CHAPITRE VII
DEL'ANESTHÉSIK.
Diminuer, suppiimer même la douleur dans les opérations chirurgicales a été de tout temps les préoccupations des chirurgiens, mais ce n'est que depuis un quart de siècle que ce résultat a été atteint. La découverte de Tanesthésie provoquée par Tinhalation de gaz ou de vapeurs a permis de plonger le patient dans un sommeil arlificiel. Cependant, on a cherché et trouvé d'autres moyens, qui, sans agir sur l'individu tout entier, ne portaient leur action que sur le membre ou la partie du corps qui devait être le siège de l'opération ; de là deux méthodes que nous devons étudier séparément : l'aneslhésie générale et Fanesthésie locale.
]. — Anics4liésie géiicvale.
La nature et les bornes de cet ouvrage ne comportent pas l'historique de la découverte des divers agents anesthésiques et l'étude de leur mode d'action. L'éther, le chloroforme, et, dans ces derniers temps, le protoxyde d'azote, ont été les principaux agents anesthésiques employés; nous pouvons y joindre comme succédanés l'amylène , le kèrosolène et toute la série des éthers acétique, chlorhydrique, nitrique, l'aldéhyde, le bisulfure de carbone, etc. Voyons d'abord de quelle façon, par quels moyens, à l'aide de quels appareils on fait usage de ces différents agents.
Éther. — La volatilité extrême de l'éther, son odeur très-pénétrante susceptible de gêner l'opérateur et les assistants, ont presque toujours engagé à se servir d'appareils spéciaux d'inhalation. Je ne puis entrer dans leur description. Il me suffira de dire qu'ils consistent à peu près tous dans un récipient de verre dans l'intérieur duquel se trouvent des éponges ou des rondelles de tissu sur lesquelles on verse une certaine quantité d'éther. Les vapeurs d'éther qui remplissent le flacon arrivent à la bouche du malade par un tube flexible, terminé par une large embouchure. Des soupapes convenablement disposées font passer l'air inspiré dans l'intérieur du flacon, où il se charge de vapeurs élhérées, tandis que
MALCAIGNE. — MÉD. OPÉR. — 8° édit. I. — 6
d'autres soupapes font arriver l'air expiré à l'intérieur, sans qu'il puisse repasser parle ballon de verre. Des ouvertures placées à des points divers, suivant la nature et la forme de l'appareil, permet-
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Appareil Charrière pour l'éthérisation.
tent de régler la quantité d'air atmosphérique que le chirurgien croit devoir mélanger aux vapeurs anesthésiques.
Chloroforme. — Lors de la découverte du chloroforme et de l'emploi de ce nouvel agent, on se servit d'appareils analogues à ceux dont on se servait pour l'éthérisation, mais d'un volume plus réduit. La volatihté moindre du chloroforme a permis même de se passer de tout appareil, et la plupart des chirurgiens préfèrent se servir d'un mouchoir ou d'une compresse plies en plusieurs doubles; après les avoir disposés en godet, on renverse sur le linge le goulot du flacon qui contient le chloroforme, de manière à Timbiber assez fortement en cet endroit, et on l'apphque sur les narines et la bouche du malade, en laissant cependant assez de jour pour que l'air at-mosphérique puisse aborder librement. Si le sujet est nerveilx, irritable, et accuse un sentiment de suffocation, on laisse flotter le inouchoir ou la compresse, en les tenatit même éloignés des narines, pour accoutume^ peu à peu le malade à l'odeur du chloroforme. Si la quantité de Chloroforme ne suffit pas, on recommence autant de fois qu'il est nécessaire, en observant toujours les mêmes précautions.
ANKSTHÉSIK.
Ce moyen a certainemcnl. pour lui la simplicilé, ccpendanl il présente deux inconvénients : le premier de cacher plus ou moins la figuie du malade et d'empêcher le chirurgien d'observer sur la physionomie du patient les effets de l'agent anesthésique. Le second de nécessiter l'emploi d'une plus grande quantité de chloroforme dont une bonne partie^ après avoir traversé par imbibition toute la compresse, se perd par évaporation sur sa face extérieure. On a donc cherché par l'emploi d'appareils très-simples à supprimer ou à diminuer ces inconvénients. Il fallait remplir deux indications, avoir une surface absorbante sur laquelle ont put verser le chloroforme; permettre l'accès de l'air qui doit être mélangé aux vapeurs anesthésiques. L'appareil de Raynaud (de Toulon) et Charrière remplit assez bien ces indications. Il se compose d'un cornet conique de carton, percé d'une large ouverture à son sommet, et se terminant par une sorte d'embouchure embrassant la bouche et le n^z du malade. L'appareil est doublé intérieurement de laine, et, à une certaine distance du sommet du cône se trouve un diaphragme, formé par plusieurs doubles de laine, présentant au centre un large trou pour l'arrivée de l'air at-
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(lornet métallique à cblorotorme.
mosphérique. C'est sur ce diaphragme que l'on verse le chloroforme.
