‹ Manuel de médecine opératoire (volume 4)Chapitre 30 sur 259 · I. — JDe la eoniprcssioii des artères en ju;énéral · texte numérisé non relu

I. — JDe la eoniprcssioii des artères en ju;énéral

La compression a pour but d'aplatir l'artère et d'effacer ainsi momentanément son calibre. De là, pom* qu'elle soit exacte, celte double nécessité : 1 " que l'artère ne soit pas trop profonde ; 2" qu'elle repose sur un plan osseux. Qaand ces conditions manquent, on est forcé de comprimer tout le membre.

Nous indiquerons quatre procédés.

1° Compression avec les doigts. — On s'occupe d'abord de trouver Tartère, reconnaissable à ses battements, et de choisir le point sur lequel on la comprimera; puis on applique sur le vaisseau le pouce ou les autres doigts, en observant les règles suivantes :

1° La compression doit se faire dans une direction perpendiculaire au plan osseux sur lequel elle appuie.

2° Si Ton se sertdupouce, on l'applique en travers du Vaisseau, et l'on appuie comme avec un cachet. Si Ton se sert des autres doigts, on forme avec leurs pulpes réunies un plan horizontal ; on les range le lon^ du trajet de l'artère, de manière que la compression s'exerce par trois ou quatre doigts ensemble, tandis que le pouce, placé sur le point opposé du membre ou sur quelque saillie voisine, fournit un point d'appui (fig. kl).

3° La compression doit être aussi légère que possible, suffisante seulement pour effacer le calibre de l'artère : règle bien importante, et qu'on ne viole point sans se fatiguer horriblement et s'exposer même à relâcher la compression, les doigts meurtris et comme paralysés ne sentant plus à la fin ni la position ni les battements de l'artère.

Lisfranc a donné des indications très-judicieuses pour bien apprécier le degré de force qu'exige la compression d'une artère. S'il s'agit de l'artère humérale, par exemple^ le pouce étant appliqué sur le côté externe du membre, les autres doigts sur le trajet du vaisseau, on presse légèrement d'abord, et l'on explore les battements de la radiale. On les sent faiblir peu à peu, à mesure que la compression augmente ; on arrive graduellement à les faire disparaître ; la compression est alors au degré convenable, et il est I parfaitement inutile d'appuyer plus fort.

k° L'aide qui comprime doit être placé de telle manière qu'il voie les progrès de l'opération sans gêner l'opérateur et sans en ' être gêné lui-même.

5" Si les doigts se fatiguent durant une opération longue, on ap-

puie par-dessus les doigts correspondants de l'autre main. Si cela ne suffit point, un second aide appuie sur les doigts du premier, ou même reprend sa place sur l'artère, en comprimant d'abord le vaisseau immédiatement au-dessus.

6° Si, par un mouvement des doigts ou du malade même, le vaisseau cessait d'être oblitéré, au lieu de doubler l'effort de la compression, il faut, avec fermeté et promptitude, la rétablir sur l'axe du vaisseau et perpendiculairement au plan osseux, comme auparavant.

FiG. 41.

Couipiessiou de l'bumérale avec les doigts.

7"* La compression doit se continuer jusqu'après l'application des moyens hémostatiques définitifs. Toutefois, si l'opérateur a besoin du jet du sang pour reconnaître la bouche des vaisseaux, l'aide ne fait que soulever légèrement les doigts, sans quitter l'artère, et en les réappliquant aussitôt.

HÉMOSTASIE.

2" Comprcssto}i. avec la pelota un le cachet. — On place sur le trajet du vaisseau une pelote à compression, ou simplement une bande exactement roulée, sur laquelle on appuie avec les doigts. Les règles sont les mêmes ; d'où il suit qu'avec tous les inconvénients du premier procédé, celui-ci a encore le désavantage dun instrument qui ne sent pas l'artère.

La pelote surmontée d'un manche et appliquée comme un cachet, expose moins à se fatiguer ; mais elle est sujette à se déran-

FiG. h2.

