CAUSTIQUES CHIMIQUES
Les caustiques chimiques se partagent en trois groupes : caustiques alcalins, caustiques acides, et caustiques métalliques ou constitués par des sels.
Les caustiques alcalins sont fournis par la soude, la potasse, la chaux et Tammoniaque ; les plus usités sont la potasse caustique et le caustique de Vienne, formé d'un mélange de chaux et de potasse.
Lescaustiques acides sont principalement : l'acide sulfuriquek^6°.
seul ou mélangé avec le safran ou le noir de fumée ; l'acide nitrique monoliydraté et Tacide chromique. On peut y rattacher le nitrate acide de mercure et le hic/iloriire rVor, dissous à la dose de 3 parties dans 320 parties à'eau régale.
Les caustiques métalliques les plus usités sont : le nitrate d'argent, le chlorure ou beurre d'antimoine, la pâte arsenicale et le chlorure de zinc.
On a fort discuté sur la manière dont ces diverses substances agissent sur nos tissus, à quelle cause était dû le phénomène de la cautérisation. Or, si l'on observe quelles sont les propriétés ciiimiques de ces caustiques, on voit que presque tous, acide sulfurique à 66°, acide nitrique monohydraté, iwtasse, chaux caustique, acide chromique, sont ou très-déliquescents ou extrêmement avides d'eau. C'est par cette propriété qu'ils sont caustiques, car ils détruisent les tissus aussi bien sur le vivant que sur le cadavre, en s'emparant de l'eau qu'ils contiennent et en détruisant les éléments anatomiques.
La plupart des autres substances agissent d'une autre façon : elles coagulent l'albumine et respectent la composition histologique des éléments anatomiques qui sont, en quelque sorte, momifiés; le type de ces agents est le chlorure de z-inc.
Nous pouvons donc classer les caustiques beaucoup plus utilement, en ayant égard à leurs propriétés coagulantes ou liquéfiantes, caries uns, et c'est le plus grand nombre, exposent à des hémorrhagies; les autres, au contraire, mettent non-seulement à l'abri des hémorrhagies, mais peuvent contribuer à les arrêter, et sont de véritables agents hémostatiques.
Les caustiques liquides ou à l'état de solution ne sont guère employés que pour obtenir une destruction superficielle des parties. On se sert, pour modifier la surface des ulcères, pour réprimer ou détruire des granulations, de solutions concentrées de nitrate cV argent, de nitrate acide de mercure, qu'on applique au moyen d'un pinceau sur les parties à cautériser ; l'excédant du liquide est enlevé, soit au moyen d'une boulette de charpie, soit par une injection d'eau. Le nitrate acide de mercure ne doit être employé qu'avec précaution, car il a quelquefois déterminé des salivations mercurielles d'une certaine gravité.
Toutes les fois qu'on emploie des caustiques liquides ou liquéfiables énergiques, il faut avoir soin de protéger contre leur action les parties qui doivent être ménagées ; on peut se contenter de les couvrir d'une légère couche d'huile ou de cérat, d'un emplâtre de diachylum, percé à son centre d'une ouverture correspondant à l'étendue de la surface à cautériser ; mais ces moyens sont souvent
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insuffisants; il est préférable de couvrir toute la partie à ménager d'une couche de collodion qu'on laisse sécher complètement avant d'appliquer le caustique ; on peut encore faire usage d'une solution de cire à cacheter dans l'alcool, d'une solution de gutta-percha dans le chloroforme, ou d'une feuille de gutta-percha laminée, percée à son centre, et qu'on fixe sur la peau avec un peu de coU lodion.
V acide sulfurique, seul ou mêlé à du safran, cautérise énergiquement, mais il est difficile à manier. L'acide nitrique monohydraté convient pour des cautérisations peu profondes à la surface des abcès et des tumeurs ; on l'emploie facilement en trempant dans cet acide un bout de bois ou d'allumette qu'on applique sur la partie à cautériser.
La potasse caustique est aujourd'hui peu employée ; elle a l'inconvénient de fuser facilement et de porter son action sur les parties qu'on eût voulu protéger.
La. pâte de Vienne est d'un emploi beaucoup plus général. Elle se compose de 5 parties de potasse caustique et de 6 parties de chaux vive en poudre ; elle doit être gardée dans un flacon bouché à l'émeri ; pour s'en servir, on verse dans une soucoupe la quantité jugée nécessaire, et l'on enferme une pâte en la mélangeant d'une certaine quantité d'alcool ; il faut, autant que possible, se servir, pour effectuer ce mélange, d'un objet en argent tel que le manche d'une petite cuillère; une spatule d'acier est facilement oxydée. La pâte, ainsi préparée, est apphquée sur la peau en couche de 4 à 5 millimètres , et l'on a soin d'en circonscrire nettement les bords, car l'eschare présentera exactement la même forme. Après cinq à six minutes, la peau est cautérisée dans toute son épaisseur, et l'on voit apparaître sur la circonférence de l'eschare une petite ligne grisâtre. On enlève alors le caustique et on lave la partie avec un peu d'eau vinaigrée.