Le cornet anesthésique de Raynaud a l'inconvénient de laisser fort à désirer sous le rapport de la propreté, les malades
OPÉRATIONS ÉLÉMRNTAIRES.
crachant fort souvent dans Tintérieur de Tappareil dans cette période qu'on pourrait appeler période de spulalion. Un cornet à chloroforme très-usité en Angleterre, et dont je fais usage depuis plusieurs années, est exempt de ce reproche. Il se compose (fig. 7/4) d'une sorte de boîte de maillechort, échancrée dans les parties qui répondent au nez et au menton du malade, et dont le fond et la paroi inférieure sont percés d'un trou permettant l'arrivée de
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Application du cornet à chloi^ofoi'me.
l'air. Un ressort de fer à cheval, placé dans la paroi supérieure, à l'intérieur même de l'appareil, permet de fixer solidement quelques rondelles de Hnges ou deux plumasseaux de charpie sur lesquels se verse le chloroforme. Le linge ou la charpie sont renouvelés après chaque chloroformisation, et l'on conçoit que rien n'est plus facile que de tenir toujours l'appareil dans le plus grand état de propreté. On voit de plus, par l'inspection de la figure 7/i, que le moindre
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changement dans la physionomie du malade ne peut échapper aux regards du chirurgien.
Dans les cas où l'on opère sur la cavité buccale, on peut administrer le chloroforme par les narines. J'ai vu se servir à Londres pour une staphylorrhaphie du moyen suivant : l'aide portait attaché à un bouton de son vêtement un flacon rempli de coton bien imbibé de chloroforme. Un tube s' ouvrant dans la partie supérieure du
Anestliésie pai' insufflation de vapeurs chloroformiqiies dans les narines.
flacon (fig, 75) y amenait de l'air poussé par la poire à injection de Tappareil de Richardson. Cet air saturé de vapeurs chloroformiques arrivait dans le tube de caoutchouc, bifurqué à son extrémité et termine par deux petits tubes que l'aide maintenait dans les narines du malade. L'anesthésie s'obtient très-facilement par ce moyen dont on pourrait étendre la sphère d'application, et que Faure avait conseillé, il y a quelques années, comme méthode générale.
Protoœyde d'azote. — L'anesthésie par la respiration du gaz protoxyde d'azote n'a guère été employée jusqu'aujourd'hui que par les dentistes pour l'avulsion des dents. La difficulté de sa préparation, la nécessité de l'administrer au moyen d'appareils peu transportables, la courte durée du sommeil qu'il procure, le rendent peu propre à la pratique chirurgicale. Le mode d'action de cet
agent qui donne à la figure ài\ malade la teinte bleuâtre de l'as' phyxie est encore peu étudié.
Accidents et dangers de Vanesthésie générale. — Avant de poser les règles de l'administration du chloroforme, je dois étudier rapidement les dangers qui peuvent l'accompagner, puisque c'est la connaissance même de ces dangers qui peut nous indiquer les moyens de les éviter dans la mesure du possible. MM. Perrin, Snow, Kidd et surtout Sabarth, ont publié des statistiques mortuaires de l'anesthésie ; d'après celle qu'a donnée M. Kidd dans le Médical Times and Gazette (mai 1860), il y aurait eu jusqu'alors en Europe 125 cas de mort par le chloroforme, 25 par l'éther et quelques-uns par l'amylène. J'ai de mon côté, pour un travail non encore publié, relevé tous les cas publiés dans les recueils périodiques ou dans les statistiques hospitalières, dans le but d'étudier le mode d'apparition ou de production des accidents chloroformiques ; le nombre défaits dépasse 200, mais il me paraît inutile d'insister sur les chiffres, car il est de toute évidence qu'un nombre beaucoup plus considérable de cas mortels n'ont pas été publiés. Recherchons donc les enseignements qui résultent de l'étude de chaque cas en particulier. Le chloroforme peut tuer par empoisonnement, par asphyxie ou par syncope.