Garrot constitué pal' le mouchoir, la cravate et le sabre du blessé.

ger, et ne convient guère ^ne pour l'artère sous-clavière et l'aorte abdominale.

3° Ze garrot. — Le garrot se compose d'une pelote, d'un lacs, d'une plaque de corne ou d'écaillé, et d'un bâtonnet de corne ou

MALGAIGNE. — ÉD. OPÉR. — 8® édlt. 4

de bois, armé d'une ficelle à son extrémité. On applique la pelote sur l'artère, la plaque au côté opposé du membre; on les fixe à l'aide du lacs, dont on entoure deux fois le membre sans le serrer, et dont on noue les extrémités sur la plaque. On passe entre ce nœud et la plaque le bâtonnet, de façon que le lacs réponde à sa partie moyenne ; et, en le faisant tourner en moulinet, on tord le lacs sur lui-même, etl'on exerce ainsi une constriction qui applique la pelote surfartère. Un aide maintient le bâtonnet au degré de constriction convenable, ou bien on le fixe au lacs à l'aide de la ficelle qui pend à son extrémité.

11 est d'usage d'assujettir d'abord la pelote avec une compresse ou une bande, afin de préserver la peau d'une striction immédiate ; la pelote même n'a guère d'autre utilité ; et le garrot, qui ne s'applique qu'à la cuisse et au bras, n'agit pour ainsi dire qu'en comprimant également sur l'os tous les points du membre.

C'est assurément le plus fort et le plus sûr de tous les moyens compressifs. Mais outre que son emploi est borné à la partie moyenne des membres, on lui reproche de s'opposer à la rétraction des muscles, et de contondre la peau pour peu que la pres^ sion soit forte. Je l'ai employé et vu employer dans la campagne de Pologne, et je n'ai pas remarqué cette contusion de la peau; mais je lui ai trouvé deux inconvénients graves : 1° la difficulté de lever et de rétablir la compression instantanément pour révéler^ par le jet de sang, le§ bouches des artères ; 2° la constriction générale qui s^étend aux veines empêche le retour du sang, et fait pleuvoir à la surface du moignon une hémorrhagie veineuse, qui ne cesse que quand le garrot est complètement enkvé.

Ces inconvénients et les perfectionnements apportés àla construction des tourniquets ont fait abandonner à peu près complétemeiit l'usage du garrot, qui ne trouve plus guère son utilité que dans les cas d'urgence absolue, comme il s'en rencontre un si grand nombre sur les champs de bataille. On peut alors se servir du mouchoir, de la cravate du blessé serrée avec le fourreau du sabre, d'un morceau de bois ou de tout autre tige rigide. Il faut avoir soin d'appliquer sur la partie qui correspond à l'artère un tampon ou quelque corps exerçant une compression. Un ou plusieurs nœuds faits au lien constricteur peuvent quelquefois suffire. L'application du garrot ne saurait jamais être que temporaire et continuée seulement jusqu'au moment où l'on pourra appliquer des moyens hémostatiques plus certains et présentant moins d'inconvénients.

k° Le tourniquet de J. L. Petit. — Le tourniquet de Petit est formé de deux plaques carrées, un peu cintrées^ dont la supérieure

HEMOSTASIE.

s'écarte ou se rapproche à l'aide d'une vis de pression fixée sur l'inférieure; celte dernière est munie d'un coussin recouvert en chamois. Une autre pelote libre et un lacs fixé aux plaques complètent l'appareil.

Les plaques étant rapprochées, on applique le coussin qui revêt l'inférieure sur le trajet de l'artère^ la pelote libre au point opposé du membre, et l'on entoure le membre avec le lacs médiocrement serré ; puis on fait agir la vis, qui, écartant les deux plaques, pousse l'inférieure contre l'artère, et établit une compression sûre et efficace.

FiG. 43.

