VII. — De l’ongle entré dans les cuairs
Anatomie. — Ou bien l’ongle se dévie et s’enfonce lui-même dans les chairs , et quelquefois il va jusqu’à ulcérer l’orteil voisin; ou bien les chairs sont refoulées contre l’ongle par des chaussures trop étroites : dans les deux cas, au bout de quelque temps, l’ongle est recourbé davantage d’un côté à l’autre , et la portion qui plonge dans les chairs finit par se décoller des tissus sous-jacents.
Quatre idées ont dirigé successivement les opérateurs. D’abord on s’en est pris aux chairs qui recouvrent l’ongle; puis on a incisé, la trop grande largeur de l'ongle que l’on a enlevé en partie ou même en totalité; puis Desault a pensé qu’il suffisait de corriger la courbure; et enfin, pour couper court à toutes les récidives, on a détruit la matrice de l’ongle. De là donc quatre méthodes générales.
I. Ablation df.s chairs. • — -Déjà usitée par les Arabes, décrite par A. Paré, renouvelée par Lisfrauc et AIM. Brachct et Levrat-Pcrroton.
Procédé de Lisfranc. — On enfonce à plat, de dedans en dehors, la pointe d’un bistouri droit immédiatement entre l’ongle et les chairs qui le recouvrent, de manière à comprendre tout ce qui dépasse son niveàu. On achève le lambeau du côté de l’extrémité de l’orteil ; puis en le soulevant et en retournant le bistouri, on le détache à sa base.
Lisfranc insiste surtout sur les deux points suivants, d’où dépend le succès de l’opération.
1° Il faut que l’ablation des tissus s’étende depuis le bout de 1 orteil jusqu a \ millimètres au delà du point où la peau cesse de recouvrir la partie postérieure de l’ongle: sans cette condition, la cicatrice attire les tissus d’arrière en avant, et quand elle est achevée, clic les ramène contre l’ongle qui peut y entrer de nouveau.
2” La plaie porte en grande partie sur le tissu cellulaire très abondant qui constitue le coussinet graisseux dont les orteils sont matelassés. Cette plaie a une tendance extraordinaire à végéter, au point que si l’on n’y prend pas garde, en quelques jours le développement des bourgeons charnus atteint ou même dépasse le. volume des tissus qu'on a enlevés; de là nécessairement une récidive. Il faut donc cautériser souvent ces bourgeons charnus avec le nitrate d’argent en commençant même dès le deuxième, ou troisième jour qui suit l'opération : ainsi on retarde, il est vrai, la cicatrisation, mais on obtient une cicatrice adhérente qui ne fait aucune saillie et l’ongle vient recouvrir au lieu de pénétrer dans son t!ssu. ’
que
Procédé de M. Levrat-Pcrroton. -U préfère au bistouri la potasse
St> MÉDECINE OPÉRATOIRE.
caustique. Il a cité dix cas do succès par ce moyen, pour lequel M. Brachet a aussi abandonné le bistouri.
, IJ- Ablation de l’ongle. — Les premiers procédés se bornent à 1 ablation partielle, et même alors les uns retranchaient seulement la portion engagée sous les chairs; les autres faisaient l’excision ailleurs en vue de procurer le rétrécissement de l’ongle; enfin M. Long en a pratiqué l’ablation totale.
1° Excision de la portion incarnée de l’ongle Procédé de Fabrice d Aquapendenle. -Il isolait d’abord l’ongle de la chair avec un peu de charpie; puis, a\cc des ciseaux, il coupait en long une portion de l’ongle jusqu’au point où elle adhérait aux chairs, et, la saisissant axec des pincettes, il l’arrachait, sans user d'aucune violence, d’avec le reste de l’ongle. II recommençait le lendemain et les jours suivants, jusqu’à ce que toute la portion incarnée fût complètement arrachée.
Dionis faisait l’opération en une fois , avec le bistouri ou les ciseaux, sans se serxir de charpie; seulement il ordonnait un bain de pied à l’avance pour ramollir l'ongle, et il cautérisait les chairs après, s’il le jugeait nécessaire.
Dupuytrcn y allait plus brutalement. Ayant engagé, sous la partie moyenne du bord libre de l’ongle la pointe d'une branche de ciseaux droits bien affilés, il la faisait glisser rapidement jusqu'à la racine de l’ongle, et le divisait d’un seul coup en deux moitiés à peu près égales; puis il saisissait la moitié nuisible avec une pince à disséquer, et l’arrachait en la roulant sur elle-même de dedans en dehors.
2" Excision dans la portion saine. Procédé de Dionis.— On ratisse avec, un grattoir le milieu de l’ongle, de manière à le diviser en deux moitiés; et, pour les pousser l’une contre l’autre, on met de la charpie entre la portion incarnée et les chairs. Cette opération doit être, recommencée tous les mois.
Al. Paye a modifié ce procédé : il perce d'un petit trou le bord libre de chacune des deux moitiés de l’ongle, cl passe dans ccs trous un fil métallique qu'il serre en le tordant comme une ligature.
Procédé de M. Guilmol. L’auteur part de ce fait, que c'est toujours le bord externe de l'ongle gui devient rentrant, et de cette théorie, (pic c’est l’empeigne qui, en pressant contre le bord interne de l'ongle, et surtout contre l’angle interne , repousse l’ongle tout entier en dehors, et enfonce dans les chairs son bord externe. Il suffit dès lors de couper entièrement l’angle interne de l'ongle, suivant une ligne diagonale tirée du milieu du bord antérieur au milieu du bord interne, ou même le plus loin qu’on pourra en arrière sur ce bord interne : toutefois il convient encore de tenir l'ongle fort court dans le reste de son étendue. Knfin, il faut porter la chaussure un