1° Em'poisonnement ou asphyxie par inhalation d'une trop grande quantité de chloroforme. — Il n'est pas douteux que la mort ne puisse être le résultat d'une inhalation trop prolongée d'une grande quantité de chloroforme, soit par l'action toxique de la vapeur, soit parce qu'on a empêché le mélange des vapeurs avec une quantité suffisante d'air atmosphérique. Je ne connais qu'un seul cas où le chloroforme ait été employé pour commettre un meurtre. Le meurtrier, dentiste à Berhn, en proie au désespoir causé parla misère, tua dans une auberge de Potsdam sa femme et ses deux enfants, l'un âgé de huit ans et l'autre de dix, par des inhalations de chloroforme, et se suicida ensuite par le même moyen. Dans un certain nombre de cas, le chloroforme a servi au suicide de médecins ou d'étudiants en médecine, plusieurs fois le sujet fut trouvé dans son lit, ayant sur la figure un mouchoir imbibé de chloroforme et recouvert d'un bonnet ou d'une casquette. ïi est impossible de ne pas admettre que, dans le cas de meurtre que je viens de citer, le chloroforme a agi comme agent toxique, aidé sans doute dans son action par l'obstacle apporté à l'arrivée de l'air atmosphérique ; le doute existe peu également sur la cause de la mort dans les cas de suicide, et l'on peut être autorisé à
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admettre la même explication pour la iriort des docteurs Adams (Glasgow), Coates Lymi(Newcastle), et de plusieurs étudiants ayant succombé à Londonderry, à Shefïield, à Londres, à Sherness, pendant qu'ils s'administraient eux-mêmes le chloroforme, soit à titre d'expérimentation, soit comme traitement de diverses névralgies. Le même accident mortel est survenu dans les mêmes circonstances à d'autres personnes étrangères au corps médical. Je crois qu'on peut admettre comme possible que des malades aient succombé par excès de chloroformisation ou par mauvaise administratrion de l'agent anesthésique dans les premières années de la découverte de l'éthérisation ; mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui cette cause de mort est peu à redouter, pourvu que l'on prenne la précaution de laisser arriver une quantité suffisante d'air atmosphérique mêlé aux vapeurs anesthésiques.
2° Asphyxie par spasme de la glotte. — Pendant la période d'excitation, au moment où le malade se débat entre les mains des assistants, on a vu plusieurs fois le patient s'asseoir brusquement sur son séant, les yeux fixes, hagards, largement ouverts, la face bleuâtre, comme cyanosée, puis retomber brusquement en arrière dans cet état de résolution qui caractérise la mort. Dans ces cas, on trouve toujours noté dans les observations (où les phénomènes morbides sont indiqués) que la respiration s'arrête, mais que le cœur continue à battre pendant un temps plus ou moins long. A Tautopsie on retrouve les poumons gorgés de sang spumeux, noirâtre et les phénomèmes cadavériques de l'asphyxie. La cause de la mort survenue toujours alors dans la période d'excitation paraît être un spasme convulsif des muscles du larynx s'opposant au passage de l'air. Dans le cas où cet accident se produirait, il faudrait, non pas recoucher de force le malade, mais le laisser sur son séant et amener brusquement et immédiatement cette révulsion que cause sur tout l'organisme le jet sur la face d'un verre d'eau froide, et même, comme il n'y a pas de temps à perdre, un soufflet vigoureusement appliqué, moyen thérapeutique, non inscrit au Codex, mais qui a l'avantage d'être toujours sous la main du chirurgien. Il est inutile d'ajouter que, sauf le cas d'extrême urgence, il est préférable d'employer la fustigation faciale ou thoracique avec une compresse mouillée.
3° Asphyxie par rétrocession de la langue. — Pendant la période de résolution, la respiration, devenue bruyante, se traduit par des ronflements plus ou moins sonores ; mais parfois ces ronflements changent de caractère, deviennent du stertor et le bruit respira-
toire cesse tout à coup en même temps que la face pâlit; ou au contraire, ce qui est plus fréquent, prend une teinte cyanosée. Cet accident est dû à la rétrocession de la langue dont la base vient appuyer sur l'ouverture supérieure du larynx en renversant sur elle l'épiglotte. Le meilleur moyen, le seul même complètement efficace, consiste à saisir la pointe de la langue avec une pince, et à la tirer hors de la bouche.