Tourniquet de J. L. Petit modifié. — A, pelote appliquée sur l'artère. — B, pelote placée ail côté opposé du membre. — C, sangle bouclée servant à fixer l'appareil. — D, ris qui en écai'tant la pelote A de la plaque métallique supérieure règle le degré -tle compression.

^ Quelques-uns ont cru qu'il fallait appliquer sur l'artère la pelote libre : l'éditeur J. L. Petit est tombé dans cette erreur, qui a servi de base à la construction de certains tourniquets, comme

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAmES.

celui de Percy. La compression ainsi faite est difficile et infidèle, comme nous l'avons éprouvé.

Le coussin qui comprime doit être assez large ; son effet en est plus certain, et l'instrument est moins sujet à l'inconvénient qu'on lui reproche, de basculer facilement en renversant les plaques sur le côté.

On a apporté uri grand nombre de modifications aux compresseurs ordinaires, dans le but soit de les rendre moins volumineux et plus portatifs, soit de leur donner un^i élasticité qui rende la*

FiG. Ml.

Compresseur de Luer,

compression toujours sensiblement égale. Le compresseur que représente la figure /i/i est le plus simple. Il se compose d'une plaque métallique formée de deux parties glissant l'une sur l'autre de manière à pouvoir augmenter ou diminuer sa largeur, suivant le volume du membre sur lequel on l'applique. La pelote comprimante est généralement en bois; la seconde pelote a été supprimée. D'autres compresseurs sont formés de deux plaques d'acier dont, chacune porte une pelote. La striction est opérée au moyen d'une

HÉMOSTASIE. 65

bande arrêtée sur des crochets que porte la plaque qui correspond a 1 artère. D'autres instruments d'une construction analogue et

FiG. (ib.

Compresseur à pression continue.

dans lesquels on utilise également l'élasticité de l'acier sont en outre munis d'une vis de pression (fig. 46), et agissent à peu près comme le tourniquet de J. L. Petit.

Fjg. ^6.

Compresseur à pression continue et à vis de pression.

Le compresseur de Dupuytren est constitué par un arc métallique un peu plus que demi-circulaire et terminé à ses extrémités

par deux pelotes, l'une fixe, l'autre mobile par le même mécanisme que dans le tourniquet de J. L. Petit. Ces pelotes sont supportées par deux lames d'acier qui peuvent glisser sur le demicercle métallique en augmentant ainsi le diamètre de l'appareil, suivant la partie sur laquelle il doit être appliqué. Signorini a modifié le compresseur de Dupuytren en brisant l'appareil par le milieu, pour y placer une crémaillère permettant de modifier sa courbure (fig. 47),

FlG. kl,

Compresseiu' de Signorini. — A, vis modifiant l'écartement des branches. G. vis modifiant leur longueur.^F, pelote de pi'ession. — E. pelote de contre-pression.

M. Marcelin Duval a modifié à son tour les compresseurs de Dupuytren et de Signorini, en substituant à la roue dentée un ressort en spirale (fig. k%) dont la force est réglée par une vis. Cet appareil a sur ses précédents l'avantage d'exercer constamment une pression sensiblement égale, grâce à Télasticité du ressort.

Tous ces appareils ont le même défaut, celui de se déplacer facilement, et le défaut est dû surtout à l'adjonction de la deuxième pelote, adjonction tout à fait inutile lorsque la plaque appliquée au côté du membre opposé àl' artère est une plaque métallique d'une longueur et d'une largeur suffisante convenablement rembourrée. De tous ces tourniquets celui qui représente la figure hU est le plus simple, mais l'on peut dire aussi que le meilleur ne vaut guère,

HÉMOSTASIE. 67

car le plus simple et le plus sûr de tous ces moyens est la compression avec les doigts d'un aide ; les autres ne sont employés

FiG. 48.

Compresseur de Duval. — A, vis réglant la pression, — G, ressort. B, vis modifiant la longueur des branches.

qu'exceptionnellement et surtout lorsqu'on n'a pas d'aide à sa disposition.

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