ART DU PÉDICURE
peu longue, assez serrée sur le métatarse, pour que le gros orteil ne s’enfonce pas jusqu’au bout.
L'auteur ne parait en avoir fait l’essai que sur lui-mème : en se coupant ainsi les ongles tous les huit jours, il était à l’abri de la douleur; mais, après huit à neuf mois de ce traitement, ayant omis, durant un mois, de rogner, la douleur se renouvela.
3° Arrachement de l’ongle entier. Procédé de il/. Long. — Cette opération, assez simple, se fait avec une spatule ordinaire d’acier. I.e malade étant assis ou couché , le chirurgien embrasse fortement de la main gauche le pied et le gros orteil ; puis , saisissant de la main droite l’extrémité aplatie de la spatule, le pouce placé sur la face concave, l’index et le médius sur la face convexe, à peu près comme une plume à écrire, il commence par séparer doucement avec le bout de l’instrument la peau qui recouvre la racine de l’ongle. Parvenu vers sou bord postérieur, c’est-à-dire dans la matrice même, il exécute rapidement un mouvement de bascule, de manière que la spatule vienne faire un angle très aigu avec l’orteil malade, et que son extrémité se trouve engagée sous l’ongle, qui est encore adhérent par ses bords latéraux et sa partie moyenne; puis en faisant avancer de vive force la spatule sous la longueur de l’ongle, ou en procure tout à la fois le décollement et l’avulsion.
M. Long disait que l’arrachement s’obtenait ainsi sans difficulté, sans douleur et sans une goutte de sang. Je l’ai pratiqué plusieurs fois, et je puis attester qu’il faut une certaine force, que l’ongle est sujet à se déchirer, ce qui oblige à y revenir deux ou trois fois pour I avulsion complète; que les malades accusent une vive douleur, et enfin que les tissus sur lesquels l'ongle repose laissent écouler quelques gouttes de sang. La cicatrisation demande quelquefois une dizaine de jours, et du quinzième au vingtième jour, l’ongle nouveau commence à reparaître. Je n’ai pu suivre les sujets opérés assez longtemps pour savoir si l’affection s'était reproduite ( l).
III. Redressement de l’oncle. Procédé de Dcsaull. — Il se servait d’une lame de fer-blanc, longue de 4 centimètres, et de l centimètre de large, dont il introduisait l'extrémité légèrement recourbée entre 1 ongle et les chairs. De cette façon, il soulevait l'un et déprimait les autres, garnies préalablement d’une petite compresse enduite de cérat; puis, recourbant la lame de dedans en dehors, de manière qu'elle embrassât exactement le bourrelet formé par les chairs, il la maintenait dans cette position à l’aide d'une bande roulée autour du gros orteil.
Dans un cas rapporté par Bichat, le traitement, accompagné d’abord de douleurs très vives, n’était pas terminé au bout de deux mois.
(I) Hevne m étl i cn-rti Int rg ira le, I. I, p. 173 cl 230.
Nous ne citerons que pour mémoire les procédés de Richcrand , qui emploie une lame de plomb; de Dudon, qui préfère des agrafes d’argent, etc.
IV. Destruction de la matrice de l’ongle. Procédé de Dupuylrcn. — Le pied saisi de la main gauche, on pratique avec un bistouri droit une incision profonde et demi-circulaire, à 7 millimètres au delà de l’origine apparente de l’ongle, et qui cerne l’ongle et sa matrice en totalité. Alors, un aide maintenant l’orteil malade en position, on relève le lambeau d’arrière en a\ant avec des pinces à disséquer, et l’on détache toute la peau qui enveloppe l’ongle à sa racine en môme temps que l’ongle lui-môme.
Procédé de M. Daudons. — On entame la peau de l’orteil au point indiqué, avec un bistouri tenu à pleine main, et l’on enlève d'un seul coup, comme un copeau de bois, la matrice et l’ongle.
Ce second procédé est sans doute plus expéditif; mais il est peutêtre moins sûr que le premier. Au reste, après l’un et l’autre, il faut extirper soigneusement toutes les parties blanches et fibreuses que l’on remarque au fond et dans les angles de la plaie; on a \u ces rudiments négligés reproduire l’ongle et la maladie.
On comprend d’ailleurs qu’au lieu d’enlever l’ongle en entier, on pourrait se contenter de détruire la portion d’ongle qui entre dans les chairs avec la portion de matrice qui lui appartient.
Pour cette ablation partielle, Larrey commençait par diviser l'ongle avec des ciseaux, de son bord libre jusqu’à sa matrice ; il arrachait la portion condamnée avec des pinces, d’avant en arrière, enlevait ensuite la matrice avec le bistouri , et enfin cautérisait la plaie avec le fer rouge.
Appréciation. — De toutes ces méthodes, l’ablation de l’ongle et de la matrice est la seule qui puisse assurer une guérison sans récidives ; mais outre la douleur, la cicatrice demande quelquefois plus d’un mois à se faire, et elle est sujet te à s’excorier contre l’empeigne du soulier. L’ablation des chairs est presque aussi douloureuse, et est aussi suivie d'une cicatrice longue et fâcheuse; les autres méthodes apportent plus d’ennui que de succès. L’ablation de l’ongle seul, qui m’avait séduit d’abord, laisse toujours craindre, avec la renaissance de l'ongle, le retour de la maladie; et d'ailleurs pourquoi ne pas se borner à l’ablation de la portion qui irrite les chairs? On arrive à un résultat tout pareil ; cl en vertu de ce fait curieux d'anatomie, que la portion incarnée n’adhère ni en dessus ni en dessous, on peut, dans un grand nombre de cas, opérer cette ablation sans écoulement de sang, et môme ordinairement sans douleur, et mettre à l’instant môme les sujets en mesure de marcher. Aussi me suis-