4" Syncope. — La mort est rarement survenue par les causes, que nous venons d'examiner, elle est au contraire assez fréquente par syncope, et lorsqu'on prend la peine de lire et d'étudier les nombreuses observations publiées, on voit que la syncope est survenue dans des conditions diverses qu'on peut ramener à cinq principales.
A. Avant l'invention des anesthésiques^ la mort par syncope est assez souvent survenue pendant les opérations et même tout à fait au début de la chloroformisation, de telle sorte qu'on ne peut guère l'attribuer qu'à la frayeur, à une émotion morale vive, et non à la douleur et encore moins à l'hémorrhagie. La syncope peut aussi survenir tout à fait au début de la chloroformisation, sans qu'on puisse attribuer la mort à l'administration de l'agent anesthésique, puisque le malade n'en avait pas encore respiré les vapeurs.
B. Ce qui est plus fréquent, c'est de voir la chloroformisation déterminer une syncope chez un malade déjà extrêmement faible, assez même pour qu'on redoute pour lui l'ébranlement causé par la douleur de l'opération. J'ai moi-même perdu un malade dans ces conditions. \ peine le chloroforme eut- il été placé à distance devant la bouche du malade, que sa pâleur déjà excessive devint presque cadavérique en même temps que les yeux perdaient toute expression. Je crois donc que dans un état d'extrême faiblesse ou d'anémie très-prononcée il vaut mieux s'abstenir des anesthésiques.
C. La syncope peut survenir par le fait de la douleur causée par l'opération, alors même que l'anesthésie est à peu près complète. Je suis obligé d'entrer ici, très-exceptionnellement, dans des considérations théoriques que j'abrégerai le plus possible. Un homme ivre peut, pendant son ivresse, commettre des actes délictueux dont il a perdu tout souvenir lorsqu'il se réveille du sommeil qui suit toujours l'excès des alcooliques. L'anesthésie ne sait pas au réveil ce qui lui a été fait, car il n'a pas eu la perception de ses souffrances et de leurs causes ; mais l'économie a ressenti l'ébranlement causé par la douleur, surtout lorsque le sommeil n'est pas absolu. Ainsi, le malade est immobile, endormi, ou bien il s'agite un peu, parle ou chante, pendant que le bistouri sectionne les
muscles, le tissu cellulaire; mais, que l'instrument atteigne un nerf le chirurgien entend alors un cri, une plainte, qui cessent aussitôt ; et cependant, le malade réveillé ne sait même pas qu'il est opéré. Cette douleur dont le malade comme être pensant et réfléchissant n'a pas eu conscience, n'a-t-elle pas pu ébranler le système nerveux, assez pour amener une syncope? Je le crois, et quelques faits tendent à le prouver, mais il est tout à fait certain que lorsque le sommeil est incomplet, la douleur peut amener une syncope mortelle. Nous en avons plusieurs exemples. C'est au moment où le bistouri a porté sur un nerf, c'est au moment où l'opération a débuté, où la peau a été incisée, que le malade a pâli, que le pouls s'est arrêté et que la mort est survenue. Je crois donc qu'il ne faut point commencer l'opération avant que l'anesthésie soit complète et qu'il y a beaucoup moins de danger à provoquer un sommeil profond qu'une sorte de demi-sommeil. Quelles que puissent être les explicafions théoriques, un fait subsiste : la plus grande fréquence de la mort par syncope dans la chloroformisation incomplète que dans les conditions opposées.
D. — Il est à peine utile de parler du danger de la chloroformisation dans la station assise. Elle facilite singulièrement la syncope, et les nombreux cas de mort survenus entre les mains de dentistes jugent définitivement la question. Il faut de même s'opposer à ce que le malade, à peu près endormi, se relève sur son séant, comme beaucoup cherchent à le faire ; c'est dans un pareil mouvement qu'un chirurgien d'Exeter a vu survenir une syncope brusque et mortelle.
