‹ Manuel de médecine opératoire (volume 4)Chapitre 27 sur 259 · APPLICATION DU FEU^ OU PYROTECHNIE CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

APPLICATION DU FEU^ OU PYROTECHNIE CHIRURGICALE

Il y a deux moyens d'appliquer le feu : 1° les cautères métalliques, appelés aussi cautères actuels ; 2" diverses autres substances, comme l'eau et l'huile bouillantes, le moxa, la poudre à canon, le phosphore en ignition, etc. Nous ne traiterons ici que des premiers, les autres appartenant à la petite chirurgie.

Zîx:

FiG. 33.

Cautères cultellaire;, nummulaire, ollvaire, en bec d'oiseau.

Les cautères sont composés d'un manche, d'une tige et d'un renflement ou extrémité cautérisante .

Le manche, de buis oud'ébène, peut être fixé à la tige, ou s'en séparer à volonté et servir alternativement pour tous les cautères ; alors il se compose de deux parties, Fune debois^ de 8 centimètres environ de longueur, surmontée de la seconde, espèce de demicolonne d'acier longue de 6 centimètres, percée d'un canal destiné à recevoir la queue de la tige, que l'on y fixe à l'aide d'une vis de pression. La tige et le renflement sont d'acier ; la tige est arrondie en baguette, et le renflement peut prendre diverses formes, d'où les cautères ont tiré leurs noms spéciaux. On peut toutefois les réduire à quatre : le cautère olwaire, terminé par un renflement -^a olive ; le cultellaire, figurant une petite hache à tranchant mousse ; le nummulaire^ disque de 3 centimètres de diamètre sur 1 centimètre environ d'épaisseur; le conique ou en bec d'oiseau, terminé par une pointe supportée par un renflement sphérique destiné à servir de réservoir pour le calorique, la ténuité du bec l'exposant à un trop rapide refroidissement.

Pour les appliquer, on les fait chauffer à un feu de charbon trèsardent dans un réchaud portatif; un aide les entretient au degré de chaleur convenable. La chaleur,' mesurée d'après la couleur que prend l'acier, varie en montant du gris au rouge obscur, au rouge cerise, et enfin au blanc, qui en indique le maximum. Plus le métal est chaud, mieux il détruit les parties et moins il cause d'irritation ; en sorte que le cautère à blanc l'emporte de tous points sur les autres.

FiG. 34.

Cautère objectif de Ciivellier.

L'instrument suffisamment chauffé^ on l'assujettit sur le manche ,' on saisit ce manche à pleine main, en l'enveloppant au besoin d'une compresse ; on l'applique sans délai suivant les procédés que nous allons décrire ; puis on l'éteint dans l'eau froide.

CAUTÉRISATION. M

On emploie le cautère actuel de trois manières :

1° Cautérisation ohjpctiic ou à distancf. — On fait chauffer à blanc le cautère nummulaire, et on l'expose d'abord à 16 centimètres de distance des parties qu'on veut stimuler, en le rapprochant à mesure qu'il se refroidit. Une seule application suffit pour l'ordinaire.

Guvellier, médecin-inspecteur de l'armée, a employé la cautérisation objective contre les névralgies et a imaginé une sorte de cautère objectif d'un usage très-commode. Il consiste en une toile métallique (fig. 3/i) tendue sur un cadre, supportée par un manche, et sur laquelle on applique quelques charbons. On gradue la température suivant qu'on approche ou qu'on éloigne l'instrument, qui conserve très-longtemps la chaleur, ce qu'on ne peut obtenir avec le cautère ordinaire.

Cette cautérisation fait rougir et gonfler les tissus, y développe une douleur assez vive, en un mot, produit une inflammation artificielle, utile dans les ulcères atoniques et certaines tumeurs scrofuleuses. Mais on en obtient des résultats bien plus remarquables encore sur les plaies en voie de cicatrisation, en tenant le cautère à distance, pour dessécher lentement la surface suppurante sans l'irriter, et en continuant pendant une heure et plus. J'ai réussi souvent ainsi à obtenir dans une seule séance, pom^ de petites plaies, une cicatrice complète; et pour les plaies les plus larges, on les voit .quelquefois se rétrécir presque à vue d'œil.

2° Cautérisation légère ou par simple contact. — Elle se pratique suivant deux procédés ; cnntérisation fraiiscitrrente, et cav.térisation ponctué p.

La cautérisation transcurrente consiste à promener sur la peau le cautère cultellaire chauffé à blanc, et à tracer ainsi, avec vitesse et légèreté, des raies dites raies de feu, qui n'intéressent que la surface du derme. Le nombre de ces raies varie suivant l'effet qu'on veut produire : leur direction, tout aussi variable, suit en général la longueur des membres. On peut, si Ton n'est pas sûr de sa main, tracer d'abord des lignes avec de l'encre, et effleurer à peine la peau avec le premier cautère, afin qu'il suffise à parcourir toutes les lignes tracées. On en emploie un second, ou l'on fait réchauffer le premier, s'il est nécessaire, et on le repasse, sans appuyer, sur les mêmes lignes. Il est inutile d'ajouter qu'on aggrave ainsi, en la prolongeant, la douleur produite par la cautérisation.

