Nous ne connaissons que deux cas de ligature de la fessière pour plaie, l'une faite par Bouisson, l'autre par Baroni. Les anévrysmes sont plus fréquents; Fischer a pu en rassembler 25 cas^ 11 traumatiques, 1 4 spontanés. John Bell (1795),Carmichael (1833), Shuh (1856), Syme(1860), ont ouvert le sac et lié avec succès l'artère. Toracchi fut moins heureux : ne
pouvant trouver 1 artère, il tamponna le sac, mais Irois heures après, une nouvelle hémorrhagie le força à lier l'hypogastrique, le malade mourut. Quant à J. Bell, il n'était arrivé sur l'artère qu'en pratiquant une incision de deux pieds de long.
Il u'exisle qu'un seul cas de ligature de la fessière sans ouverture préalable du sac, c'est celui de Campbell (de Montréal) ; peut-ôlre pourrait-on y ajouter un cas attribué par Guthrie à Murray.
Dans presque tous les cas d'anévrysme de Tarière fessière on a lié l'hypogastrique ou employé les injections de perchlorure de fer, L'hypogastrique a été liée avec succès par V. Mott (183/i)^ iMorton*'' (1867), Stevens (1812), Syme (18(i0), Pomcroy White (1827); la mort a suivi les ligatures pratiquées par AltemuUer (1818), Atchinson (1817), Bigelow (18/i8), Kimbal (18^9).
Pirogoff etUlide ont lié l'iliaque primitive : les deux opérés moururent; Blasias en lH/i9 eut recours à la galvanopuncture : le malade mourut, dit-on, du choléra.
Nélaton (1860), pour un anévrysme artérioso -veineux; Baum (1858) pour un anévrysme par anastomose de la fessière et de l'ischiatique, Baum (1866), Bruns (185^), Legouest (1867), pour' des anévrysmes spontanés de la fessière, employèrent les injeclions de perchlorure de fer; seul l'opéré de Legouest mourut.
Enfin Bouisson fut témoin d'une guérison spontanée,. et Stokes, en 1803, guérit en quatorze jours un anévrysme de la fessière par la compression directe.
L'injection de perchlorure de fer est évidemment ici le traitement que l'expérience démontre le meilleur. Comment expliquer ces succès à.côté des mauvais résultais que donnent ces injections, lorsqu'il s'agit d'un anévrysme de la fémorale, de l'humérale ou de toute autre arlère principale? C'est que l'injection, en oblitérant Tarière, souvent sur une grande étendue ou en laissant le liquide coagulant se porter parfois assez loin vers Textrémité de l'artère, expose presque fala'ement à la gangrène. La fessière, l'ischiatique, ne sont que des branches artérielles secondaires, et leur oblitération, même dans une grande étendue, n'expose pas à la mortification, en raison de la multiplicité des voies anastomotiques au fur et à mesure qu'on s'approche de la périphérie de l'arbre artériel. C'est pour cela que les injections coagulantes, détestables pour les , anévrysmes des troncs artériels, sont excellentes pour les anévrysmes des artères qu'on pourrait appeler collatérales, comme la faciale, la temporale, l'occipitale, la fessière, Tischiatique, et pour les tumeurs cirso'ides, si fréquentes sur le trajet des branches terminales de la carotide externe.
DES HYDARTHKOSES. 3^9