On ne peut pas dans toutes les observations classer nettement les causes de la mort et les faire rentrer dans les catégories que je viens de tracer; quelquefois la respiration, irrégulière d'abord, s'embarrasse peu à peu, et la mort survient malgré la chloroformisation, d'autres fois, les accidents sont dus à une maladie de cœur préexistante dont le chirurgien ne s'est pas préoccupé ; dans ce cas, les troubles surviennent à la fois du côté de la respiration et du côté de la circulation, tandis que dans les faits malheureusement si nombreux dans lesquels la mort est survenue par syncope, on trouve presque toujours que les battements du pouls et du cœur ont cessé brusquement, mais que la respiration a continué plus ou moins régulière quelques secondes ou quelques minutes encore, tandis que les phénomènes inverses ont été observés dans les cas d'asphyxie par spasme de la glotte ou par rétrocession de la langue.
Nous avons à nous demander quelle part prend le chloroforme dans la syncope et dans la mort? La réponse est assez facile. Le chloroforme n'empêche pas la syncope, surtout s'il est donné in-
complètement, chez un individu robuste et vigoureux; il peut même la provoquer chez un individu très-affaibli; mais chez l'un et chez l'autre il a causé une dépression telle qu'une syncope spontanée qui chez un malade non chloroformisé eût cédé aux moyens ordinaireSj devient mortelle chez l'anesthésié, par défaut de réaction.
'Phénomènes de Vanesthésie , mode d'administration du chloroforme. -— Le malade qui doit être soumis aux inhalations doit être débarrassé de tous les liens capables de gêner la respiration ou de comprimer le cou ; tels que cravate, brides de bonnet, col de chemise, cordons de jupons, etc; il doit être dans le décubitus dorsal, la tête peu élevée, mais pas tout à fait horizontale. Qu'on se serve d'un mouchoir, d'une compresse ou d'un des cornets dont j'ai donné plus haut la description, il faut ne verser tout d'abord que quelques gouttes de chloroforme et tenir la compresse assez éloignée de la bouche du patient, la plupart d'entre eux éprouvant pour le chloroforme une certaine répugnance. Soit avant de commencer l'administration du chloroforme, soit après l'avoir présenté devant la bouche du malade et observé la manière dont il le respire, il est utile de lui recommander de respirer franchement, naturellement, sans efforts, et d'éviter surtout ces mouvements de déglutition qui, trop souvent, sont la cause de vomissements par suite de l'ingestion dans l'estomac d'une certaine quantité d'air mélangé de vapeurs. Si le malade respire mal, on interrompt un instant pour lui faire de nouvelles recommandations; s'il fait des mouvements de déglutition, on l'engage à tenir la bouche ouverte.
Les premiers phénomènes qui se manifestent d'abord consistent en des bourdonnements d'oreilles et de la loquacité, puis survient la période d'agitation. Le malade se débat plus ou moins énergiquement, et C(;tte période qui peut cependant manquer ou être peu marquée est presque constante. Il ne faut donc pas prendre pour une véritable résolution chloroformique l'apparente insensibihté dans laquelle tombent assez rapidement quelques malades avant l'apparition d'aucune agitation; la flaccidité des membres n'est pas alors suffisamment caractéristique, et, pour ne pas s'exposer à voir le malade en apparence endormi s'agiter au premier coup de bistouri et forcer l'opérateur à s'interrompre pour faire redonner du chloroforme , il est bon de piquer avec la pointe du bistouri l'endroit sur lequel doit porter l'opération.
Une dernière période, qui manque rarement, surtout chez les hommes, est celle de sputation ; le patient crache fort au hasard et presque toujours avec une certaine force. Cette deuxième période en précède une troisième avec laquelle elle se confond quelquefois.
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c'est celle qu'on pourrait appeler confiisùm des lanyues. A partir de ce moment, Tanesthésie survient en général rapidement.
J'ai déjà dit qu'il fallait toujours laisser arriver aux poumons une certaine quantité d'air atmosphérique, j'ajoute que la quantité de chloroforme varie beaucoup avec les individus, et surtout avec leurs habitudes de sobriété ou d'intempérance ; on peut dire d'une manière générale qu'une fois qu'on est arrivé à la période d'agitation, il vaut mieux verser à la fois dans l'appareil une certaine quantité de chloroforme que de diviser cette même quantité en doses plus petites et successives.
Pendant la durée de l'opération, l'aide chargé du chloroforme ne doit pas laisser le malade se réveiller, et il doit faire la plus grande attention aux changements qui peuvent survenir dans la physionomie de l'opéré, dans la force et la régularité des battements du cœur, des pulsations radiales et de mouvements respiratoires. Cette surveillance doit être continuée, même après l'opération et jusqu'à ce que le malade soit complètement réveillé ; on a vu plusieurs fois la mort survenir, même à ce moment et à l'insu du chirurgien.