Le caustique de Filhos est un mélange de potasse et de chaux qu'on a fondu et qu'on a versé pendant qu'il était liquide dans des tubes de plomb, où il se solidifie. Lorsqu'on vent en faire usage, on coupe le cyhndre de plomb en mettant à découvert la quantité de caustique que l'on veut employer, et l'on cautérise avec ce cylindre de plomb tenu à la main, comme on le ferait avec un crayon de nitrate d'argent. Le caustique de Filhos étant très-avide d'eau, il faut, pour le conserver, placer le tube de plomb dans un tube de verre, au fond duquel se trouve une couche de cliaux vive au miheu de laquelle plonge l'extrémité du crayon caustique mise à découvert par la section du cyhndre de plomb.
Pâte arsenicale. L'acide arsénieux forme la base de ce caus-
tique ; on en a de plusieurs sortes, suivant sa proportion dans le mélange, La formule la plus employée est celle de la pâte dite de frère Côme, Elle se compose de : arsenic blanc , 1 gramme ; cinnabre, 5 grammes; éponge calcinée, 2 grammes. L'arsenic y est dans la proportion d'un huitième. Au moment de s'en servir, on délaye la poudre dans un peu d'eau jusqu'à consistance de bouillie ; on l'étend légèrement avec un pinceau, et on la recouvre avec un morceau d'agaric légèrement mouillé. .L'eschare et la pâte, en se desséchant, forment une croûte qui tombe du sixième au vingtième jour, rarement plus tard, et l'on trouve quelquefois alors l'ulcèrç' complètement cicatrisé. La pâte arsenicale ne doit pas être employée pour de larges cautérisations, car son emploi a donné lieu assez fréquemment à des accidents d^empoisonnement.
Pâte de chlorure de zmc(Canquoin). Elle se compose de chlorure de zinc et de farine de seigle, dans des proportions variables, La pâte n° 1 ne renferme que parties égales de chlorure et de farine ; dans la pâte n° 2, il y a pour une partie de chlorure, deux parties de farine; dans le n° 3, trois parlies de farine. On emploie généralement la pâte n° 1. On mélange l'eau à la farine, en y ajoutant le moins d'eau possible, et on laisse la pâte à l'air libre pour qu'elle acquière, en absorbant un peu d'humidité, l'élasticité et la cohésion convenables. Plus encore que la pâte arsenicale, et comme la plupart des coagulants, le caustique de Canquoin n'agit que sur la peau dépouillée de son épiderme ; il faut donc commencer par mettre' le derme à nu au moyen d'un vésicatoire. On coupe ensuite une rondelle de pâte de l'étendue que l'on veut donner à l'eschare et d'une épaisseur variable, suivant la profondeur à laquelle on veut agir. Le caustique agit nettement sur les limites de son application ; ses propriétés coagulantes le rendent d'un usage précieux dans les régions abondamment pourvues de vaisseaux ou pour les tumeurs vasculaires.
Cautérisation, en flèches. — Ce mode de destruction des tumeurs, dont on attribue fort à tort l'idée première à Maisonneuve, ne lui appartient nullement. Il a été imaginé par Girouard et se trouve apprécié dans une note de Malgaigne {Revue médicochirurgicale, janvier 185/i); les Archives de médecine (juin 185/i-) rendent compte d'une opération au moyen de la cautérisation par des chevilles de chlorure de zinc, prali(juée dans le service de Follin par Girouard. Pour employer ce procédé on découpe la pâte de chlorure en longues lames ou flèches d'une longueur variable, et on les fait durcir par une suffisante dessiccation. Si la peau est intacte, on la traverse avec un bistouri et l'on fait slisser une flèche sur la
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lame ; si la poaii ost dôlniite on peut fray<îr lo chemin au caustique avec un instrument mousse, comme une sonde cannelée, ou môme enfoncer directement la flèche. Paget emploie de minces lamelles de bois, trempées dans le chlorure de zinc fondu.
Ce procédé est applicable à quelques régions et à quelques tumeurs qui reposent sur des parties que le caustique peut atteindre sans danger. On a vu la cautérisation en flèches, employée pour enlever des tumeurs du sein, ouvrir la cavité thoracique. 11 faut de plus ajouter que l'application de cette méthode est extrêmement douloureuse et que la douleur persiste pendant presque toute la journée. L'écrasement linéaire et la galvanocaustique restreignent beaucoup la sphère d'application et l'utilité de la cautérisation en flèches.
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