ANÉVRISMES SPONTANÉS
Enfin, dans ces derniers temps, j'ai réussi à oblitérer deux petits anévrismes de la région frontale par un procédé qui se rattache à la suture entortillée.
5° Suture entortillée, procédé de l’auteur. — Je passai dans chaque ! tumeur deux épingles qui la traversaient en se croisant au centre; et je les réunis par deux fils comme dans une suture entortillée, assez fortement serrés. Je passai ensuite sous la portion cardiaque de l’artère malade, à 2 centimètres de l’anévrisme, une autre épingle qui embrassait avec l’artère une certaine portion des téguments, et que je serrai avec un DI comme les autres. Les épingles furent laissées en place douze jours, sans aucune sorte d’accident; et la guérison fut complète.
Ce procédé ne convient, sans doute, que pour des anévrismes superDciels et d’un petit volume ; mais il est si simple et si bénin, qu’il me parait mériter dans ces cas une préférence absolue.
Je ne veux pas omettre de dire que des expériences récentes, tentées par M. Pravaz, semblent annoncer qu’en injectant quelques gouttes ; d’une solution concentrée de perchlorure de fer dans un anévrisme, on obtiendrait la coagulation instantanée du sang. On comprend combien cela a besoin de vérification.
2° Au-dessus de la tumeur.
1° La compression médiale, soit sur l’artère directement, soit sur i tout le membre.
Cette méthode avait été rarement employée, et semblait même f frappée d’une sorte de proscription, lorsqu’on 1843, Hutton a essayé de la remettre en honneur, et plusieurs chirurgiens font imité avec > succès. La compression ne peut guère être appliquée de cette ma- ; nière que pour les anévrismes de l’artère poplitée ou de l’artère cru- I raie; elle s’opère à l’aide d'un compresseur mécanique appliqué sur i le tronc artériel contre le pubis. Quand les sujets peuvent la sup i porter au degré convenable, il a suffi quelquefois de huit, quinze et j dix-neuf jours. Il en est d’autres qu’il faut y habituer peu a peu: ainsi, dans un cas de Liston, le premier jour la compression ne fut I supportée qu’une demi-heure ; le lendemain, quelques heures ; et peu à peu le sujet s’y étant accoutumé, elle fut maintenue à demeure, et la guérison eut lieu en un mois et demi. Enfin, dans des cas plus rebelles, il a fallu jusqu’à trois mois pour la compléter.
A voir tant de succès récemment obtenus, on s’explique mal que ' cette méthode soit restée si longtemps abandonnée. Quoi qu’il en soit et en supposant même un peu d’exagération dans les nouveaux récits’ on ne saurait nier qu’elle mérite d’être prise en très sérieuse considération.
2° La compression immédiate, l'artère étant mise préalablement à découvert. On s’est servi, à cet effet, de deux plaques de bois serrées avec un fil (Desault) ; d’une plaque de plomb repliée (Percy) ; de valets à Patin ou pinces fixes diversement modifiées ; de divers presseartère (Assalini, Deschamps); d’un rouleau de linge ou de sparadrap (Scarpa), etc.
Ce dernier procédé est le seul qui compte encore quelques partisans; nous allons le décrire.
Procédé de Scarpa. — L’artère est mise à découvert comme à l'ordinaire, seulement l’incision des aponévroses et de la gaine artérielle doit être plus étendue. Une ligature de fil plat étant glissée sous l’artère, on place sur le vaisseau un petit cylindre de toile enduit de cérat, sur lequel on fixe la ligature par deux nœuds modérément serrés. On laisse pendre au dehors les bouts du fil. Trois ou quatre jours après, si le sujet est sain, cinq ou six jours, s’il est cacochyme, ou si l’artère a paru altérée, ou enlève à la fois le cylindre et la ligature.
Pour retirer celle-ci , plusieurs moyens ont été proposés. Scarpa préfère le suivant. On se sert d’une sonde cannelée fendue à son extrémité et munie, sur une de ses lèvres, de deux petits anneaux aplatis; l’un près de la pointe, l’autre près de la plaque. On passe «lans ces anneaux l’un des bouts du lien; on dirige ainsi sûrement le bec de la sonde sur le cylindre et sous le nœud de la ligature; on la coupe sur la sonde avec un bistouri garni de linge jusqu'à 4 millimètres de son extrémité, et on la retire en se gardant de tout tiraillement qui se communiquerait à l'artère.
3° La ligature .(méthode d'Ancl). On l’éloigne le plus possible de l’anévrisme, en évitant cependant de sacrifier les collatérales. Ainsi, pour l’anévrisme poplité, Huntcr liait l’artère crurale à mi-cuisse: on préfère aujourd’hui la lier, avec Scarpa, à son tiers supérieur.
Du reste, on a essayé toutes les ligatures, végétale ou animale, médiate ou immédiate, simple ou double (ligature d’attente), permanente ou temporaire, la ligature avec suture de l’artère, la double ligature avec section du vaisseau dans l’intervalle, etc.
On préfère généralement la ligature simple, dont nous avons exposé plus haut les règles.
4" La torsion (Thierry), qui consiste à soulever l’artère avec l’aiguille de Deschamps, dont on se sert ensuite comme d’un garrot pour la tordre plusieurs fois de suite dans le même sens, savoir : quatre tours pour une petite artère, six pour une artere moyenne, et huit ou dix pour les troncs les plus volumineux. 1-1 le n a point encore été essayée chez l’homme, et elle exposerait trop fortement à déchirer l’artère, fréquemment altérée au voisinage de la tumeur.
5» Le rebroussement , tenté une fois sans succès par M. Amussat.