Des accidents de la chloroformisation. Les accidents ou mieux les incidents sont assez fréquents pendant la chloroformisation ; tantôt la respiration semble s'arrêter comme si le malade se refusait à respirer, tantôt des nausées ou des vomissements se déclarent, tantôt le pouls faiblit ou devient irrégulier; ces phénomènes peu graves cèdent facilement ou causent plus d'ennui que d'inquiétude ; mais il n'en est plus de même des véritables accidents, presque toujours rapidement mortels. J'ai dit ce qu'il y avait à faire dans le cas de spasmes de la glotte, de rétrocession de la langue; que peut-on faire dans les cas de syncope ?
La respiration artificielle par les mouvements imprimés au thorax a rahiené à la vie un malade de Cock opéré à Saint-Thomas Hospital en 1862 ; mais la respiration artificielle bouche à bouche est certainement préférable. Confervon, enl8/t9, Roser, en 1856, Ricord, enl850 et1853,lui ontdtila résurrection de leurs malades.
Le renversement, la tête en bas, a réussi à Nélaton, à Holmes (de Chicago) dans une syncope cbloroformique ; chez le malade de Holmes, les accidents reparurent quand on remit le malade dans la position horizontale ; il fallut revenir de nouveau au renversement qui fut suivi d'un succès complet.
V électrisatîon énergique a procuré plusieurs succès. Après avoir
pratiqué la respiration artificielle pendant vingt minutes, T. H. Thomas (de Philadelphie) appliqua les deux pôles d'une batterie galvanique au cou et dans les régions intercostale et diaphragmatique. Les muscles se contractèrent, les paupières s'ouvrirent, et en dix minutes tout danger disparut. Thomas paraît avoir employé les courants galvaniques. Le plus souvent on eut recours à la faradisation. Friedberg extirpait une tumeur de la paupière, chez un enfant de quatre ans; une syncope chloroformique étant survenue, on essaya, mais sans résultat, la respiration artificielle, on employa alors la faradisation avec Tappareil de du Bois-Reymond, ejù appliquant un des pôles au niveau du nerf phrénique au cou, l'autre au niveau du 7® espace intercostal. Dix fois on établit et l'on interrompit le courant ; à la 3^ interruption, il y eut une inspiration profonde, spontanée, suivie de plusieurs autres, on continua également la respiration artificielle, et vingt minutes après l'apparition des accidents la connaissance était complète. Dantzel (de Hambourg) en 1866 réussit de même par les mêmes moyens. J'y ai eu recours dans le cas dont je fus témoin, et si le succès ne couronna pas mes efforts, je pus voir que la faradisation énergique est le moyen qui peut le mieux faire espérer le succès. La respiration artificielle n'amena aucune inspiration spontanée, tandis que la faradisation en provoqua à chaque application des rhéophores ; mais après une quinzaine d'inspirations de plus en plus faibles, l'électricité elle-même resta sans effet.
En présence d'accidents chloroformiques, il faut donc coucher le malade horizontalement, la tête beaucoup plus abaissée que le bassin, tirer la langue au dehors, pratiquer la respiration artificielle, de préférence bouche à bouche , recourir à la faradisation. Mais comme il ne faut pas perdre une seule minute, il est prudent d'avoir toujours avec soi, tout prêt à fonctionner, un appareil à faradisation. MM. Onimus et Legros ont préconisé les courants constants ; on conçoit qu'alors qu'il s'agit de syncope, nous n'accordions que peu de valeur à des expériences faites sur des lapins ou des chiens chez lesquels on n'amène des accidents qu'en forçant la dose ou la durée de la chloroformisation.
D'après quelques chirurgiens, l'éther n'offrirait pas les dangers du chloroforme. Cette assertion est une imagination pure. On a d'assez nombreux cas de mort par l'éther, et si les décès par chloroforme sont beaucoup plus fréquents, c'est que le chloroforme a a élé pendant longues années et est encore à peu près le seul anesthésique employé. Ce que j'ai dit plus haut sur la syncope doit faire comprendre que l'agent chimique employé n'a que peu d'elîel, si toutefois il y en a, sur la fréquence et la gravité des accidents.