L'eschare de ces raies est de couleur d'or, et ne semble d'abord

liS OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES.

qu'un trait léger; mais elle s'élargit peu à peu, et entame le derme à une profondeur variable, qui cependant ne doit jamais aller jusqu'à le diviser en entier.

La cautérisation ■ponctuée se fait avec le cautère olivaire rapidement posé par sa pointe sur les téguments; c'est ce qu'on appelle des poiJites de feu.

Le nombre de ces pointes varie comme celui des raies de feu, selon l'effet qu'on veut produire.

3° Cautérisation profonde ou inhérente. — Elle consiste à appuyer le cautère chauffé à blanc sur des tissus dégénérés ou sur des plaies de mauvais caractère. La forme du cautère et les précautions à prendre pour garantir les tissus voisins varient selon les cas et les régions. Quant à la force avec laquelle il faut appuyer, le chirurgien doit se rappeler que les effets du cautère' s'étendent toujours au delà du point où il s'est arrêté, et que s'il a brûlé les tissus dans une épaisseur de 6 millimètres, l'eschare en aura 4 de plus.

Pour garantir les parties voisines, on a proposé de les recouvrir de linges mouillés; mais l'eau qui s'en écoule refroidit le cautère ; il est préférable d'appliquer un emplâtre ou un morceau de carton percé au centre d'une ouverture suffisante. Si Ton cautérise au fond d'une cavité naturelle, la muqueuse sera protégée par une canule de bois ou de métal. Jobert préfère, pour la cautérisation du col utérin, un spéculum d'ivoire. J'ai expérimenté que le spéculum d'étain peut très-bien remplacer celui d'ivoire ; l'important est de cautériser vite, pour que. l'action du feu n'ait pas le temps de se communiquer trop loin.

S'il faut porter le cautère profondément à travers un ulcère fistuleux, on élargira l'ulcère au besoin, et l'on attendra que le sang ait cessé de couler ; on peut alors se servir avec avantage des conduits de carton imaginés par Camper, ou mieux encore, du cautère électrique. Nous y reviendrons en traitant de la carie.

Yoillemier a proposé de recouvrir d'une couche de collodion les parties voisines de celles qui doivent être cautérisées. C'est un moyen peu utile dans la pratique. Il faut ou opérer en deux séances et appliquer d'avance le collodion, ou attendre assez longtemps pour que tout l'étlier qui le constitue soit évaporé, sans quoi l'on s'exposerait à voirl'éther s'enflammer au contact du fer rouge. Une compresse trempée dans l'eau protège mieux et ne demande pas d'autre précaution que celle de ne pas l'imbiber assez pour qu'elle laisse écouler de l'eau qui refroidirait le cautère. Des faits récents

CAUTÉRISATION

ont montré qu'il n'est pas inutile, aujourd'hui qu'on se sert de la 'Jvorisatiou d'éllier pour obtenir l'anesthésie locale, de rappeler que celle manière d'obtenir l'insensibililé ne doit pas être employée lorsqu'on veut se servir du cautère actuel. On s'exposerait à voir l'élher prendre feu et à produire des accidents graves de brûlure. Du reste, la douleur occasionnée par la cautérisation n'est pas aussi

FiGl

FiG. 35.

Cautère à gaz de Nélaton. — A, réservoir. — B, manche. — C, flamme du gaz. D. manchon de toile métallique.

cruelle qu'on le croirait, surtout si le cautère a été extrêmement chauffé. Il n'y a guère que celle de la peau qui soit très-vive : aussi est-il de précepte d'inciser et de disséquer la peau, quand cela est possible, avant d'appliquer le feu ; les. tissus adipeux, glanduleux, musculaire, sont beaucoup moins sensibles ; bien moins encore les tumeurs anomales (Percy); les os sentent à peine, et l'on a vu la cautérisation n^y causer qu'un prurit agréable (A. Paré) ;

enfin, sauf des exceptions excessivement rares, la cautérisation du col de rutéi:us est absolument sans douleur.

Au lieu de se servir de fers rousfis au feu, Nélaton a cherché à utiliser directement la flamme produite par la combustion du gaz d'éclairage. Le cautère se compose d'un manchon de tôle (D) dans l'intérieur duquel s'ouvre un brûleur à très-petite ouverture, d'un manche (B) muni d'un robinet et d'un tube de caoutchouc adapté au réservoir de gaz hydrogène (x\). Le manchon de tôle est percé de larges fenêtres fermées par de la toile métallique, ce qui permet l'arrivée de l'air nécessaire à la combustion, et s'oppose à la trans^^ mission de la chaleur. Le réservoir A peut être une vessie, un sac de caoutchouc ou même l'ouverture d'un bec d'éclairage. L'action de ce cautère est très-énergique. Coote l'a modifié en faisant arriver la flamme sur la face concave d'une capsule de platine, laquelle se trouve ainsi chaufl'éeau rouge. La nécessité d'avoir à sa disposition un sac de caoutchouc rempli d^hydrogène ou tout autre réservoir rend le cautère à gaz d'une application difficile dans la pratique civile; à l'hôpital, le cautère actuel ordinaire est si facile à tenir prêt, qu'on ne saurait s'étonner si le cautère à gaz n'a pu jusqu'à présent être adopté.

ARTICLE LIL

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